Cinéma Colisée à Paris

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Cinéma Colisée à Paris

Adresse: 38 avenue des Champs-Elysées à Paris (8ème arrondissement)
Nombre de salles: 1 puis 3

La salle du Colisée ouvre ses portes en 1913 et restera jusqu’à l’inauguration de l’Ermitage le 21 novembre 1930 l’unique théâtre cinématographique des Champs-Elysées.

Le bâtiment originel est l’œuvre de l’architecte Jacques-Marcel Auburtin. L’historien Jean-Jacques Meusy évoque ainsi la salle dans son ouvrage « Paris-Palaces ou le temps des cinémas (1894-1918) » (1995-CNRS Editions): « la salle est construite derrière un bâtiment de façade fidèlement copiée sur le Théâtre d’Amiens, construit en 1778-1779 par l’architecte Jean Rousseau. Le parterre du Colisée avec ses loges au fond offre 422 places assises et le balcon en forme de U environ 200 places ».

Durant les années 1910, le Colisée n’annonce pas ses programmes dans la presse mais vante le confort de la salle ainsi que son orchestre qui accompagne les projections de divers petits films. Les spectateurs de l’époque fréquentent avant tout les salles des grands boulevards.

Les première années de son ouverture, le Colisée n’est donc pas un cinéma de premières exclusivités à l’instar des cinémas Marivaux et Madeleine qui affichent de grand films pendant des semaines voire des mois. Le programme du Colisée varie toutes les semaines et reprend ainsi des films présentés dans d’autres salles quelques semaines plus tôt.

Un cinéma des établissements Jacques Haïk.

Le 19 septembre 1930, le Colisée rouvre ses portes sous la houlette du grand producteur Jacques Haïk avec, à l’affiche, le film parlant « Haï Tang » de Richard Eichberg avec l’actrice chinoise Anna May Wong. Le gala de réouverture se fait à grand renfort de publicité au profit de la Caisse générale des retraites de la presse française. La salle est entièrement rénovée et le prix des places augmente en conséquence.

Treize jours plus tôt, la société des théâtres Jacques Haïk ouvre l’Olympia, une salle de grand confort créée à l’emplacement de l’ancien music-hall. Le nouveau Colisée est lancé avec le slogan « la salle des avants-premières »: le film d’ouverture « Haï Tang » sortira d’ailleurs en exclusivité à l’Olympia le 31 octobre 1930 après être resté quatre semaines dans la salle du Colisée.

Le film « La Douceur d’aimer » de René Hervil interprété par Victor Boucher – un acteur très populaire des années 1930 – lance la salle qui voit sa fréquentation atteindre le niveau des grandes salles d’exclusivités de la capitale.

Avec la création en quelques semaines de nouvelles salles sur l’avenue des Champs-Elysées – l’Ermitage, le Cinéma des Champs-Elysées et l’Elysées-Gaumont, la plus belle avenue du monde va devenir l’avenue des prestigieux cinémas d’exclusivités.

Deux chefs-d’œuvre de Jean Renoir sortent alors en exclusivité au Colisée: « La Chienne » le 20 novembre 1931 qui tient l’affiche pendant huit semaines ainsi que « Boudu sauvé des eaux » le 11 novembre 1932 qui reste quant à lui deux semaines sur l’écran du Colisée.

Le Colisée rejoint la Gaumont.

Le 29 janvier 1933, avec la faillite des établissements Jacques Haïk, le Colisée rejoint la Gaumont-Franco-Film-Aubert (GFFA). La salle devient alors le lieu de sortie d’un grand nombre de films, pour certains des chefs-d’œuvres du cinéma français: « Le Chaland qui passe (L’Atalante) » de Jean Vigo le 14 septembre 1934 ne reste que deux semaines à l’affiche, le succès n’étant pas au rendez-vous.

Suivront entres autres « Pension Mimosas » de Jacques Feyder le 18 janvier 1935, « Mon Père avait raison » de Sacha Guitry le 27 novembre 1936, « Drôle de drame » de Marcel Carné le 22 octobre 1937 et « La Règle du jeu » de Jean Renoir le 8 juillet 1939.

