Adresse: 15 boulevard des Italiens à Paris (2ème arrondissement)
Nombre de salles: 1 puis 4

Ne cherchez plus le Marivaux sur les grands boulevards parisiens: un restaurant a pris la place de cette prestigieuse salle inaugurée le mercredi 16 avril 1919 au 15 boulevard des Italiens. Le cinéma entame cette année-là un règne de plus de soixante-cinq ans sur la capitale et constitue un des maillons essentiels de l’exploitation parisienne.

Michel Coisac revient en 1925 dans son ouvrage « Histoire de la cinématographie des origines à nos jours », sur le mythique Marivaux: « La salle Marivaux, due à MM Bony et Delac, entra, par le fait du groupement entrepris par M. Benoît-Lévy dans le giron de la Compagnie Générale française de la cinématographie ; elle est un bijou très parisien, bien que de style byzantin. C’est une salle luxueuse, confortable et pratique ; on y voit bien et l’on y est vu, surtout aux loges de corbeilles, disposées et aménagées pour faire valoir les fleurs exquises que sont nos Parisiennes. La tonalité de Marivaux, étudiée et calculée sur le jeu d’éclairage à trois degrés, basé sur cinq mille lampes, contribue à diffuser, dans l’ensemble de la décoration, une chatoyante symphonie d’élégance et de bon goût. C’est la salle idéale, répondant à tous les désirs, car si la corbeille est exquise, discrètes sont les baignoires où l’on peut être au spectacle, ignoré, solitaire, tout au charme de la scène ».

De son côté la revue La Cinématographie française dans son numéro du 19 avril 1919 est beaucoup plus ironique: « Le style ? Ma foi, je crois bien que l’architecte lui-même ne serait le classer. A côté de colonnes Ioniques se voient des ornements vaguement égyptiaques, le tout enluminé de vieux rose et d’ocre avec des motifs verts et or. On a l’impression de nager dans une gigantesque glace panachée fraise et vanille agrémentée de pistaches (…) J’ai trouvé mes consœurs, ces dames ouvreuses, exquises en leurs ravissantes robes de soubrettes tout à fait … « Marivaudeuses ».

Ci-dessus: la Salle Marivaux en 1919.

Ci-dessus: inauguration de la Salle Marivaux le 16 avril 1919.

Le programme d’ouverture du Marivaux est annoncé avec le film « La Suprême épopée » d’André Desfontaines, d’après un poème d’Henri-André Legrand. La séance comprend également sur scène « Marivaux… donc! » de Dominique Bonnaud et Léon Michel, joué par Pierrette Madd, messieurs Barencey et Marchal, Isabelle Fusier ainsi que Miss Kathleen O’Hanion et Théo Zambonni, danseurs acrobatiques du Coliseum de Londres. Le 9 mai 1919, « Intolérance » de D.W. Griffith sort en exclusivité dans la nouvelle salle parisienne avec pour slogan « Vous ne verrez Intolérance qu’à Marivaux! « 

Les programmes suivants comprennent un grand film et un programme complet de music-hall. Parmi eux, citons « Raffles » de George Irvin avec John Barrymore le 12 décembre 1919, « La Fête espagnole » de Germaine Dulac le 30 avril 1920 qui accompagne « Charlot apprenti », « Dans les bas-fonds » de Sidney Franklin avec Mary Pickford le 7 mai 1920. Rappelons qu’à l’époque les films effectuent leur première semaine d’exclusivité uniquement dans une salle.

Le Marivaux, le cinéma le plus apprécié des Années folles.

La Salle Marivaux s’assurer l’exclusivité des productions du studio United Artists fondé par Mary Pickford, Charles Chaplin, Douglas Fairbanks et D.W. Griffith. Durant les années 1920, le studio produit de grands succès que proposent ce nouveau cinéma, comme, entre autres, « Une Poule mouillée » de Victor Fleming avec Douglas Fairbanks le 25 novembre 1921, « Le Petit lord Fauntleroy » d’Alfred E. Green et Jack Pickford joué par Mary Pickford le 24 mars 1922, « A Travers l’orage – Way down East » de D.W. Griffith le 11 novembre 1922, « Robin des bois » d’Allan Dwan avec Douglas Fairbanks qui triomphe durant douze semaines dès le 16 février 1923 ou « Le Voleur de Bagdad » de Raoul Walsh sorti le 19 septembre 1924 et à l’affiche dix semaines au Marivaux. La salle initie ainsi avec le cinéma Madeleine la notion d’exclusivité dans la durée, alors que traditionnellement les programmes changent chaque semaine.

