Adresse: 144 et 146, avenue des Champs-Elysées à Paris (8ème arrondissement)
Nombre de salles: 1 puis 11
Création: 1938
Anciennement: Les Portiques.

Pierre Cornaglia, exploitant des salles de cinéma parisiennes l’Alexandra, Le Régent, le Danube-Palace et le Palais d’Avron, ouvre le 26 octobre 1938 une coquette salle dans une galerie marchande de la prestigieuse avenue des Champs-Elysées: Les Portiques. Un gala est organisé pour l’inauguration, suivi de la projection en version espagnole de « Nuits d’Andalousie » de Florian Rey avec pour interprète la célèbre danseuse Imperio Argentina. Le quotidien Paris-Soir du 29 octobre 1938 revient sur l’ouverture des Portiques: « Une nouvelle salle vient d’ouvrir ses portes aux Champs-Elysées, qui deviennent de jour en jour la véritable capitale du cinéma au sein même de notre capitale. Spacieux et clair, le Cinéma des Portiques offre aux spectateurs luxe, confort et agrément. Les invités arrivèrent par centaines mercredi, parmi lesquels on remarquait le Maharadhah de Kapurthala, Madeleine Renaud, Pierre Bertin, Junie Astor, Fernand Rivers… »

Le cinéma Les Portiques programmé par le circuit Siritzky.

Après la soirée inaugurale, la carrière du nouveau cinéma démarre. Le second film projeté aux Portiques est, à partir du 7 décembre 1938, la superproduction réalisée par Carmine Gallone « Scipion l’Africain » avec Isa Miranda. Très tôt, dès le mois de février 1939, Pierre Cornaglia confie la gérance de son cinéma au circuit Siritzky qui, sur les Champs-Elysées, exploite déjà le cinéma Biarritz. C’est avec le film « Fantômes en croisière » de Norman Z. McLeod, une production Hal Roach qui suit le grand succès de la série Topper réunissant les mêmes vedettes Roland Young et Constance Bennett, que Léon Siritzky entame le 4 mars 1939 l’exploitation des Portiques. Alors que la publicité vantant la salle précise que « la direction du Biarritz inaugure Les Portiques », la programmation est constituée de films américains proposés en version originale sous titrée comme, le 7 juin 1939, « L’Ange impur » de H. C. Potter avec James Stewart et Gary Cooper ou bien, le 28 juin 1938, « Coup de théâtre » de Robert B. Sinclair avec Paulette Goddard et Lana Truner. C’est logiquement aux Portiques que la seconde exclusivité des « Hauts de Hurlevent », quittant l’affiche du Biarritz en plein succès, débute le 9 août 1939. Quand la guerre éclate, le film de William Wyler est toujours au programmé aux Portiques.

Cinéma Les Portiques à Paris

Ci-dessus: « Nuits d’Andalousie » de Florian Rey avec Imperio Argentina, le film inaugural du cinéma Les Portiques le 26 octobre 1938.

Cinéma Les Portiques à Paris  Cinéma Les Portiques à Paris

Ci-dessus: à l’affiches aux Portiques, « Fantômes en croisière » le 4 mars 1939 et « Les As d’Oxford » avec Laurel et Hardy le 3 avril 1940.

La salle, en ces premières années de guerre, poursuit son exploitation et alterne une affiche constituée de premières visions et de secondes exclusivités. Ainsi, on retrouve parmi les secondes exclusivités, « Ils étaient neuf célibataires » de Sacha Guitry le 17 janvier 1940 après une première exploitation au Colisée, et « L’Homme du Niger » de Jacques de Baroncelli avec Harry Baur le 28 février 1940 en prolongation de l’Olympia. Quand les troupes allemandes arrivent à Paris, « Les As d’Oxford » d’Alfred J. Goulding avec Laurel et Hardy, en exclusivité à partir du 3 avril 1940, entame sa onzième semaine d’exclusivité.

