Adresse: 134 boulevard de Clichy à Paris (XVIIIè arrondissement)
Nombre de salles: 1 puis 4
Aujourd’hui annexé au Pathé Wepler

Entre 1932 et 1939, le circuit des cinémas Paris-Soir compte cinq salles réparties dans différents quartiers de la capitale: le Paris-Soir République (qui deviendra le Studio République), le Paris-Soir Elysées (futur cinéma Monte-Carlo), le Paris-Soir Ternes (Les Reflets), le Paris-Soir Raspail (Studio Raspail) et le Paris-Soir Clichy qui sera renommé plus tard Les Images. A l’origine de ces salles, un homme au destin exceptionnel, Bernard Weinberg, né en 1892 en Roumanie et décédé à Cannes en 1981, qui créé en 1932 la société d’exploitation Cinépresse ainsi que son premier établissement au 5 avenue de la République. Après la guerre, Bernard Weinberg est un des initiateurs du « Cinéma d’Essai », ancêtre de l’Art et Essai. Les salles Paris-Soir n’ont aucun lien capitalistique avec le journal homonyme.

Bernard Weinberg ouvre le Ciné Paris-Soir Clichy en 1938.

Dans son numéro du 19 février 1939, Simone Gille-Delafon évoque dans La Construction moderne l’architecte Charles Siclis qui a déjà présidé aux destinées de plusieurs cinémas Paris-Soir : « Il a notamment aménagé la salle de l’Avenue des Champs-Elysées dont on connaît l’entrée en tôle ondulée et celle de l’avenue des Ternes qui plante sur le trottoir, les deux mâts d’une tente gigantesque ».

La revue évoque ensuite la façade du nouveau cinéma de la place de Clichy : « A vrai dire il y a plutôt là une sorte d’affiche. Celle-ci apparaît au milieu des murailles sombres des immeubles, dans un halo de lumière en dessous d’un « Paris-Soir » écrit comme à la manchette journal. Cette affiche évidemment est figurée par un volume à trois dimensions puisqu’elle est l’expression même du hall de publicité servant de vestibule. Cependant un habile trompe-l’œil convertit la suggestion lumineuse en une image plate composée de motifs lumineux et peints. Dans la partie centrale jaillit une gerbe de lumière, qui monte jusqu’au plafond, représentant quelque géante girandole (…) Dans les parties hautes ce motif est accompagné de lignes concentriques de néon que couronne finalement un large tracé de volutes. De chaque côté sur un fond d’un blanc neutre, se détachent des Images peintes, les figures des vedettes ».

Cinéma Les Images à Paris

Cinéma Les Images à Paris

Ci-dessus: la façade du Ciné Paris-Soir Clichy à son ouverture le jeudi 10 novembre 1938.

Ciné Paris-Soir Clichy

Ci-dessus: plan de l’architecte Charles Siclis.

Ciné Paris-Soir Clichy

Ciné Paris-Soir Clichy

Ci-dessus: la salle à son ouverture en 1938.

Puis Simone Gille-Delafon évoque le hall et la salle: « Le « fonctionnel » s’impose ici, sans gênes. Au centre, la caisse qui constitue un pied à la girandole placée à la façon des arbres de Noël. A droite et à gauche la publicité règne sur les parois qui lui sont réservées. Au fond, les portes qui, conduisent à la salle (…) La salle est de forme ovoïde avec un léger excédent en longueur (…) Pas de balcon, une corbeille est esquissée par trois marches. Le sol descend en pente douce vers l’écran pour se terminer par une courbe remontante. La salle comporte 800 places, toutes de face, les rangs disposés suivant une courbe légère. Pas de scène, un proscenium sur lequel est posé l’écran. La cabine est placée au fond de la salle ».

