En 1968, Joseph Losey réalise « Cérémonie secrète » , une oeuvre étrange et étouffante adaptée de la nouvelle de l’écrivain argentin Marco Denevi. Le plus britannique des cinéastes américains choisit Londres pour placer son huis-clos qui narre la rencontre entre une femme d’âge mûr et une jeune femme orpheline. Ces deux femmes, incarnées par Elisabeth Taylor et Mia Farrow, vivent chacune avec un traumatisme. Alors que la première a perdu sa petite fille, la seconde, orpheline, vit seule dans une luxueuse et grande maison. Par un jeu de non-dits, l’une et l’autre vont se reconnaître et s’adopter comme mère et fille.

La version restaurée et distribuée par Splendor Films de « Cérémonie secrète » permet de découvrir un drame psychologique étonnant et, il faut le reconnaître, assez tordu.

Joseph Losey met en scène une prostituée solitaire, Leonora (Elisabeth Taylor), qui se rend régulièrement dans un cimetière pour se souvenir de sa fille disparue. Un jour, elle est suivie par Cenci (Mia Farrow), une jeune femme frêle et fragile. Cenci reconnaît en Leonora sa mère disparue. Cette dernière accepte de jouer ce jeu dangereux. Ces – fausses – retrouvailles entre une mère et sa fille seront bientôt interrompues par un homme, Albert (Robert Mitchum), le beau-père de Cenci avec qui elle entretient des relations sexuelles forcées.

Un autre personnage joue un rôle capital dans cet étrange – mais quel film de Losey n’est pas étrange? – récit familial: la grande demeure londonienne de Cenci. Cette maison qui accueille le tournage du film est une magnifique oeuvre d’art. Immense palais Art Nouveau recouvert de céramiques vertes, la maison héberge les deux femmes et, autour de son atrium, devient le nœud organique du film de Losey. Hors du temps avec sa somptueuse décoration, le décor de ce huis-clos étouffant participe, avec la partition musicale de Richard Rodney Bennett, à cette étrangeté fascinante de Losey.

L’interprétation d’Elisabeth Taylor et Mia Farrow est magistrale.