Pierre Cornaglia ne rouvre Les Portiques que le 6 novembre 1940 avec, en seconde exclusivité, la production allemande de la UFA (Universum Film AG) « Pages immortelles » de Carl Froelich. Durant l’Occupation, le cinéma alterne les secondes exclusivités et les reprises, ces dernières rencontrant un grand succès comme « Le Quai des brumes » (1938) de Marcel Carné à l’affiche le 9 avril 1941, « Sans lendemain » (1939) de Max Ophüls avec Edwige Feuillère le 21 mai 1941 qui tient dix-huit semaines à l’affiche ou bien « Barcarolle » (1935) de Gerhard Lamprecht et Roger Le Bon le 8 octobre 1941. Cette année 1941, le plus gros succès aux Portiques reste la suite d’exclusivité de « Madame Sans-Gêne » de Roger Richebé avec Arletty le 3 décembre 1941, après une carrière entamée au prestigieux cinéma Paramount.

« La Fille du corsaire » d’Enrico Guazzoni sort en exclusivité aux Portiques le 25 mars 1942 suivi de films en seconde vision comme « La Femme que j’ai le plus aimée » de Robert Vernay avec Arletty et Mireille Balin le 3 juin 1942, « Marie-Martine » d’Albert Valentin avec Jules Berry le 4 août 1943 ou « Douce » de Claude Autant-Lara avec Odette Joyeux le 26 janvier 1944. Peu avant la Libération, la production Francinex « Service de nuit » de Jean Faurez avec Gaby Morlay sort en exclusivité aux Portiques le 19 avril 1944 ainsi que dans les salles La Royale et le Royal-Haussmann.

Cinéma Les Portiques à Paris  Cinéma Les Portiques à Paris

Ci-dessus: à l’affiches aux Portiques, « Béatrice devant le désir » de Jean de Marguenat avec Fernand Ledoux et Jules Berry le 8 mars 1944 et « Rome, ville ouverte » de Roberto Rossellini le 13 novembre 1946.

Cinéma Les Portiques à Paris

Ci-dessus: façade des Portiques avec à l’affiche « Mabok, l’éléphant du diable »d’Alfred Santell, 

Dans un Paris désormais libéré, le cinéma Les Portiques programme en exclusivité à partir du 23 décembre 1944 « La Jeunesse d’Edison » de Norman Taurog avec Mickey Rooney. Avec une direction assurée par M. Chabert, la salle est rapidement intégrée à une combinaison de cinémas d’exclusivité comprenant l’Impérial, le Cinécran et l’Eldorado. On peut découvrir dans ces cinémas des œuvres pour grand public comme, le 6 février 1946, « 120, rue de la gare » de Jacques Daniel-Norman, le néoréaliste « Rome, ville ouverte » de Roberto Rossellini le 13 novembre 1946, « Destins » de Richard Pottier avec Tino Rossi le 18 décembre 1946, « Pas si bête » d’André Berthomieu avec le jeune Bourvil le 19 mars 1947 ou bien « Les Atouts de Monsieur Wens » d’Émile-Georges de Meyst avec Louis Salou le 14 mai 1947. Pour la sortie des productions issues des studios américains, Les Portiques ne s’associe pas à ses salles partenaires. La salle affiche, parmi d’autres, « La Folle ingénue » d’Ernst Lubitsch avec Jennifer Jones le 4 juin 1947, « Le Portrait de Dorian Gray » d’Albert Lewin le 17 septembre 1947, le musical « Yolanda et le voleur » de Vincente Minnelli avec Lucille Bremer le 27 octobre 1948 ou « Le Pirate » du même réalisateur avec Judy Garland et Gene Kelly le 3 novembre 1950.

1951, le cinéma Les Portiques est rebaptisé le George V.