C’est le jeudi 10 novembre 1938 qu’est inauguré le nouvel établissement Paris-Soir situé à proximité du majestueux Gaumont-Palace restructuré en 1931. Et c’est le couple formé par Danielle Darrieux et Charles Boyer dans Mayerling d’Anatole Litvak qui consacre l’écran de la nouvelle salle de la place de Clichy. La promotion autour de l’ouverture de la salle met en avant le récital filmé du pianiste Ignacy Jan Paderewski avec La Polonaise de Chopin, La Sonate au Clair de lune de Beethoven, et « l’admirable, la fantastique » 2ème Rapsodie Hongroise de Litz. « Chopin, Beethoven et Litz interprété par Paderewski! Un véritable régal pour les mélomanes de Paris » vante la campagne publicitaire d’ouverture du « 5ème Ciné Hall d’informations ».

Ciné Paris-Soir Clichy

Ci-dessus: pavé de presse annonçant l’ouverture du Ciné Paris-Soir Clichy le jeudi 10 novembre 1938.

Ciné Paris-Soir Clichy

Ci-dessus: la façade en 1938.

Le quotidien Paris-Soir dans son numéro du 10 novembre 1938 évoque cette ouverture: « 800 personnes pourront prendre place confortablement dans cette salle aux proportions harmonieuses. Les fauteuils sont rouges et rouges aussi les tapis qui revêtent les murs jusqu’à une hauteur de deux mètres. Fait entièrement de glace, le plafond reflétera joyeusement le mouvement des spectateurs. Enfin deux innovations se signalent à l’attention du public par leur originalité : les parois perforées dans toute leur hauteur pour les besoins de l’acoustique et de l’aération donnent l’aspect léger d’une dentelle, tandis que c’est entouré d’un large cadre de bois que l’écran présente Les Images de son mouvant tableau. Le hall d’informations ne le cède en rien de la salle pour son élégance. Tapissé de verre, illuminé par des tubes au néon dessinant les plus gracieuses arabesques, il constitue pour le passant désireux de connaître les événement du jour, un havre de paix idéal, charmant, clair ».

La presse est conviée au gala officiel d’ouverture qui a lieu le 9 novembre à 17 heures. Dès 21 heures, de nombreuses personnalités politiques ainsi que les proches de Paris-Soir et de Cinépresse se retrouvent place de Clichy pour célébrer la nouvelle salle. Le lendemain à 10 heures, le Paris-Soir Clichy ouvre ses portes au public qui découvre, contrairement à ce qui est installé dans tous les cinémas de l’époque, un écran sans rideau de scène. Le premier programme comporte les actualités, le concert filmé de Paderewski, le « grand film » Mayerling et enfin, « 30 minutes de gaieté » avec un court métrage d’animation Mickey et un sketch comique. Le programme du Paris-Soir Clichy est renouvelé toutes les semaines.

Les spectateurs de la place de Clichy peuvent désormais découvrir dans la salle du Paris-Soir Le Roi de Pierre Colombier avec Raimu, Gaby Morlay et Elvire Popesco le 16 novembre 1938 suivi le 23 novembre de Marius d’Alexander Korda, de La Grande illusion de Jean Renoir avec Jean Gabin le 14 décembre ainsi que des films issus des studios de la Metro-Goldwyn-Mayer comme Capitaines courageux de Victor Fleming le 28 décembre 1938, Marie Walewska de Clarence Brown avec Greta Garbo le 17 janvier 1939 – qui a fait l’ouverture de la salle Miramar de Joseph Rytmann, ou bien Vive les étudiants! de Jack Conway avec Robert Taylor, Maureen O’Sullivan, Lionel Barrymore et Vivien Leigh le 14 février 1939. Il arrive que le circuit Paris-Soir programme dans toutes ses salles le même film comme, la semaine du 21 février 1939, avec Orage de Marc Allégret avec Charles Boyer et Michèle Morgan.