De grands films français font l’objet d’une sortie de prestige au Marivaux étant l’un, sinon le cinéma le plus chic et le plus apprécié de ces années folles. Citons « Koenigsmark » réalisé par Léonce Perret avec Huguette Duflos sorti le 28 décembre 1923 et qui attire les foules durant douze semaines, suivi de « Violettes impériales » d’Henry Roussel le 21 mars 1924. « La Mort de Siegfried », première partie de l’œuvre de Fritz Lang « Les Nibelungen » bénéficie d’une sortie au Marivaux le 20 mars 1925.

Ci-dessus: « La Ruée vers l’or » de Charles Chaplin en exclusivité au Marivaux en 1925.

Ci-dessus: « Le Cirque » de Charles Chaplin en 1928 au Marivaux.

L’événement cinématographique de l’année 1925, projeté au seul Marivaux, est le film de Charles Chaplin « La Ruée vers l’or » qui arrive en France le samedi 22 septembre 1925 et qui y reste à l’affiche durant 13 semaines. L’autre chef d’oeuvre de Chaplin « Le Cirque » sort le 16 février 1928 au Marivaux.

On peut également applaudir le génial « Mécano de la Generale » de Buster Keaton et Clyde Bruckman le 4 février 1927. C’est surtout le « Napoléon » d’Abel Gance qui marque l’histoire du Marivaux: le film y est à l’affiche le 18 novembre 1927 pendant huit semaines avant d’être programmé dans l’immense salle du cinéma Gaumont-Palace.

Pathé-Natan puis Léon Siritzky à la tête du Marivaux.

Le 25 janvier 1929, le cinéma voisin du Marivaux l’Aubert-Palace propose le premier film sonore et parlant « Le Chanteur de jazz » qui attire les foules pendant presque une année dans cette seule salle. Sous la houlette de la société Pathé-Natan, le Marivaux passe au parlant le 31 octobre de cette même année avec le film « Les Trois masques » d’André Hugon considéré comme le premier film français parlant. « La Nuit est à nous », réalisé en deux versions – française et allemande – de Carl Froelich et Henry Roussel rencontre un grand succès au Marivaux dès le 17 janvier 1930 avec pour vedettes Jean Murat et Marie Bell.

Ci-dessus: « Les Trois masques », le premier film parlant français au Marivaux-Pathé le 1er novembre 1929.

Pathé-Natan présente au Marivaux les grandes productions issues de ses studios comme « Accusé levez-vous » de Maurice Tourneur le 12 septembre 1930, « Faubourg Montmartre » de Raymond Bernard le 30 septembre 1931, « Au Nom de la loi » de Maurice Tourneur le 14 avril 1932, « Charlemagne » de Pierre Colombier avec Raimu le 22 décembre 1933, « Ces Messieurs de la Santé » de Pierre Colombier le 25 mars 1934, « Tartarin de Tarascon »de Raymond Bernard le 4 novembre de la même année.

Ci-dessus: « King-Kong » de Merian Caldwell Cooper et Ernest Beaumont Schoedsack à l’affiche du Marivaux Pathé-Natan le 16 septembre 1933.

Ci-dessus: « La Grande illusion » de Jean Renoir à l’affiche du Marivaux le 14 juin 1937.

Ci-dessus: « Marthe Richard, au service de la France » de Raymond Bernard avec Edwige Feuillère et Erich von Stroheim à partir du 23 avril 1937.

Ci-dessus: « Quai des brumes » de Marcel Carné à l’affiche du Marivaux le 18 mai 1938.