Durant l’été 1951, Les Portiques entame une période de travaux de rénovation. Le 24 août 1951, il rouvre sous l’enseigne George V, un hommage au roi d’Angleterre, avec le mélodrame italien « Cocaïne » de Giorgio Bianchi. Le George V poursuit sa programmation en alternant les secondes exclusivités et les premières visions, souvent des films mineurs issus des studios Universal et Columbia comme « L’Aigle du désert » de Frederick de Cordova le 29 septembre 1951, « La Revanche des gueux » de Gordon Douglas le 12 octobre 1951, le western « Les Écumeurs des Monts Apaches » de Ralph Murphy le 11 janvier 1952 ou « Le Voleur de Tanger » de Rudolph Maté avec Tony Curtis le 27 février 1952. Outre ces exclusivités, le George V se bâtit une réputation de salle de seconde exclusivité avec, entre autres, « Le Petit Monde de don Camillo » de Julien Duvivier à l’affiche le 1er août 1952 pendant quinze semaines, « La Minute de vérité » de Jean Delannoy avec Jean Gabin et Michèle Morgan le 27 novembre 1952, « Le Retour de Don Camillo » de Julien Duvivier le 30 juillet 1953, « Madame de… » de Max Ophuls le 15 octobre 1953, « Si Versailles m’était conté… » de Sacha Guitry le 7 avril 1954, « French Cancan » de Jean Renoir avec Jean Gabin le 15 juin 1955, « Napoléon » de Sacha Guitry le 20 juillet 1955 ou bien « Les Aristocrates » de Denys de La Patellière le 14 décembre 1955.

Ci-dessus: à l’affiche du George V, « Si Versailles m’était conté… » de Sacha Guitry le 7 avril 1954.

Au printemps 1955, la salle entièrement transformée par l’architecte Georges Peynet est dévoilée à la presse. La Cinématographie française relate dans ses colonne la visite du George V: « Rien ne subsiste des anciennes installations et tout a été transformé en vue du confort du spectateur et suivant les nouvelles exigences de la technique moderne depuis la cabine et les appareils de projection, l’écran panoramique pour le Cinémascope, les fauteuils spacieux d’un tout nouveau modèle, jusqu’aux revêtements muraux, au rideau de scène, aux tapis moquettes et aux appareils d’éclairage et de climatisation. La charpente, elle-même, de la corbeille a été abaissée permettant des 500 places une visibilité parfaite ».

De son côté Le Film français évoque le nouveau George V: « Un mouvement de néon dans l’entrée dirige les spectateurs vers une caisse, cet appel a été augmenté par un lit de néon mouvant. Les portes métalliques ont été remplacées par des portes en glace Sécurit, des glaces existantes du premier hall ont été réutilisées pour tapisser une paroi complète où se trouvait autrefois l’escalier de sortie de cabine. Ce cinéma possède des dégagements de salle très importants, ceux-ci ont été aménagés en foyer, un plafond surbaissé venant masquer l’armature de béton, la moquette étant marouflée sur les murs, tout ceci contribue à donner un aspect plus agréable à cette salle ».

La revue poursuit son reportage en évoquant les importantes transformations à l’intérieure de la salle du George V: « L’ancien cadre d’écran a été supprimé, un nouvel écran panoramique a été inséré dans un mouvement de cloison revêtue de soie de verre coronisée jaune de Naples. Les escaliers donnant accès à l’orchestre ont été modifiés et des lames verticales de staff ont été créées permettant de masquer ces derniers sans enlever pour cela du volume à l’ensemble. Ces lames de staff ont été floquées dans un gris chaud correspondant à la couleur de la moquette de la salle. C’est au balcon qu’a été réalisée la plus importante modification de structure: une poutre de béton armé formant le devant de balcon a été supprimé et remplacé par une poutre métallique de très faible encombrement. Cette modification a permis la réalisation d’une rampe métallique très ajourée et a amélioré considérablement la visibilité et le confort des premiers rangs du balcon (…) Les couleurs de ce cinéma sont: gris pour la moquette, rouge pour les fauteuils et les sols, jeune pour le rideau de scène et le plafond. Des appliques ont été accrochées sur les points d’appui, ces dernières inspirées du nom du cinéma ».

Cinéma George V à Paris

Ci-dessus: la salle du George V en 1955.

Cinéma George V à Paris

Ci-dessus: la salle du George V en 1955.

Cinéma George V à Paris

Ci-dessus: le hall du George V en 1955.

