Il y a des films qui, bien des années après leur sortie, trouvent un nouveau souffle, une nouvelle vie. C’est le cas de « La Trace », un film peu connu car pas assez programmé à l’exception de salles en Savoie et Haute-Savoie.

Ce film de référence, qui narre une année de la vie d’un colporteur savoyard en 1859, soit un an avant l’annexion de la Savoie à la France, faisait l’objet au cinéma Le Champo d’une rencontre suivie d’un débat avec son réalisateur Bernard Favre.

Homme généreux et jovial, Bernard Favre présente, quelque trente ans après – le film est sorti en 1983 – son film devenu culte, « La Trace ». Joseph (Richard Berry) est un paysan savoyard qui, afin de subvenir aux besoins de son foyer (la Savoie était une région très pauvre), part durant les longs mois d’hiver avec sa mule et son lourd chargement. Franchissant les cols des Alpes pour retrouver Aoste puis parcourant le nord de la péninsule italienne, il atteindra enfin la plaine du Pô. Paysan l’été, il devient ainsi colporteur l’hiver vendant ses tissus, boutons et autres colifichets aux femmes des villages de montagne, alors coupés du reste du monde.

Ce « road-movie » montagnard a la particularité d’avoir comme toile de fonds la Savoie de 1859, alors rattachée au royaume de Piémont-Sardaigne et bientôt province annexée par la France. Joseph était parti italien, il revient donc un an plus tard français…

« La Trace » ne se contente pas d’être le simple portrait d’un colporteur savoyard. Plus qu’une description, c’est une épopée héroïque que nous offre le film: franchissant des montagnes enneigées, défiant la météo et les rencontres incertaines (des Zouaves notamment), Joseph croise sur sa route des vendeurs d’images pieuses (« ces colporteurs avaient parfois dans leurs bagages d’autres images cachées, érotiques celles-ci… Passeurs d’informations, ils transmettaient également des textes politiques et philosophiques. » nous précise lors du débat Bernard Favre), des membres de sa famille à Aoste ou près de Milan – l’anarchiste incarné par Robin Renucci – et des marchands d’accordéon.

Ah, l’accordéon! Cet instrument venu d’Autriche joue un rôle essentiel dans le film: il est l’obsession de Joseph depuis qu’il en a joué lorsqu’il a croisé la route de l’accordéoniste (interprété par le musicien Marc Perrone); il est aussi une pièce maîtresse du beau thème musical de Nicola Piovani.

La reconstitution, excellente et sobre, rappelle souvent celle du film de Bertrand Tavernier, « Le Juge et l’Assassin », auquel « La Trace » est souvent comparé. D’ailleurs, le réalisateur de « L’Horloger de Saint-Paul » a co-écrit le scénario avec Bernard Favre et a participé à son financement. Bernard Favre avoue même que « Tavernier aurait pu réaliser ce film« !

« La Trace », c’est aussi le visage de Richard Berry, alors jeune premier, qui trouve ici un véritable rôle de composition. En s’exprimant durant la plus grande partie du film en langue francoprovençale (également appelé arpitan), on redécouvre cet acteur habitué ensuite aux rôles de flics et d’hommes à poigne. Roublard, malin et déterminé, Joseph doit beaucoup à l’acteur qui trouve dans « La Trace » un de ses rôles les plus marquants… et les plus méconnus!

Tourné à Sainte-Foy-Tarentaise, à Aoste et dans la brumeuse plaine du Pô, « La Trace » puise le meilleur du picaresque et du roman d’aventures. A (re)découvrir.

A noter que l’affiche originale de « La Trace » a été conçue par le dessinateur de bandes dessinées Moebius (Jean Giraud)