En 1937, la fréquentation du Marivaux est au sommet avec des films comme « Pépé le Moko » de Julien Duvivier le 29 janvier ou « Marthe Richard au service de la France » de Raymond Bernard, projeté le 23 avril en tandem avec le grand cinéma Pathé-Natan des Champs-Elysées le Marignan. 1937 est aussi l’année où la salle du Marivaux est reprise par le génial entrepreneur Léon Siritzky, à la tête de la Société des Cinémas de l’Est. La Cinématographie française commente cette transaction: « Après un récent accord avec les théâtres Paramount de Paris et de province, Monsieur Léon Siritzky a conclu un accord avec la société Marivaux où il présidera à partir du 4 juin 1937 aux destinées du Marivaux, l’une des salles d’exclusivité les plus brillantes de Paris. C’est avec la sortie de « La Grande Illusion » de Jean Renoir qu’est inauguré l’exploitation du Marivaux par le circuit Siritzky ».

« La Grande illusion » est l’un des plus grands succès d’avant-guerre, le chef d’oeuvre de Jean Renoir reste 14 semaines à l’affiche du seul Marivaux. Il est suivi le 9 septembre 1937 du film de Julien Duvivier « Un Carnet de bal ». Quand « Le Quai des brumes » sort au Marivaux le 18 mai 1938, le producteur Gregor Rabinovitch ne croit guère au succès du film de Marcel Carné qu’il juge déprimant. Le cinéaste raconte dans le documentaire « Parlons Cinéma » produit par l’O.R.T.F. que le jour de la sortie du film à 16 heures, il appelle avec son producteur l’exploitant du Marivaux pour mesurer l’accueil des premiers spectateurs. Léon Siritzky leur indique que le film est applaudi lors de la matinée et qu’il pense tenir sans doute trois mois au vue de l’enthousiasme fait au film. Gregor Rabinovitch et Léon Siritzky organisent aussitôt une fête le soir-même à Bagatelle pour fêter le succès annoncé mais à laquelle Marcel Carné ne se rend pas, persuadé de l’insuccès prévu par son producteur et ayant modifié ses plans!

L’affiche du Marivaux enchaîne les productions de prestige comme « La Femme du boulanger » de Marcel Pagnol le 7 septembre 1938, « Katia » de Maurice Tourneur le 20 octobre ou bien « Hôtel du nord » de Marcel Carné le 15 décembre. Un an après, le film américain d’Howard Hawks « Seuls les anges ont des ailes » sort au Marivaux le 21 juin 1939 alors que la salle ne présente principalement que des productions nationales. Quand la guerre éclate, le film de Jean Boyer « Circonstances atténuantes » est à l’affiche du Marivaux depuis le 27 juillet 1939.

La spoliation organisée des salles de cinéma appartenant aux juifs.

Durant le début des hostilités, le cinéma reste ouvert et l’affiche annonce, entre autres, « Ils étaient neuf célibataires » de Sacha Guitry à partir du 27 octobre 1939, « La Charrette fantôme » de Julien Duvivier le 17 février 1940, « L’Homme qui cherche la vérité » d’Alexander Esway avec Raimu le 20 mars 1940 ou bien « L’Héritier des Montdésir » le 1 mai 1940. Quand les troupes allemandes entrent dans Paris, ce film est toujours à l’affiche du Marivaux.

Pendant l’Occupation, la famille Siritzky est spoliée par la S.O.G.E.C. (Société de Gestion et d’Exploitation du Cinéma) créée par Alfred Greven. L’entreprise aux capitaux allemands force les exploitants français de confession juive à leur céder leurs salles de cinéma. La société de Léon Siritzky et ses salles de cinéma rejoignent ainsi la S.O.G.E.C.. Durant le conflit et malgré cette période noire, le Marivaux poursuit l’exploitation de films dont certains rencontrent un grand succès comme la reprise de « L’Homme qui cherche la vérité » le 27 août 1940, « Paradis perdu » d’Abel Gance le 12 novembre 1940, « Volpone » de Maurice Tourneur avec Harry Baur le 10 mai 1941, « Le Destin fabuleux de Désirée Clary » de Sacha Guitry le 4 septembre 1942, « Pontcarral, colonel d’empire » de Jean Delannoy, un des plus gros succès de l’Occupation dès le 23 décembre 1942, « Le Colonel Chabert » de René Le Hénaff d’après Balzac avec Raimu le décembre 1943 ou bien « Premier de cordée » de Louis Daquin le 23 février 1944. De 1942 à 1944, les films proposés au Marivaux sortent conjointement avec le cinéma Marbeuf des Champs-Elysées.