La réouverture s’effectue le mercredi 15 juin 1955 avec la prolongation du film de Jean Renoir « French Cancan » qui, quelques mois plus tôt, remporte un succès considérable pendant sa première exclusivité aux cinémas Le Paris, le Berlitz et le Gaumont-Palace. Le 23 novembre 1956, le George V entre dans le cercle restreint des grandes salles d’exclusivité avec la première du film « Richard III » de Laurence Olivier. Le Film français revient sur le George V, la nouvelle salle d’exclusivité des Champs-Elysées désormais dirigée par M. Siritzky et qui n’assure plus les prolongations ou les reprises mais les premières visions de prestige: « On se souvient que le cinéma George V qui compte 600 places a été rénové il y a quelques mois. Tout y a été prévu en vue du parfait confort du spectateur, suivant les nouvelles exigences de la technique la plus moderne. Sa nouvelle destination ne manquera pas de lui amener une nouvelle et nombreuse clientèle, heureuse de se retrouver dans cette ambiance de haut goût et d’harmonieuse élégance qui en font l’une des salles les plus modernes et les plus luxueuses des Champs-Elysées ».

Cinéma George V à Paris

Cinéma George V à Paris

Ci-dessus: à l’affiche du George V, « Richard III » de Laurence Olivier le 23 novembre 1956.

Cinéma George V à Paris

Ci-dessus: façade du George V avec à l’affiche « Les Amants » de Louis Malle le 5 novembre 1958.

Ci-dessus: à l’affiche du George V et du Monte-Carlo, « La Ballade du soldat » de Grigori Tchoukhraï le 22 juin 1960.

Le George V est l’unique salle parisienne à assurer l’exclusivité du film soviétique « Le Quarante et unième » de Grigori Tchoukhraï le 17 mai 1957 pendant dix semaines. Suivent bientôt les projections de « L’Ultime Razzia » de Stanley Kubrick le 31 décembre 1957 et « Les Dix Commandements » de Cecil B. DeMille en version originale à partir du 29 janvier 1958, soit 15 jours après sa sortie en version française au Paramount. Si la salle du boulevard des Capucines obtient un franc succès avec « Les Dix Commandements », l’accueil au George V reste plutôt mitigé puisqu’il n’enregistre que 55.139 entrées en dix semaines. L’événement cinématographique du George V pour l’année 1958 est assuré par deux films également à l’affiche des prestigieux Broadway et Vendôme: « Quand passent les cigognes » de Mikhail Kalatozov le 11 juin avec 112.634 spectateurs rien qu’au George V et « Les Amants » de Louis Malle le 5 novembre. Suit bientôt, le 10 juin 1959, la sortie du film d’Alain Resnais « Hiroshima mon amour » en tandem avec le Vendôme pour lequel, sur les 165.713 spectateurs enregistrés pour l’exclusivité à Paris, 96.360 le découvrent au George V.

En ce début des années 1960, le George V programme une série de films qui, aujourd’hui, obtiennent un statut de classiques du Septième art: « Les Désaxés » de John Huston avec Clark Gable et Marilyn Monroe y est annoncé le 7 avril 1961, « Adua et ses compagnes » d’Antonio Pietrangeli avec Simone Signoret le 5 mai 1961, « Mère Jeanne des anges » de Jerzy Kawalerowic le 7 juin 1961, « Léon Morin, prêtre » de Jean-Pierre Melville le 22 septembre 1961, « Le Testament du docteur Cordelier » de Jean Renoir avec Jean-Louis Barrault le 17 novembre 1961 ou bien « Jugement à Nuremberg » de Stanley Kramer le 20 décembre 1961. Pour son directeur artistique M. Siritzky, il s’agit d’ajouter le George V à la liste des prestigieux cinémas parisiens, tels le Studio-Publicis, le Vendôme ou le Bonaparte, et d’y assurer une programmation relevant d’une certaine qualité.

« West Side Story » en exclusivité au George V durant 219 semaines.

L’événement qui reste dans les anales du George V est la sortie exclusive le 2 mars 1962 de « West Side Story » de Robert Wise et Jerome Robbins avec Natalie Wood et Richard Beymer. Pour l’accueillir en « road-show », le George V équipe sa salle du procédé Panavision 70 ainsi que de la stéréophonie. A l’instar des théâtres ou des salles comme l’Empire-Cinérama, les billets pour « West Side Story » peuvent être retirés dans des agences. Alors que la plupart des comédies musicales subissent des échecs en France, un incroyable bouche à oreille s’effectue pour « West Side Story » qui, avec les qualificatifs « Une nouvelle forme d’expression cinématographique » mêlant « drame, comédie, bagarres, danse, musique » faisant du film « un spectacle total », totalise au George V 1.367.270 spectateurs avec trois séances par jour durant 219 semaines!