Quelques chefs-d’œuvres américains programmés en version originale occupent également l’affiche du Colisée à l’instar de « La Huitième femme de Barbe-Bleue » le 22 avril 1938, « La Chevauchée fantastique » de John Ford le 20 mai 1939 ou bien « Ninotchka » d’Ernst Lubitsh le 2 avril 1940.

Dès l’Occupation, les films allemands occupent l’écran du Colisée: le détestable film antisémite « Le Juif Süss » de Veit Harlan y est projeté dès le 14 février 1941 alors que le cinéma Marignan, situé face au Colisée, est transformé en Soldatenkino. Le 13 octobre 1943, le film de Jean Delannoy « L’Éternel retour » est à l’affiche.

Ci-dessus: La façade du Colisée Gaumont en 1948 avec à l’affiche « Au-delà des grilles » de René Clément.

La prestigieuse salle des Champs-Elysées.

C’est le film « Un Américain pur-sang – Joe Smith American » de Richard Thorpe, premier film inédit en provenance des Etats-Unis qui fête la Libération au Colisée dès le 13 octobre 1944. C’est surtout avec la reprise le 17 novembre 1944 de « La Ruée vers l’or » de Charles Chaplin que le Colisée attire de nouveau les spectateurs parisiens en attendant la sortie du film de Marcel Carné « Les Enfants du Paradis », proposé dès le 9 mars 1945 en tandem avec le cinéma Madeleine.

Ci-dessus: La salle du Colisée en 1951.

A la fin des années 1940, le Colisée est restructuré par l’architecte Paul Tournon. La Cinématographie française commente ainsi la nouvelle salle baptisée Colisée-Gaumont: « La salle est grise et rouge: moquette rouge sur le sol et les soubassements, tentures grises plissées sur les murs sur lesquels se dégagent les pilastres ioniques blancs et or, fauteuils gris, le plafond avec corniches lumineuses blanc et or. Entre les pilastres, des vasques lumineuses en cristal de Venise éclairent cette harmonie rouge et grise. »

L’inauguration du nouveau cinéma avec sa façade de style paquebot est annoncée pour le 29 septembre 1950 avec le film de Jean Cocteau « Orphée ». La salle allie désormais sa programmation de films grands publics avec le Berlitz et le Gaumont-Palace.

Ci-dessus: La façade du Colisée en 1951.

C’est le 21 août 1953 avec le film « Hans Christian Andersen et la danseuse » de Charles Vidor que la fameuse programmation en tandem Colisée/Marivaux débute. Ces deux établissements cinématographiques deviennent la vitrine des productions françaises. Parmi les innombrables films qui sont sortis avec cette combinaison, on peut citer « Madame de. » de Max Ophüls, « Touchez pas au grisbi » de Jacques Becker, « Le Rouge et le noir », « La Traversée de Paris » et « En Cas de malheur » de Claude Autant-Lara, « Les Grandes manœuvres » et « Porte des Lilas » de René Clair, « Elena et les hommes » de Jean Renoir, « Mon Oncle » de Jacques Tati, « Les Cousins » de Claude Chabrol, « Les 400 coups » de François Truffaut, « Plein Soleil » de René Clément, « La Vérité » de Henri-Georges Clouzot, « Le Journal d’une femme de chambre » de Luis Bunuel, « Viva Maria » de Louis Malle, « Le Deuxième souffle » de Jean-Pierre Melville… Et tant d’autres.

Ci-dessus: « Constance aux enfers » sorti au Colisée le 5 février 1964.

Ci-dessus: « Plein Soleil » sorti au Colisée le 9 mars 1960.

Cinéma Gaumont Colisée à Paris

Ci-dessus: « La Horde sauvage » sorti au Colisée le 15 octobre 1969.

En 1967, les films en exclusivité sortent sur des combinaisons plus larges; le Colisée-Gaumont étant associé à d’autres salles de la société à la marguerite, dont le Lumière. Le Marivaux affiche quant à lui ses films en combinaison avec le George V et le Bretagne, un grand cinéma du quartier Montparnasse ouvert en 1961.

Les dernières années du Gaumont Colisée.