A la Libération, le Marivaux s’écarte de sa programmation habituelle de productions nationales en proposant des exclusivités venues des Etats-Unis comme « Trente secondes sur Tokyo » de Mervyn Leroy avec Spencer Tracy le 14 novembre 1945, à l’affiche durant vingt semaines, ou bien « Le Magicien d’Oz » de Victor Fleming le 27 juin 1946.

Pathé reprend l’exploitation du cinéma en 1946 avec, le 26 septembre, la diffusion du film de Jean Delannoy « La Symphonie pastorale » à l’affiche également du Marignan, les deux cinémas fonctionnant désormais ensemble. En novembre 1946, alors que le film est encore à l’affiche, un arrêté limite la consommation de courant électrique. Durant les coupures, le lundi et le mardi, le Marivaux utilise un moteur diesel pour fournir le courant et permettre ainsi aux très nombreux spectateurs de voir ce film qui vient de remporter la première Palme d’Or du festival de Cannes.

Ci-dessus: « Bambi » de Walt Disney à partir du 28 avril 1948.

Malgré l’échec du film de Marcel Carné « Les Portes de la nuit » à l’affiche le 3 décembre 1946, les grands succès de l’après-guerre se succèdent aux Marivaux et au Marignan: « Le Bataillon du ciel » d’Alexander Esway dont la première époque sort le 7 mars 1947 et la seconde le 18 avril de la même année, « Le Silence est d’or » de René Clair le 23 mai 1947, « Quai des Orfèvres » d’Henri-Georges Clouzot le 3 octobre 1947, « Bambi » de Walt Disney le 28 avril 1948, « Manon » d’Henri-Georges Clouzot le 9 mars 1949, « Justice est faîte » d’André Cayatte le 15 septembre 1950, « Nous sommes tous des assassins » du même réalisateur le 21 mai 1952.

A l’automne 1952, un nouvel écran Synchro-Screen est installé par la direction du Marivaux comme le commente la Cinématographie française: « Ce nouveau type d’écran modifie entièrement la vision de l’image projetée telle que les spectateurs la connaissent avec son ancien entourage noir et cette image qui paraît être sur un même plan, grâce au Synchro-Screen donne maintenant la sensation de profondeur et l’impression aux spectateurs de voir naturellement, comme par une grande baie ouverte. Le Synchro-Screen transforme complètement l’ambiance actuelle des salles obscures pour la satisfaction de leur clientèle ». C’est avec le film produit par Samuel Goldwyn et réalisé par Charles Vidor, « Hans Christian Andersen et la danseuse » que débute le 14 août 1953 une nouvelle combinaison d’exclusivité qui va marquer une génération de cinéphiles: le Colisée et le Marivaux. Suivent, entre autres, « Madame de » de Max Ophüls le 15 septembre 1953 et « Touchez pas au grisbi » de Jacques Becker le 17 mars 1954.

La salle du Marivaux rénovée et la naissance du tandem Colisée/Marivaux.