Quand la guerre éclate, le Ciné Paris-Soir Clichy affiche un double programme incluant le documentaire militaire de Jean d’Esme La Grande inconnue et Gibraltar de Fédor Ozep avec Viviane Romance et Erich von Stroheim. Pour l’année 1940, la salle poursuit sa programmation avec, entre autres, La Femme du boulanger de Marcel Pagnol avec Raimu le 3 janvier, Adrienne Lecouvreur de Marcel L’Herbier avec Pierre Fresnay et Yvonne Printemps le 13 mars, Blanche-Neige et les Sept Nains de Walt Disney le 8 mai ou encore Les Temps modernes de Charlie Chaplin le 22 mai.

Après l’arrivée des troupes allemandes dans Paris, les cinémas Paris-Soir sont parmi les premières salles de la capitale à rouvrir leurs portes. Dès le 26 juin 1940, la salle des Ternes affiche un grand nombre de reprises d’œuvres produites et distribuées par l’Alliance Cinématographique Européenne (ACE) comme Noix de coco (1939) de Jean Boyer avec Raimu le 10 juillet 1940 ou bien Ma sœur de lait (1938) du même réalisateur le 17 juillet 1940. Mais dès le 22 octobre 1940, l’ensemble des salles du circuit est contraint de fermer ses portes suite à l’interdiction de son propriétaire, de confession juive, de poursuivre son activité professionnelle. Bernard Weinberg se réfugie en Auvergne où, dénoncé, il sera bientôt incarcéré.

Ce n’est que le jeudi 10 février 1944 qu’a lieu la réouverture du Paris-Soir Clichy en même temps que l’établissement des Ternes. Les salles du circuit Paris-Soir sont toujours exploitées par la société Cinépresse dont le directeur général est M. Thirriot assisté de M. Chenard. Le Paris-Soir de la place de Clichy reprend sa formule initiale de salle d’actualités, formule abandonnée sous l’Occupation, avec des programmes « Ciné Express » composés de France-Actualités, de reportages spéciaux, de documentaires et de dessins animés, mais n’incluant plus de longs métrages. Ces programmes, dont la durée est d’une heure, sont affichés au tarif unique de 10 francs.

A l’occasion de la réouverture du Ciné Paris-Soir Clichy, un gala est organisé en présence de personnalités du cinéma, du sport et de la presse pour assister au premier programme comportant un film sur le jubilé du boxeur Georges Carpentier, la revue cinématographique de l’année sportive 1943, France-Actualités, le dessin animé en couleurs La Prairie enchantée et enfin deux documentaires Printemps à Séville et TatSoufils du ciel. Dans son numéro du 19 février 1944, la revue collaborationniste Le Film évoque les invités de ce gala dont, outre les représentants du C.O.I.C. et la présence de Georges Carpentier, on aperçoit les personnalités Madeleine Sologne, Blanchette Brunoy, Monique Rolland ainsi que l’acteur japonais Sessue Hayakawa que les spectateurs retrouvent en 1937 dans Yoshiwara de Max Ophüls et dans Forfaiture de Marcel L’Herbier.

Ciné Paris-Soir Clichy

Ci-dessus: la réouverture des cinémas Paris-Soir Clichy et Ternes le 10 février 1944.

Ciné Paris-Soir Clichy

Ci-dessus: programme des Cinépresse du 21 juin 1944 avec à l’affiche Les Mystères du Thibet.

Ci-dessus: Pourquoi nous combattons à l’affiche des Cinépresse le 14 février 1945.

A la Libération, Bernard Weinberg récupère ses salles et reprend la direction de sa société. Il rebaptise ses établissements sous l’enseigne Cinépresse associée au nom du quartier. La première programmation des Cinépresse propose la série de documentaires Pourquoi nous combattons (Why We Fight) réalisés par Anatole Litvak, Frank Capra et Anthony Veiller. Le premier de la série Prelude To War est diffusé à partir du 14 février 1945 dans tous les cinémas Cinépresse.

Le Cinépresse-Clichy retrouve son statut de salle de quartier proposant chaque semaine un film différent comme Le Dernier des six de Georges Lacombe avec Pierre Fresnay la semaine du 26 juin 1946, La Cage aux rossignols de Jean Dréville le 11 décembre 1946 ou bien Pinocchio de Walt Disney celle du 25 décembre 1946.