Au printemps 1976 le Colisée ferme ses portes: l’emblématique façade et le hall sont démolis pour laisser la place à un immeuble moderne dont le rez-de-chaussée fait office de hall du futur cinéma.

En plus de la grande salle, Gaumont ajoute deux petites salles qui occupent les dépendances en sous-sol.

Ci-dessus: Le salle 2 du Gaumont Colisée en 1976.

Ci-dessus: La salle 3 du Gaumont Colisée en 1976.

Ci-dessus: Le nouveau hall du Gaumont Colisée en 1976.

Pourtant très fréquentées, les trois salles du Gaumont Colisée ferment douze années plus tard. Malgré une mobilisation des professionnels du cinéma auprès du Ministère de la Culture pour la sauvegarde de l’établissement, Gaumont ferme les portes de son cinéma le 30 mars 1988.

Pour sa dernière semaine d’exploitation, le Colisée affiche « La Vie est un long fleuve tranquille » d’Etienne Chatiliez. L’historique cinéma des Champs-Elysées est détruit puis remplacé par un immeuble de bureaux et des commerces.

Textes et documents: remerciements M. Thierry Béné & Didier Noisy.

Les Champs-Elysées et les salles de cinéma.

2018-05-22T14:20:55+00:00 22 mai 2018|

3 Commentaires

  1. Guilhem Claude 27 mai 2018 à 18 h 39 min

    Magnifique dossier sur cette grande et élégante salle parisienne et de ses dépendances au temps de sa splendeur (plus de 600 places).
    Ces clichés devaient en effet être publiés merci.
    Quant à comprendre la « politique » de Gaumont, elle est souvent mystérieuse… Ah si « Papa Léon » avait vu ça !!

  2. Thierry Béné 25 mai 2018 à 20 h 54 min

    Bonjour Didier,

    Merci pour ces informations montrant l’évolution de l’attractivité du COLISEE au fil des ans. Sur l’année 1938 et ses 220 000 spectateurs, il faut noter que cette année là, le COLISEE n’avait programmé que 5 films en exclusivité unique (LE PURITAIN, le 14/1/38, LEGIONS D’HONNEUR, le 18/2/38, la 8ème FEMME DE BARBE BLEUE, le 8/4/38, LE JOUEUR le10/9/38 et ENTREE DES ARTISTES, le 1/10/38. Le COLISEE proposait 2 matinées en permanent à 12 et 15 frs et une seule soirée à 15 et 20 frs ce qui était très onéreux pour l’époque. Ceci explique sans doute, le nombre d’entrées restreint par rapport aux années suivantes où au moins 5 séances étaient proposées (sauf film long).
    Savez vous pourquoi GAUMONT s’est séparé du COLISEE? J’y allais beaucoup, jusqu’à la fin et la grande salle était la plupart du temps pleine. La projection y était remarquable!

  3. Didier Noisy 24 mai 2018 à 23 h 02 min

    Bonjour,

    Une fois de plus, bravo à vous pour ce nouvel article très complet sur le Colisée !
    Pour le compléter, voici quelques chiffres clés de cette salle, à différentes époques :

    Sur l’année 1923, le « Colisée » avait récolté des recettes brutes d’un montant de 984 000 francs de l’époque !
    En 1926, les recettes brutes étaient passées à 1 458 000 francs
    Quant à la fameuse année 1930 dont vous faites référence dans votre article, le Colisée a engendré 2 977 000 francs bruts sur l’année entière !
    Durant les années 1930’s, l’année la plus rentable pour la salle a été l’année 1938, avec un nombre d’entrées record de 220 000 spectateurs !
    Toutefois, bien loin des 513 000 entrées réalisées en 1946, où la salle avait programmé successivement : « Le livre de la jungle » de Korda, « L’idiot » et « La belle et la bête ».
    Aux cours des années 1950’s, le « Colisée » dépassera même la barre des 600 000 entrées annuelles, notamment en 1957 (610 000) et 1958 (602 000). Malheureusement, 1962 marquera la dernière année où la salle se montrera capable de rassembler plus de 500 000 spectateurs sur une année entière…

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