Sorti juste avant la crise sanitaire et la fermeture temporaire des salles de cinéma, l’ode au temps qui passe à travers le beau film de Tatsushi Ōmori résonne d’autant plus à l’heure où l’on découvre un monde qui semble s’être arrêté, du moins ralenti. « Dans un jardin qu’on dirait éternel » aborde l’enchaînement des jours et des saisons et, à travers le rituel du thé, la lente répétition de gestes symboliques et ancestraux.

Noriko et Michiko, deux cousines de vingt ans, viennent d’achever leurs études. Confrontées à l’heure des choix, la délurée Michiko (Tabe Mikako) s’oriente vers un poste dans une entreprise internationale et, la vingtaine entamée, envisage déjà le mariage. Quant à la fragile Noriko (Haru Kuroki), son chemin hésitant semble l’empêcher de s’accomplir pleinement. Pigiste dans une maison d’édition, Noriko s’inscrit néanmoins, en compagnie de sa cousine, à des cours de cérémonie du thé, un art ancestral destiné aux femmes avant le mariage. C’est dans une maison traditionnelle de Yokohama que les deux jeunes femmes sont subjuguées par l’art délicat du thé et, surtout, par leur professeur, la vieille Madame Takeda (Kirin Kiki).

Le film de Tatsushi Ōmori s’écoule sur plusieurs années et voit s’épanouir les deux jeunes femmes qui, d’apprenties arrivent bientôt à l’enseignement de l’art du thé. Car dans cet apprentissage de la cérémonie professé par Madame Takeda, c’est aussi et surtout une proposition de vie philosophique, enrichie et perfectible qui est transmise: celle d’apprécier le temps qui passe, de jouir du bonheur des sensations simples, de s’épanouir dans un rituel juste et parfait. 

« Chaque journée est une belle journée » semble être la philosophie de Madame Takeda interprétée par la grande actrice Kirin Kiki dont c’est ici le dernier film. Celle qui nous a ému dans dans les films de Hirokazu Kore-eda (« Notre petite sœur« , « Tel père, tel fils« , « Still walking », « Une Affaire de famille« ) livre une interprétation bienveillante et émouvante.

Dès que les cinémas rouvriront, il est sûr que « Dans un jardin qu’on dirait éternel » – qui ressort le 26 août 2020 – trouvera en nous un échos salvateur et indispensable: une réflexion sur le choix et une proposition de liberté.

Dans un jardin qu'on dirait éternel de Tatsushi Ōmori

Ci-dessus: « Dans un jardin qu’on dirait éternel » de Tatsushi Ōmori nous offre la possibilité de saluer une dernière fois la grande actrice Kirin Kiki (à gauche), dont c’est le dernier film.

Dans un jardin qu'on dirait éternel de Tatsushi Ōmori

Ci-dessus: les deux cousines Noriko (Haru Kuroki) et Michiko (Tabe Mikako).