Ci-dessus: « West Side Story » à l’affiche du George V dès le « le 2 mars 1962.

Cinéma George V à Paris

Ci-dessus: façade du George V avec « West Side Story ».

L’après « West Side Story » est marqué par l’intégration du George V dans une combinaison de salles d’exclusivité que la profession qualifie de « groupement d’exclusivité d’une exceptionnelle homogénéité quant à son implantation géographique » à savoir le Marivaux sur les Grands boulevards, le Bretagne à Montparnasse et le George V sur les Champs-Elysées. Le film d’Alain Resnais « La guerre est finie » succède à « West Side Story » et inaugure le 11 mai 1966 la nouvelle combinaison des prestigieuses salles. Suivent bientôt, parfois durant de longues périodes d’exploitation, « La Curée » de Roger Vadim le 22 juin 1966, « Le Voleur » de Louis Malle le 22 février 1967, « Belle de jour » de Luis Buñuel le 24 mai 1967, « Vivre pour vivre » de Claude Lelouch le 14 septembre 1967, « Benjamin ou les Mémoires d’un puceau » de Michel Deville le 12 janvier 1968, « La Mariée était en noir » de François Truffaut le 17 avril 1968 ou bien « La Chamade » d’Alain Cavalier le 30 octobre 1968.

Cinéma George V à Paris

Ci-dessus: « La Comtesse de Hong-Kong » de Charles Chaplin à l’affiche le 13 janvier 1967.

Belle de jour

Ci-dessus: « Belle de jour » de Luis Buñuel avec Catherine Deneuve à l’affiche du George V, du Marivaux et du Bretagne le 24 mai 1967.

Vivre pour vivre

Ci-dessus: « Vivre pour vivre » de Claude Lelouch avec Yves Montand, Annie Girardot et Candice Bergen à l’affiche du George V, du Marivaux et du Bretagne le 14 septembre 1967.

La Mariée était en noir

Ci-dessus: « La Mariée était en noir » de François Truffaut à l’affiche du George V, du Marivaux et du Bretagne le 17 avril 1968.

Les années 1968-1969 voient la rénovation du parc des salles installées sur les Champs-Elysées, quartier de la capitale « en constante expansion cinématographique » selon la presse professionnelle de l’époque. Ainsi, le luxueux Paramount-Elysées remplace le cinéma l’Avenue et, le 4 septembre 1969, le cinéma Normandie reconstruit attire les foules. C’est dans ce contexte que, durant l’été 1969, une rénovation du George V est entamée par l’architecte Georges Peynet. Le Film français relate le cinéma: « Le foyer dont l’architecture 1925 a été remodelé se présente maintenant sous une forme elliptique. Des vitrines et des panneaux de bois alternant avec une moquette bleu-France et or, habillent harmonieusement les murs. La moquette bleu-nuit du sol met en valeur un ensemble de banquettes curvilignes de couleur grège ; un lustre de cristal moderne souligne les reliefs vieil or du plafond. La salle proprement dite, dont les conditions de visibilité ont été remarquablement améliorées, est traitée dans le même ton que le foyer, donnant à l’ensemble une unité très flatteuse à l’œil. De part et d’autre de l’écran, les murs sont tendus de moquette bleu-France frappée d’écussons vieil or inspirés des armes de la Maison d’Angleterre. Les claustras sont revêtus de moquette bleu-uni et le sol en deux tons de bleu profond sert de support à l’ensemble des tentures vieil or. Très luxueux dans sa décoration, le « nouveau » George V ainsi rajeuni permet d’accueillir 550 spectateurs au lieu de 500 avant rénovation. L’implantation décalée des fauteuils à pied unique très enveloppants (0,92 de dossier à dossier, 0,53m de coude à coude) revêtus d’un jersey de nylon du même ton que les tentures assurent un confort et une visibilité parfaite. Des luminaires de cristal, fixés au plafond par de longues tiges de cuivre rose diffusent un éclairage très agréable entre chaque séance et pendant les entractes ».

Cinéma George V à Paris

Ci-dessus: la salle du George V en 1969.

Cinéma George V à Paris

Ci-dessus: le foyer du George V en 1969.