Après une dernière projection de « Monsieur Ripois » de René Clément, le Marivaux ferme ses portes le 29 juin 1954 au soir pour subir durant treize semaines d’importants travaux dirigés par Maurice Gridaine. L’architecte a édifié de nombreuses salles de cinéma comme l’Omnia à Rouen, Le Paris et le Helder à Paris ou encore le Palais des Festivals de Cannes. C’est une salle entièrement transformée que le public découvre le 24 septembre 1954 avec la première du film de Marcel Carné « L’Air de Paris ». La revue corporatiste La Cinématographie française revient sur la réouverture du Marivaux dans son numéro du 9 octobre 1954: « L’ancien Marivaux en son temps, la plus élégante salle d’exclusivité de Paris, et depuis lors, plusieurs fois réhabilitée, vient de recevoir une transformation totale. L’ancienne construction de béton, hormis les quatre murs, a été démolie au marteau-piqueur et au chalumeau. En place du balcon et de la corbeille, a été construit un mezzanine, sous la pente duquel a été aménagée une cabine spacieuse a quatre fenêtres, projetant horizontalement sur un grand écran de 13m X 6m environ, permettant tous les formats du standard au Cinémascope. Dans la courbe du mezzanine, l’entaille en retrait réservant la projection est d’une forme heureuse. Elle aère d’ailleurs la vue des places du fond d’orchestre, sur les hauts du cadre d’écran. (…) Élargie et arrondie latéralement (1300 places au lieu de 1000), la salle offre un large orchestre, un mezzanine en pente douce, des fauteuils arrière aérés et de bonne visibilité. Les fauteuils Quinette, largement implantés sont de deux couleurs alternées, gris-vert et gris-beige, sur tapis et soubassements grenat. Les murs sont mauve clair. Les rangées décalées de fauteuils en deux tons ont un effet très original. Les strapontins d’un nouveau modèle de Quinette, sur pivot vertical stables et confortables méritent d’être signalés. Le large et léger rideau de tissu de verre miroitant s’encadre par deux panneaux lumineux à relief de staff, sculptés par R. Lecoq, de haut style moderne, représentant des personnages de Marivaux. En salle éclairée, le variateur automatique de Clemençon fait évoluer en un lent mouvement lumineux cet ensemble de tonalités discrètes. Les lignes du mezzanine, du plateau de scène, du plafond frangé de lumière et incliné acoustiquement, complètent cette harmonie visuelle. Les accès sur le Boulevard, très éclairés sont élargis par des glaces, porte et décor latéral. L’élégant mouvement de l’escalier de l’entrée monte en une belle courbe vers le foyer du mezzanine, sous une décoration murale de R. Lecoq. »

Ci-dessus: la nouvelle façade du Marivaux avec à l’affiche à partir du 24 septembre 1954 « L’Air de Paris » de Marcel Carné.

Ci-dessus: le hall rénové du Marivaux en 1954.

Ci-dessus: la salle rénovée du Marivaux vue depuis le balcon. Sur les parois, on aperçoit les sculptures de R. Lecoq représentant les personnages imaginés par l’homme de lettres Pierre Carlet de Chamblain de Marivaux.

Ci-dessus: vues de la salle rénovée du Marivaux en 1954.

Ci-dessus: les plans du cinéma en 1954.

Le public vient nombreux applaudir le dernier film de Marcel Carné qui enregistre la première semaine 17.248 entrées dans la salle rénovée du Marivaux. Les succès s’enchaînent dans le plus prestigieux tandem d’exclusivité des productions françaises, le Colisée/Marivaux avec des films comme « Le Rouge et le noir » de Claude Autant-Lara le 29 octobre 1954, « Razzia sur la chnouf » d’Henri Decoin le 7 avril 1855, « Les Grandes manœuvres » de René Clair le 26 octobre 1955, « La Traversée de Paris » de Claude Autant-Lara le 26 octobre 1956, « Porte des Lilas » de René Clair le 25 septembre 1957, « Ascenseur pour l’échafaud » de Louis Malle le 29 janvier 1958, « Mon Oncle » de Jacques Tati le 14 mai 1958, « En cas de malheur » de Claude Autant-Lara le 17 septembre 1958, « Les 400 coups » de François Truffaut le 6 juin 1959, « Les Liaisons dangereuses 1960 » de Roger Vadim le 9 septembre 1959 ou « Plein soleil » de René Clément le 9 mars 1960.

Ci-dessus: « Plein soleil » de René Clément avec Alain Delon, Marie Laforêt et Maurice Ronet à partir du 9 mars 1960.

Ci-dessus: « Maigret voit rouge » de Gilles Grangier avec Jean Gabin aux cinémas Colisée et Marivaux dès le 18 septembre 1963.

