Oeuvre majeure traitant de la période de l’Occupation, le film de Joseph Losey n’avait pas été repris en salles depuis 1976, date de sa sortie. Dans une copie restaurée qui conserve cette lumière étrange et crépusculaire qui enferme son héros, « Monsieur Klein » est une oeuvre intemporelle. Il est même d’une actualité évidente puisque, au-delà des racines juives, c’est de l’identité dont traite le scénario kafkaïen de Franco Solinas.

Robert Klein est un marchand d’art qui, sans vraiment collaborer, profite de la détresse et du besoin d’argent de propriétaires de tableaux – juifs pour la plupart – pour les racheter la moitié de leur valeur. Séduisant et habile, il découvre un matin qu’il reçoit un abonnement au journal Actualités Juives. Robert Klein n’est pas juif, du moins le croit-il, et découvre qu’un homonyme – juif quant à lui – usurpe son identité. C’est le début d’une longue descente aux enfers pour Robert Klein, se jetant corps et âme dans la quête de son identité. L’homme ira même jusqu’à « déconstruire » l’être qui l’a été.

Incarné par Alain Delon, qui a porté ce projet au point de le coproduire, « Monsieur Klein » est une magistrale réflexion sur les identités, perdues et retrouvées. Entouré de femmes, dont l’étrange Florence (Jeanne Moreau), et d’amis ambigus (Michael Lonsdale), Klein évolue dans ce théâtre d’ombres mis en scène par un Joseph Losey au sommet de son art.