L'Armée des ombres

Ci-dessus: « L’Armée des ombres » de Jean-Pierre Melville à l’affiche du George V, du Marivaux et du Bretagne le 12 septembre 1969.

Cinéma George V à Paris

Ci-dessus: « Sans mobile apparent » de Philippe Labro le 15 septembre 1971 à l’affiche du George V.

Le George V rénové rouvre ses portes le 12 septembre 1969 avec « L’Armée des ombres » programmé en même temps que le Marivaux et le Bretagne du circuit de Joseph Rytmann. Le film de Jean-Pierre Melville reçoit un accueil mitigé mais tient néanmoins à l’affiche du George V durant douze semaines. Suivent « Un homme qui me plaît » de Claude Lelouch le 3 décembre 1969, « Le Boucher » de Claude Chabrol le 25 février 1970, « Un Condé » d’Yves Boisset le 9 octobre 1970, « Mourir d’aimer » d’André Cayatte le 20 janvier 1971 ou « Le Chat » de Pierre Granier-Deferre le 30 avril 1971.

Les mois suivants, le Bretagne est remplacé dans la combinaison de sorties par une des salles de la Rive gauche du circuit Parafrance, le Publicis Saint-Germain ou le Paramount-Odéon. C’est dans ces salles et au George V que les parisiens découvrent « Sans mobile apparent » de Philippe Labro le 15 septembre 1971, « La Décade prodigieuse » de Claude Chabrol le 1er décembre 1971, le musical « Cabaret » de Bob Fosse dont la première a lieu au George V en présence de son interprète Liza Minnelli le 13 septembre 1972, « Sex-shop » de Claude Berri le 25 octobre 1972, « Le Train » de Pierre Granier-Deferre le 1er novembre 1973 ou « Le Vieux fusil » de Robert Enrico le 20 août 1975.

Au fil des décennies suivantes, les films sortent dans un plus grand nombre de combinaison de salles; les cinémas comme le Marivaux, le Bretagne ou le George V perdent ainsi leur statut privilégié de salles d’exclusivité. L’exploitant Gérard Lemoine reprend le George V en 1978 qui, un an plus tôt, enregistre 182.841 entrées comparées aux 280.272 entrées du Gaumont Champs-Elysées, un autre prestigieux cinéma mono-écran de l’avenue. « Molière » d’Ariane Mnouchkine avec Philippe Caubère sort au George V ainsi qu’au Gaumont Champs-Elysées le 30 août 1978, suivi entre autres du film de Volker Schlöndorff  « Le Tambour » le 19 septembre 1979.

Le George V transformé en multisalles puis cédé à UGC.

A partir des années 1980, le George V change progressivement de visage. Dans le courant de l’année 1982, trois salles de petite capacité – 130, 80 et 75 fauteuils – sont créées dans les dépendances du cinéma, sans toutefois modifier la salle historique. Le 4 août 1983, la Compagnie des Champs-Elysées, propriétaire du restaurant voisin La Pergola, intègre sept salles de cinéma d’une capacité globale de 950 places dans l’ancien espace occupé par le restaurant. Ces nouvelles salles situées au numéro 144 de l’avenue sont destinées à former, avec les quatre salles d’une capacité de 800 fauteuils environ du George V, un nouveau complexe multisalles – on ne parle pas encore de multiplexe – animé par Jean-Pierre Lemoine. Jean-Pierre Lemoine, exploitant du cinéma Les Images de la place Clichy et des salles Forum situées dans le centre commercial des Halles, précise dans les colonnes du Film français le positionnement de son cinéma des Champs-Elysées: « Les trois salles du George V Pergola seront équipées en Dolby-Stéréo et une salle de 450 places sera dotée d’un écran de 14 mètres de large sur 7 mètres de haut et sera équipée en 70MM. Les trois autres salles seront réservées à l’Art & Essai et aux continuations ».

Son THX

Ci-dessus: « Les Aventures du baron de Münchhausen » de Terry Gilliam à l’affiche avec le son THX au George V et au Forum Horizon.

