Éric Rochant revient enfin sur le devant de la scène cinématographique avec la sortie très attendue de Möbius, son nouveau film après la série à succès Mafiosa. Le réalisateur d’Un Monde sans Pitié, le film culte de la fin des années 1980, s’était déjà aventuré avec brio dans le film d’espionnage avec le peu connu Les Patriotes. Vingt années se sont écoulées, Éric Rochant a livré entre temps quelques bon opus aussi différents que l’intrépide Vive la République ou le musclé Total Western.

L’ouverture grandiose de Möbius annonce la couleur: la caméra survole, sous fond de « Oh Ma Vaste Steppe » de chœurs de l’Armée Rouge, la Principauté de Monaco avec ses hôtels, ses hauts immeubles de verre et ses résidents, russes pour la plupart. Une jeune tradeuse, Alice (lumineuse Cécile de France), se rapproche d’un peu trop près de son patron Rotovski (Tim Roth, excellent) pour le compte des services de renseignements. Mais lorsque son regard croise celui de Moïse (Jean Dujardin), agent des services secrets russes, un grain de sable va enrayer la machine mise en place…

Éric Rochant revient donc à son thème de prédilection qui avait fait la force des Patriotes en 1993. Ici, le Mossad israélien laisse la place au FSB russe (l’ex-KGB) et Jean Dujardin, auréolé des son Oscar pour The Artist remplace Yvan Attal. Avec un scénario complexe et digne des grands romans d’espionnage, la manipulation prend toute sa dimension: les services secrets russes côtoient ceux des USA, la paranoïa des surveillés bascule sur les surveillants, on ne sait plus très bien qui tirent les ficelles…

Courageux, le film d’Éric Rochant laisse de côté les scènes d’action pour mettre en valeur, à l’ère des thrillers insipides, une romance passionnée, charnelle, superbement filmée depuis des regards échangés dans une boîte de nuit jusqu’au grain de la peau des corps lors des scènes d’amour. Si on peine un peu à croire au pedigree russe de Jean Dujardin, on rentre totalement dans ce spectacle, puisque c’en est un, haletant et superbement mis en scène. Les Chœurs de l’Armée Rouge et la musique de Jonathan Morali (du groupe Syd Matters) illustrent de toute beauté l’esthétisante et passionnante spirale. Dans la boîte de nuit Destiny, on entend les musiques électroniques et techno de « Mirrors » (Hide And Seek – Liv Spencer House Remix) « Stop » (Olga Kouklaki) et « Blue Steel » (Bot’Ox).

Le casting du film est impeccable, Tim Roth génial. Les russes Vladimir Menshov et Alexei Gorbunov on ne peut plus que vrais.

Certes, la fin du film aurait méritée un angle plus amer et désespéré, cela n’empêche pas Möbius de sortir du lot des trop nombreuses productions standardisées. 

Éric Rochant opère un retour ambitieux, assumé et réussi.

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