Reporter de guerre à Sarajevo en 1992, Paul Marchand est une véritable tête brûlée. Basé à l’hôtel Holiday Inn spécialement réquisitionné pour les journalistes occidentaux, il n’hésite pas à traverser la ville, alors encerclée par les forces serbes, au volant de sa Ford Sierra afin de témoigner à l’Occident du massacre des civils. Révolté, exigeant, incontrôlable, Paul Marchand couvre durant quatre années le siège de Sarajevo. « Sympathie pour le diable », qui reprend le titre d’un des ses écrits édité chez Stock, met en lumière la profession de reporter de guerre, et plus précisément la folle énergie qui pousse des jeunes femmes et des jeunes hommes, qui ont en commun l’humanisme pour moteur, à risquer leur vie sur le terrain des conflits.

Durant dix années, le cinéaste Guillaume de Fontenay – dont c’est le premier film de fiction – s’est attelé à construire ce récit puissant des quelques mois de la vie du journaliste iconoclaste, au premier abord peu sympathique et arrogant, mais motivé par la volonté d’éclairer le monde sur le conflit yougoslave. Niels Schneider, décidément très doué – on l’a apprécié dans « Diamant noir » (2016), « Un Amour impossible » (2018) ou « Curiosa » (2019)… – incarne un homme dont les profondeurs de l’âme cachent certainement des blessures secrètes.

« Sympathie pour le diable », tourné en format carré pour rappeler l’image du reportage télévisé, est un film brillant, brut et sans concession qui renvoie à son pendant féminin « Camille« , magnifique portrait de la photo-journaliste Camille Lepage. « Don’t shoot. Don’t waste your bullets. I am immortal » avait inscrit Paul Marchand sur sa voiture. Le film de Guillaume de Fontenay rend un poignant hommage à celui qui a mit fin à ses jours en 2009.