Shéhérazade: les mômes de la rue.

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Shéhérazade: les mômes de la rue.

Lorsque Zachary, 17 ans, sort du centre de détention pour mineurs, sa mère est absente pour l’accueillir. Malgré l’encadrement du foyer de réinsertion, Zach renoue avec ses vieilles connaissances et les petits malfrats de sa cité. Dans les quartiers populaires de Marseille, il rencontre Shéhérazade, une mineure prostituée. Commence une histoire d’amour sur fond de tragédie.

« Shéhérazade » débute par des images d’archives qui montrent l’arrivée dans les années 1960 d’émigrés italiens et algériens à Marseille, leurs campements dans des bidonvilles puis la construction de grands ensembles de logements sociaux. Zach est le fruit de cette immigration qui, quelques décennies plus tard, ne l’a pas mené sur la voie tracée: le jeune homme traîne dans les rues de la cité phocéenne, commet des délits et est placé dans des foyers de jeunes délinquants.

Pourtant, alors que son destin semble mener tout droit vers une impasse, l’amour pour une femme, une « pute » même, semble être une lueur d’espoir et un semblant d’avenir à envisager enfin.

C’est la force du récit de Jean-Bernard Marlin, dont c’est le premier long-métrage, de construire une véritable tragédie avec ces mômes perdus, délaissés, en manque d’amour. Son scénario évite les clichés des « films de banlieues » et est à rapprocher des grands maître du néoréalisme. La beauté formelle de son film, son parti-pris de ne pas en faire un documentaire (le film est interprété par des acteurs non-professionnels) mais une véritable fiction tragique en font une grande réussite. Jamais on n’avait vu Marseille de l’intérieur, poignant et vrai, depuis le beau film de Karim Dridi « Khamsa » (2008).

Dans les lumières de la ville, dans les foyers et les prisons, dans les chambres d’hôtels miteux, Jean-Bernard Marlin emmène ses amants dans une spirale terrifiante et une poignante histoire d’amour. Porté par de jeunes acteurs magnifiques (Dylan Robert est une lumineuse révélation) aux corps libres et à l’honneur debout, accompagné de musiques électroniques (le beau Sad Disco de Keli Hlodversson), « Shéhérazade » est incontestablement une très grande oeuvre de cinéma.

2018-09-16T07:51:26+00:00 12 septembre 2018|

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