Ci-dessus: la nouvelle façade du cinéma Marivaux en 1967 avec à l’affiche « Vivre pour vivre » de Claude Lelouch.

C’est avec la sortie le 19 février 1965 de « Yoyo » de Pierre Etaix que le cinéma Bretagne, une salle d’exclusivité ouverte trois ans plus tôt par Joseph Rytmann à Montparnasse, rejoint le tandem Marivaux/Colisée. Cette nouvelle combinaison, une des plus recherchées par les distributeurs, propose « Le Journal d’une femme en blanc » de Claude Autant-Lara le 28 avril 1965 ou « Viva Maria » de Louis Malle le 10 décembre 1965.

Le cinéma des Champs-Elysées George V, qui vient de retirer de son affiche « West side story » après 219 semaines d’exploitation, remplace le Colisée et constitue le nouveau triptyque de distribution des grandes exclusivité avec le Marivaux et le Bretagne. Le film d’Alain Resnais « La Guerre est finie » inaugure le 11 mai 1966 cette nouvelle combinaison où l’on peut également applaudir « La Curée » de Roger Vadim le 22 juin 1966 ou « Belle de jour » de Luis Bunuel le 24 mai 1967. Du lundi 4 au mardi 12 septembre 1967, la salle ferme pour une modernisation de la façade et du hall, le remplacement des fauteuils et des tapis et une nouvelle installation de projection. C’est le film « Vivre pour vivre » de Claude Lelouch qui est à l’affiche lors de la réouverture de la salle le 14 septembre, un des grands succès de l’année 1967 qui tient l’affiche du Marivaux durant 17 semaines. Suivent « Benjamin ou les mémoires d’un puceau » de Michel Deville le 6 janvier 1968, « La Mariée était en noir » de François Truffaut le 18 avril 1968, « L’Armée des ombres » de Jean-Pierre Melville le 12 septembre 1969 ou « Le Boucher » de Claude Chabrol le 25 février 1970.

La fin du Paramout-Marivaux des frères Siritzky.

Alors que la majorité des cinémas sont transformés en complexes de plusieurs salles, le Marivaux maintient sa salle unique jusqu’en 1976. Les entrées témoignent de l’attractivité toujours constante du cinéma mono-écran comme le confirme le triomphe de « Mourir d’aimer » d’André Cayatte à l’affiche le 20 janvier 1971 pour 14 semaines. La sortie de « Sans mobile apparent » de Philippe Labro prévoit une nouvelle combinaison avec le cinéma Rotonde, en remplacement du Bretagne, puis avec la salle du circuit des frères Siritzky le Publicis Saint-Germain avec la sortie de « La Décade prodigieuse » de Claude Chabrol le 10 décembre 1971.

Ci-dessus: le nouveau hall du Paramount-Marivaux des frères Jo et Samy Siritzky.

Ci-dessus: vues de deux salles du Marivaux en 1976 avec ses fauteuils de cuir et ses murs siglés Paramount.

Deux champions du box-office occupent l’affiche de la salle du Marivaux durant les années 1970: « Emmanuelle » de Just Jaeckin le 26 juin 1974 pour 25 semaines et « Le Vieux fusil » de Robert Enrico le 20 août 1975. En 1976, la société des frères Jo et Samy Siritzky Parafrance entame la transformation du Marivaux en un complexe de quatre salles. Le Marivaux rouvre le 8 décembre 1976 sous l’enseigne Paramount-Marivaux avec avec trois salles de 475, 500 et 100 fauteuils, une quatrième salle de 90 fauteuils est créée en 1977. Le Paramount-Marivaux affiche les productions distribuées dans tous les cinémas parisiens du circuit Parafrance, les petites salles assurant les longues prolongations des productions maisons comme « Un Taxi mauve » d’Yves Boisset.

Le cinéma Marivaux perd à la fois son prestige et son public dans ses salles banalisées. Le coup de grâce intervient lors de la faillite de Parafrance et le démembrement du circuit Paramount. Le Marivaux ferme définitivement ses portes le 30 juin 1986.

Remerciements: M. Thierry Béné.
Documents: La Cinématographie française, Le Film français, Le Film, Gallica-Bnf.