Jean-Pierre Lemoine se spécialise effectivement dans les continuations de films à succès comme « Les Aventuriers de l’arche perdue » de Steven Spielberg qui, à l’affiche du George V pendant 76 semaines, cumule 148.727 entrées. En 1987, la salle d’origine du George V est équipée du son THX et son écran, trois ans plus tard, est agrandi de « mur à mur » pour une base de 14 mètres. Le complexe de onze salles du George V devient rapidement le cinéma le plus fréquenté des Champs-Elysées assurant, dans ses plus petites salles, de longues prolongations à certains films.

Jurassic Park

Ci-dessus: « Jurassic Park » de Steven Spielberg à l’affiche des cinémas UGC Normandie et UGC George V le 20 octobre 1993.

En 1992, le George V est cédé à UGC, déjà exploitant sur les Champs-Elysées des cinémas UGC Normandie, UGC Champs-Elysées, UGC Biarritz, UGC Triomphe et UGC Ermitage fermé deux ans plus tôt. L’UGC George V bat des records d’entrées enregistrant par exemple 1.070.045 entrées pour l’année 2006. L’arrivée de nombreux multiplexes installés dans la capitale – aux Halles, dans le quartier de la Bibliothèque François Mitterrand, à Bercy – ou en périphérie – à Rosny 2, la Défense ou Marne-la-Vallée – modifie les habitudes des spectateurs et provoque une chute de la fréquentation des cinémas installés notamment sur les Champs-Elysées. L’UGC George V enregistre 841.055 entrées annuelles en 2011 contre 684.528 en 2013, 538.179 en 2016 et 412.142 en 2019.

Dès 2014, Groupama Immobilier, propriétaire de l’immeuble qui héberge le George V, développe un projet de restructuration du bâtiment qui prévoit l’implantation d’un hôtel de luxe, de commerces et d’un complexe cinématographique. Le journaliste Kevin Bertrand dans Le Film français du 5 juin 2020 revient sur l’arrêt de l’activité du cinéma: « La fermeture de l’UGC George V fait partie des phases du projet, explique Eric Donnet, directeur général de Groupama Immobilier, qui précise avoir proposé au circuit de le rejoindre. Le promoteur a finalement choisi Mk2 pour exploiter le futur cinéma du 150 Champs-Elysées ».

La crise sanitaire due à la pandémie du Coronavirus oblige le George V, comme toutes les salles de France, à fermer ses portes après la dernière séance du 15 mars 2020. Après quatre-vingt deux années d’exploitation sur la plus belle avenue du monde, le George V baisse définitivement son rideau. « La Bonne épouse » de Martin Provost, « Un fils » de Mehdi M. Barsaoui, « Invisible Man » de Leigh Whannell, « The Gentlemen » de Guy Ritchie ou encore « Parasite » de Bong Joon Ho sont parmi les derniers films projetés au George V.

Sur le même thème:

La fin du cinéma George V des Champs-Elysées?

Les cinémas sur les Champs-Elysées.

Remerciements: M. Thierry Béné.
Documents: La Cinématographie française, Le Film français, UGC, France-Soir, Pariscope, Gallica BnF et collection particulière.

Cinéma George V à Paris

Ci-dessus: l’entrée de l’UGC George V, côté Pergola.

Cinéma George V à Paris

Ci-dessus: l’entrée de l’UGC George V, côté Pergola.

Cinéma George V à Paris

Ci-dessus: le hall de l’UGC George V, côté Pergola.

Cinéma George V à Paris

Ci-dessus: la salle d’origine du George V, pendant la période UGC (photo UGC).

Cinéma George V à Paris

Ci-dessus: la salle 2 du George V, côté Pergola (photo UGC).

Cinéma George V à Paris

Ci-dessus: les appliques lumineuses, vestiges des années 1950, avec les sigles du George V.

Cinémas UGC George V sur l'avenue des Champs-Elysées.

Ci-dessus: entrée du cinéma UGC George V, côté 144 avenue des Champs-Elysées en 2016.

Ci-dessus: entrée du cinéma UGC George V, côté 146 avenue des Champs-Elysées.

Cinémas UGC George V sur l'avenue des Champs-Elysées.

Ci-dessus: entrée du cinéma UGC George V, côté 146 avenue des Champs-Elysées en 2016.

Ci-dessus: façade du cinéma UGC George V, côté 144 avenue des Champs-Elysées, en 2018.