L’éclectique François Ozon retrouve Fabrice Luchini, qu’il avait précédemment dirigé dans le kitsch et drôle « Potiche« , cette fois dans un film mi-thriller, mi-comédie sentimentale, aux influences assumées.

Dans une banlieue indéfinie, Germain Germain (le nom du personnage renverrait-il à Humbert Humbert, le héros désireux de l’enfant « Lolita » de Nabokov ?) est professeur de français. Atterré par le faible niveau de ses élèves, il est subjugué par le devoir de Claude, sorte d’Arthur Rimbaud, discret et brillant élève qui s’est lié d’amitié avec Rapha, un garçon insignifiant. Ce camarade n’est en fait que le prétexte pour pénétrer l’univers de cette famille dont la sensuelle et délaissée mère (Emmanuelle Seigner) dégage « le parfum de femme de la classe moyenne« . Pris au jeu du voyeurisme, Germain va inciter son élève à vivre et écrire le récit de cette intrusion. Le professeur pervers et son élève…

On est, avec ce dernier opus de François Ozon, loin de l’univers plus intime de « Sous le sable » ou « Le Refuge« . Mais François Ozon, avec des films grand public comme celui-ci ne perd ni sa dextérité, ni son audace. « Dans la maison » détourne les genres du cinéma: on est dans du thriller, on passe à la comédie sentimentale (Germain-Luchini ne dit-il pas lui-même qu’on frôle le Barbara Cartland?) et on frise le drame. Ozon joue avec plusieurs palettes et les assume pleinement. Autant, il se moque de cette famille moyenne (la mère Esther est relativement épargnée), autant il est plus indulgent avec le couple formé par Fabrice Luchini et Kristin Scott Thomas, la classe bourgeoise et intellectuelle. D’ailleurs, Germain-Luchini sera assommé par un gros volume de Louis-Ferdinand Céline, « Le Voyage au bout de la nuit » qui est désormais un classique de Luchini sur scène.

Enfin, cette histoire de manipulation (« Swimming-pool » jouait déjà dans ce registre) ne pouvait se faire sans l’aspect sexuel des protagonistes, un thème cher au cinéaste. Ces expériences d’intrusion dans un foyer, d’amitié forcés pour parvenir à ses fins et de rapport maître-élève va bouleverser la sexualité des uns et des autres dans ce millefeuilles cinématographique.

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