Le Paris-Soir Clichy devient Les Images et accède au statut de salle d’exclusivité.

C’est un an plus tard, 24 décembre 1947, que le cinéma de la place de Clichy est reclassé en salle d’exclusivité. Pour cette occasion, la salle change une nouvelle fois d’enseigne qu’elle gardera jusqu’au début des années 1990: Les Images. Cape et poignard de Fritz Lang avec Gary Cooper et Lilli Palmer est la première exclusivité à bénéficié de l’écran des Images. Suivent bientôt une multitude de productions comme le film documentaire auréolé du prix Louis-Delluc Paris 1900 de Nicole Vedrès à partir du 25 février 1948, Gentleman Jim de Raoul Walsh avec Errol Flynn le 9 juin 1948, La Voleuse de Curtis Bernhardt avec Bette Davis le 10 novembre 1948, La Bête aux cinq doigts de Robert Florey avec Peter Lorre le 8 décembre 1948, Piège à hommes de Jean Loubignac avec Junie Astor et Albert Prejean le 2 février 1949, Ma tante d’Honfleur de René Jayet avec Mona Goya le 31 août 1949 ou bien Le Réveil de la sorcière rouge d’Edward Ludwig avec John Wayne et Gail Russell le 17 mai 1950.

Cinéma Les Images à Paris

Ci-dessus: le 24 décembre 1947, à l’occasion de la sortie en exclusivité de Cape et poignard de Fritz Lang, le Cinépresse Clichy devient le cinéma Les Images.

Avec sa situation au cœur d’un quartier populaire, Les Images s’autorise une programmation variée où les productions françaises ne sont pas exclues. « Toutefois afin de satisfaire les ambitions des distributeurs, la salle Les Images doit souvent passer des films à égalité avec le Caméo et le Ritz » précise Bernard Weinberg dans les colonnes de la Cinématographie française du 5 juillet 1952. En cette année 1952, l’exploitant pense que « la télévision ne se présente pas à l’heure actuelle comme un concurrent: les prix des postes est trop élevé et les émissions peut intéressantes ».

Durant cet âge d’or des salles de quartier, une riche programmation se poursuit sur l’écran des Images. Citons La Flibustière des Antilles de Jacques Tourneur le 12 septembre 1952, Le Trou normand de Jean Boyer avec Bourvil le 7 novembre 1952, L’Ange des maudits de Fritz Lang avec Marlene Dietrich le 1er avril 1953, la version française du film de John Ford ayant fait les beaux jours des cinémas l’Avenue et le Vendôme durant des mois, L’Homme tranquille aux Images à partir du 29 avril 1953, La Captive aux yeux clairs de Howard Hawks le 9 octobre 1953, Le Prisonnier de Zenda de Richard Thorpe avec Stewart Granger et Deborah Kerr le 11 novembre 1953 ou bien Barbe-Noire le pirate de Raoul Walsh le 30 décembre 1953.

Les Images affiche également des secondes exclusivités comme Touchez pas au grisbi de Jacques Becker avec Jean Gabin à partir du 18 juin 1954 pour sept semaines et quelques 79.700 spectateurs. Alors que le cinéma Moulin Rouge ferme ses portes pour un projet de rénovations, Les Images le remplace dans la puissante combinaison des cinémas Rex et Normandie pour des films comme La Belle du Pacifique de Curtis Bernhardt avec Rita Hayworth le 27 août 1954, Les Gladiateurs – la suite de La Tunique – de Delmer Daves le 10 septembre 1954 ou Ouragan sur le Caine d’Edward Dmytryk avec Humphrey Bogart le 1er octobre 1954.

Le Trou normand

Ci-dessus: Le Trou normand de Jean Boyer à l’affiche le 7 novembre 1952 des cinémas Les Images, le Caméo et le Ritz.

