Cinéma Le Biarritz à Paris

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Cinéma Le Biarritz à Paris

Adresse: 79 avenue des Champs-Elysées et 22 rue Quentin-Bauchard à Paris (8ème arrondissement)
Nombre de salles: 1 puis 6

C’est le 27 janvier 1931 et sous l’enseigne Elysées-Gaumont que la salle ouvre son rideau avec le film « David Golder » de Julien Duvivier tiré d’un roman d’Irène Némirovsky paru trois ans plus tôt.

L’avenue des Champs-Elysées ne compte alors que trois salles de cinéma: le Colisée est la première salle inaugurée sur « la plus belle avenue du monde » suivie de l’Ermitage, du Cinéma des Champs-Elysées ouvert le 17 janvier 1931 et enfin de l’Elysées-Gaumont (qui deviendra Le Biarritz) seulement dix jours plus tard. Une multitude de salles ouvriront dans la foulée puis fermeront quelques décennies plus tard dès les années 1970-80.

La salle installée à l’intersection des Champs-Elysées et de la rue Quentin-Bauchard offre alors 600 fauteuils répartis sur trois niveaux: l’orchestre en sous-sol, la mezzanine au niveau de la rue et le balcon.

Ci-dessus: le cinéma Elysées-Gaumont en 1931.

Très tôt, Gaumont se sépare de son cinéma. En 1932, la salle se tourne vers le music-hall et change d’enseigne à deux reprises: le Théâtre Music-Hall Quentin-Bauchard puis l’Elysées 79. De nombreux numéros de music-hall accompagnés d’un film documentaire ou d’actualités sont programmés dans la salle.

Le 16 novembre 1933, la salle rouvre sous la direction des frères Robert et Raymond Hakim et reprend le nom d’Elysées-Gaumont. Le cinéma se spécialise alors dans les sorties de films américains de première exclusivité et en version originale: « Je ne suis pas un ange » de Wesley Ruggles y est projeté le 28 décembre 1933, « Sérénade à trois » d’Ernst Lubitch le 22 février 1934. On y affiche également des films allemands ou britanniques comme « L’Homme qui en savait trop » d’Alfred Hitchcock le 28 février 1935.

La famille Siritzky, une prestigieuse lignée d’exploitants de salles, rachète le cinéma qui prend alors son nom définitif: le Biarritz. Le film produit par United Artists « Le Prisonnier de Zenda » de John Cromwell inaugure le nouveau cinéma Biarritz le 5 novembre 1937.

Le Biarritz devient alors une salle de référence sur les Champs-Elysées sélectionnant des œuvres de première exclusivité en version originale. « Amanda » de Mark Sandrich y est à l’affiche le 8 octobre 1938, « Pygmallion » d’Anthony Asquith le 10 mars 1939 et surtout un des grands succès publics « Les Hauts de Hurlevent » de William Wyler.

« Monsieur Smith au Sénat » de Franck Capra est programmé au début de la guerre le 19 janvier 1940.

Le Biarritz rejoint la SOGEC d’Alfred Greven.

Pendant l’Occupation, la famille Siritzky est contrainte de vendre ses salles. La SOGEC (Société de Gestion et d’Exploitation des Cinémas) créée par Alfred Greven absorbe les salles parisiennes et nationales exploitées par des français de confession juive.

La SOGEC programme dans ses salles, à l’instar du cinéma Normandie, des œuvres de propagande allemande ainsi des films produits par la Continental. Avec ses rachats de salles, le nouvel exploitant devient le premier en nombre de salles devant Pathé.

A Paris, les cinémas Olympia, Moulin-Rouge, le Français, Secrétan-Palace, Caméo, Max-Linder, Artistic, Gaité-Clichy, César, Studio de l’Etoile, Normandie et Biarritz sont désormais la propriété de la société aux capitaux allemands. L’Alhambra de Saint-Ouen et le Splendid-Cinéma de Choisy-le-Roy tomberont également dans l’escarcelle de la SOGEC.

