En ce début d’année, la firme Pathé inaugure au Wepler, son navire amiral de la Place Clichy à Paris, une salle de cinéma avec une « projection premium »: Pathé+. Si la firme au coq, pionnière du cinématographe, se démarque aujourd’hui de ses concurrents en proposant à ses spectateurs le meilleur d’une projection de cinéma, ce n’est pas la première fois que les exploitants lancent de nouveaux concepts innovants. Nous reviendrons au bas de l’article sur ce que les exploitants avaient déjà mis en place dans leurs cinémas. Où l’on voit que le marketing dans les salles de cinéma ne date pas d’hier…

Le concept Pathé+ :

Et si les spectateurs d’une même salle de cinéma regardant le même film ne paieraient-ils pas le même prix du billet en fonction de leur situation? Pathé+ ressort du placard un héritage issu des salles de théâtre: qu’on soit placé dans l’orchestre, dans les balcons ou au « poulailler » , le prix diffère. Il fut un temps où les cinémas, qui n’étaient autre que d’anciens théâtres reconvertis, appliquaient cette grille tarifaire et ce, jusque dans les années 1970, pour certains cinémas comme le Gaumont-Palace.

Dans la salle Pathé+ du Wepler, un carré central de 108 fauteuils matérialisés de couleur grise propose les meilleures places face à l’écran, en hauteur. Majorées de 2€, ces fauteuils de 65cm de large peuvent être réservés à l’avance.

Les amoureux ne sont pas oubliés: à l’instar du cinéma Mk2 Bibliothèque avec ses fameux « love seats », certains fauteuils de la salle Pathé+ du Wepler peuvent être réunis en relevant l’accoudoir. Ces « fauteuils duo » sont bien entendu placés au fond de la salle, en toute discrétion… Tous les fauteuils ont un large espace entre eux: fini les coups de genoux dans son dos!

Pathé+, ce n’est heureusement pas qu’une histoire de placement dans la salle par rapport à l’écran. C’est toute une armada de technologies de l’image et du son au service du cinéma. Par rapport aux salles traditionnelles, la salle Pathé + du Wepler diffuse sur son écran, depuis deux projecteurs numériques, des images 4K. La taille de l’écran atteint 14,25 mètres de largeur sur une hauteur de 5,96 mètres. Question son, Pathé+ a opté pour la technologie Dolby Atmos: 55 enceintes, dont 18 au plafond, sont réparties dans toute la salle!

Résultats:
– Grâce à la netteté de l’image et le son réparti dans la salle, l’impressionnante sensation d’être totalement immergé dans le film.
– Pour le porte-monnaie: c’est 1€ de plus l’accès à la salle Pathé+ et 2€ supplémentaires pour les fauteuils les mieux placés… Il faut ajouter 3€ supplémentaires pour la 3D, of course!
– Vous avez testé la salle Pathé+ du Wepler? Laisser vos impressions en bas de l’article (dans les Commentaires)

Les caractéristiques de la nouvelle salle Pathé+:

– Projection numérique (images 4K),
– Projection HFR (High Frame Rate) pour certains films compatibles,
– Écran géant,
– Son Dolby Atmos,
– Fauteuils « premiums » de 65cm de large inclinables (1€ en supplément)
– Fauteuils « duos » (à certaines places)
– Tous les fauteuils fonctionnent avec les e-Billets

Les cinémas qui possèdent des salles Pathé+:

Pathé Wepler à Paris
Pathé Beaugrenelle à Paris
Pathé Caen (prochainement)


RETOUR SUR LES CONCEPTS MARKETING DES SALLES DE CINÉMA:

Les années 1950-1960:

Une génération de spectateurs a bien connu l’époque des cinémas dits « de première exclusivité » : ces grandes salles, souvent situées dans les quartiers commerciaux et chics (les Champs-Élysées à Paris, par exemple), affichaient sur leurs façades les toutes dernières sorties de la semaine. Certaines salles avaient ainsi la primeur de proposer à leur public, à coup de grands renfort publicitaire et de façades habillées d’illustrations monumentales, les films les plus attendus avec les têtes d’affiches du moment.

A l’opposé, dans des quartiers populaires, on pouvait voir dans les petits cinémas de quartier des films de « deuxième » voire « troisième exclusivité »: la copie avait déjà tourné les semaines précédentes et arrivait souvent pas très fraîche dans ces salles… Le prix du ticket était en revanche inférieur à celui que pratiquaient les cinémas plus chics.

Les années 1980-1990:

Dans les années 1970, la mode était aux multisalles: les grandes salles ont été compartimentées en plusieurs salles pour enrichir l’offre de films dans un même complexe. Les multiplexes actuels ne font finalement que décliner ce concept.

Dans les décennies qui suivirent, on redécouvre les vertus du grand écran. Les cinémas Gaumont lancent un nouveau concept (aujourd’hui abandonné): les salles « GaumontRama ». Les salles les plus grandes du réseau sont ainsi restructurées pour permettre un confort de projection optimal: son Dolby, salle gradinée, grand écran. Le concurrent UGC surfe sur cette vague en inaugurant les salles « UGC Prestige ». Ces nouvelles approches du cinéma engendrent forcément une hausse du prix du billet pour voir le film « en grand large ». Sinon, il faut attendre quelques semaines qu’il soit à l’affiche dans des salles de capacité plus modeste. Viendront ensuite le concept UGC Ciné Cité, immenses multiplexes souvent installés au cœur de la ville.

Les années 2000:

La mode des multiplexes bat son plein. Fini le temps des micro-salles ou des « mouchoirs de poche », le gigantisme est de mise tandis qu’un réel effort est fait pour que tous les films à l’affiche du même multiplexe bénéficient d’une qualité de projection optimale. C’est louable, sauf quand il n’y a pas toujours de places pour les films d’auteur ou les films « différents » dans les multiplexes… En règle général, investissement oblige, le prix du ticket d’un multiplexe est nettement supérieur à celui du « cinéma de quartier ».

Les années 2010:

Avec l’arrivée du numérique, beaucoup de cinémas indépendants de taille plus modeste s’équipent, en partie grâce aux subventions du CNC, de matériels de projection de pointe. Des investissements sont également faits dans ces cinémas pour offrir aux cinéphiles un moment de cinéma confortable et convivial. Les grands exploitants, comme Mk2, ouvrent des salles de cinéma privées (Mk2 Paradisio à Saint-Germain-des-Prés) ou dans des lieux insolites (le Grand-Palais à Paris). Ici aussi, on se démarque de la concurrence en proposant un cinéma plus confidentiel.

En 2012, le Gaumont Montparnos, a été entièrement rénové à l’image d’un ciné-club expérimental: quatre salles avec fauteuils inclinables (larges de 65 cm) pour jouir d’une projection en position semi-allongée avec un équipement technologique à la pointe. Impressionnant.

Les multiplexes du réseau Gaumont-Pathé inaugurent les salles Imax pour que les films (souvent en 3D) bénéficient d’une sensation de réel. Les films en 3D et en Imax sont forcément majorés d’un supplément.

Bref, le marketing des salles de cinémas a de beaux jours devant lui…