Au Biarritz, les films de la Continental attirent les parisiens qui ne délaissent pas les sorties au cinéma malgré le conflit: « Mam’zelle Bonaparte » de Maurice Tourneur sort le 27 février 1942, « L’Assassin habite au 21 » de Georges-Henri Clouzot le 7 août, « Le Bienfaiteur » d’Henri Decoin le 11 décembre, « La Main du diable » toujours de Tourneur le 21 avril de l’année 1943 et enfin « Pierre et Jean » d’André Cayatte le 29 décembre.

Dans la période de l’après-guerre, le circuit de la SOGEC auquel appartient le Biarritz nationalisé. C’est la naissance de l’UGC (Union Générale de la Cinématographie).

Ci-dessus: plans de coupe longitudinale, des parterre, mezzanine et balcon du cinéma Le Biarritz en 1942. Documents réalisés pour la SOGEC. Collection particulière.

Le Biarritz, le cinéma des grandes exclusivités.

A la Libération, les films américains de cinéastes français partis à Hollywood font le succès de la salle des Champs-Elysées à l’exemple de « Six destins » de Julien Duvivier qui y sort le 13 octobre 1944 ou de « Ma Femme est une sorcière » de René Clair le 25 décembre.

Le Biarritz redevient le cinéma des productions américaines en proposant « Sergent York » d’Howard Hawks le 5 avril 1945, « La Vipère » de William Wyler le 10 juillet 1946 ou bien « Jane Eyre » de Robert Stevenson le 11 septembre 1946. C’est aussi le lieu de sortie de films plus exigeants comme « Brève rencontre » de David Lean le 27 novembre 1946 ou encore « Ordet » de Carl Theodor Dreyer le 15 janvier de l’année suivante et « Hamlet » de Laurence Oliver le 14 octobre 1948.

Ci-dessus: « La Fille aux yeux d’or » à l’affiche du Biarritz en 1961.

Ci-dessus: « Electre » à l’affiche du Biarritz en 1962.

Ci-dessus: la salle unique du Biarritz en 1963.

Ci-dessus: Le hall du Biarritz en 1963.

Pour certaines sorties, le Biarritz sera associé au cinéma Madeleine dès le 5 novembre 1947 pour « Monsieur Vincent » de Maurice Cloche, « Les Chaussons rouges » de Mickael Powell et Eric Pressburger le 10 juin 1949 ou bien « Le Troisième homme »  de Carol Reed le 20 octobre 1949.

La Metro-Goldwyn-Mayer choisit le Biarritz pour la sortie tardive du succès « Autant en emporte le vent » le 19 mai 1950. Le studio avait proposé le film tant attendu pour une unique soirée de gala le 10 juillet 1945 dans la salle de l’opéra de Paris au bénéfice de la Fédération nationale des déportés et internés.

Le film de Victor Fleming sort en version originale au seul Biarritz cinq ans plus tard avec trois séances par jour. Le prix des places est entre 500 et 800 francs, le prix des places des cinémas d’exclusivité sur les Champs-Elysées en 1950 est de 180 et 200 francs.

Compte tenu de ce coût élevé pour la plupart des spectateurs dans ces années d’après-guerre, les entrées sont moyennes mais les recettes élevées. « Autant en emporte le vent » y sera donné jusqu’au 6 février 1951. La version française sera à l’affiche du Rex dans les mêmes conditions d’exploitation du 29 décembre 1950 au 15 mars 1951.

Ci-dessus: « Autant en emporte le vent » au Biarritz en 1950.

Après cette sortie de prestige, le Biarritz et le Madeleine seront associés pendant de nombreuses années pour l’exploitation de films-phares tels « La Vérité sur Bébé Donge » de Henri Decoin le 13 février 1952, « African Queen » de John Huston ou « Le Monde du silence » de Louis Malle et Jacques-Yves Cousteau le 15 février 1956.

Le 31 mai 1957, la prestigieuse salle du Gaumont-Palace entre dans la combinaison des cinémas Madeleine et Biarritz avec « Sait-on jamais » de Roger Vadim, « Sissi Impératrice » d’Ernst Marischka le 16 août 1957. Cette combinaison d’exclusivités prendra fin avec la sortie de « J’irai cracher sur vos tombes » de Michel Gast le 26 juin 1959; les films populaires programmés au Gaumont-Palace correspondent guère au public exigeant du Biarritz et du Madeleine.

Le film de Jack Lee Thompson « Les Yeux du témoin »  inaugure le 28 août 1959 la nouvelle combinaison des cinémas Biarritz/Rotonde/Royale.

Avec l’association des cinémas Biarritz et Ursulines, l’Art et Essai s’installe dans la salle des Champs-Elysées avec « L’île nue » de Kaneto Shindô le 29 novembre 1961, « Viridiana » de Luis Bunuel le 4 avril 1962, « L’Eclipse » de Michelangelo Antonioni le 29 août 1962 ou bien « Pierrot le Fou » de Jean-Luc Godard le 5 novembre 1965.

Ci-dessus: « L’Eclipse » au Biarritz et aux Ursulines en 1962.

Le 27 mai 1966, la Palme d’Or de Cannes « Un homme et une femme » de Claude Lelouch s’installe au Biarritz pendant des mois, comme « Satyricon » de Federico Fellini le 19 décembre 1969 ou « Les Choses de la vie » de Claude Sautet le 13 mars 1970. En 1971, après l’exploitation de « Mort à Venise » de Luchino Visconti, le cinéma ferme pour subir des travaux et entrer dans une nouvelle ère.

Les années du multisalles UGC Biarritz.

Le réseau des salles UGC, privatisé cette même année 1971 par Valery Giscard d’Estaing et racheté par deux groupements d’exploitants sous la présidence de Jean-Charles Edeline, décide de diviser la salle du Biarritz en deux: l’orchestre au sous-sol devient la salle A et les deux balcons la salle Z.

En 1977, la galerie Elysées-Store et le bal populaire Mimi Pinson sont cédés et trois nouvelles salles sont ainsi créées. Le multisalles Biarritz affiche dans ses désormais cinq salles une programmation grand public. Avec ses vastes panneaux qui annoncent les films et ses enseignes lumineuses, le Biarritz est un des cinémas préférés des parisiens.

Ci-dessus: La façade de l’UGC Biarritz en 1971.

Ci-dessus: La salle Z de l’UGC Biarritz en 1971.

Ci-dessus: La salle A de l’UGC Biarritz en 1971.

Dans les années 1980, le cinéma France-Elysées situé au numéro 20 de la rue Quentin Bauchard est annexé au Biarritz et deviendra la salle Prestige du complexe cinématographique qui compte maintenant six salles.

Mais un arrêté du Ministère de l’Economie du 9 février 1994 enjoignant le circuit UGC à réduire sa part de marché sur les Champs-Elysées sonne le glas du cinéma. Sur la célèbre avenue, UGC possède à cette époque les quatre salles du Normandie, la cinéma mono-écran UGC Champs-Elysées, le complexe George V ainsi que le Triomphe.

L’UGC Biarritz ferme définitivement ses portes le 1 février 1995. La salle Prestige est cédée aux Ecrans de Paris mais les cinq autres salles sont transformées en surfaces commerciales.

La salle d’origine avec balcon de l’ancien cinéma existe toujours sous l’enseigne Elysées-Biarritz; elle est utilisée uniquement pour des projections privées.

Remerciements: M. Thierry Béné.
Documents: La Cinématographie française & Le Film français.

Voir le dossier « les Champs-Elysées et les salles de cinéma »

2018-10-08T12:50:32+00:00 1 mai 2018|

Un commentaire

  1. Alex 4 juillet 2018 à 14 h 57 min

    J’adorais ce cinéma des Champs avec ses grands panneaux qui supportaient les affiches et les néons lumineux en forme de flèches…. C’est désolant un cinéma qui ferme, surtout lorsqu’il est chargé d’histoire et qu’il laisse la place à une franchise commerciale sans âme…

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