Dès 1953, un procédé technique, imaginé à partir des travaux d’Henri Chrétien basés sur l’anamorphose de l’image lors de la prise de vue et la désanamorphose lors de la projection, révolutionne l’exploitation cinématographique. La Twentieth Century-Fox exploite avec succès le CinemaScope qui est inauguré en France dans les salles du Rex et du Normandie. C’est le péplum d’Henry Koster La Tunique accompagné du premier film également tourné en Cinemascope, le court métrage Nouveaux Horizons de Marcel Ichac, qui ouvrent la voie du CinemaScope

En 1954, Les Images s’équipe du son stéréophonique Perspecta mis au point par la Metro-Goldwyn-Mayer et inauguré avec la sortie en CinemaScope des Chevaliers de la table ronde de Richard Thorpe le 24 décembre 1954. La salle de place de Clichy se spécialise désormais dans la sortie de films en CinemaScope en provenance des studios de la Twentieth Century-Fox ou de la Metro-Goldwyn-Mayer. Les Images intègre la combinaison de salles d’exclusivité formée avec  l’Ermitage, le Max Linder et les Vedettes. Parmi les nombreux films qui sortent pendant une dizaine d’années dans cette prestigieuse combinaison, citons Les Gens de la nuit de Nunnally Johnson avec Gregory Peck le 18 mars 1955, La Veuve noire du même réalisateur le 25 mai 1955, Une Etoile est née de George Cukor le 29 avril 1955 – qui est un échec commercial avec seulement 11.554 entrées en deux semaines pour Les Images, le musical Papa longues jambes de Jean Negulesco avec Fred Astaire et Leslie Caron le 28 septembre 1955, À l’est d’Éden d’Elia Kazan avec James Dean le 19 octobre 1955, Sept ans de réflexion de Billy Wilder avec Marilyn Monroe le 29 février 1956, La Fureur de vivre de Nicholas Ray avec James Dean et Natalie Wood le 28 mars 1956, Arrêt d’autobus de Joshua Logan avec Marilyn Monroe le 24 octobre 1956, Anastasia d’Anatole Litvak avec Ingrid Bergman et Yul Brynner le 27 février 1957, Elle et lui de Leo McCarey avec Cary Grant et Deborah Kerr le 2 octobre 1957, Le Bal des maudits d’Edward Dmytryk le 2 avril 1958 sans oublier des films en format standard comme La Poupée de chair d’Elia Kazan – plus connu désormais sous son titre anglais Baby Doll – le 26 décembre 1956 ou bien Le Faux coupable d’Alfred Hitchcock avec Henry Fonda et Vera Miles le 1er mai 1957.

Lorsque Le Tour du monde en quatre-vingts jours de Michael Anderson tourné en Todd-AO sort au cinéma Richelieu le 15 mai 1957, il n’est proposé que dans une version en CinemaScope comme l’a été le musical Oklahoma! de Fred Zinnemann. Lancé à Paris le 17 décembre 1958 avec la sortie de South Pacific de Joshua Logan aux cinémas Ermitage, Max Linder et Les Images, le procédé Todd-AO n’atteint pas le succès espéré.

Ci-dessus: Une Etoile est née de George Cukor à l’affiche le 29 avril 1955 des cinémas Les Images, Ermitage et les Vedettes.

Ci-dessus: Le Bal des maudits d’Edward Dmytrykr à l’affiche le 2 avril 1958 des cinémas Les Images, Ermitage, Max Linder les Vedettes.

Ci-dessus: South Pacific de Joshua Logan projeté en Todd-AO à l’affiche le 17 décembre 1958 des cinémas Les Images, Ermitage et Max Linder.

Ci-dessus: Certains l’aiment chaud de Billy Wilder à l’affiche le 25 septembre 1959 des cinémas Les Images, Ermitage et Max Linder.

Cinéma Les Images à Paris

Ci-dessus: à l’affiche le 3 février 1960, Au risque de se perdre de Fred Zinnemann.

Cinéma Les Images à Paris

Ci-dessus: à l’affiche le 18 décembre 1959, Confidences sur l’oreiller de Michael Gordon.

Le circuit Cinépresse se sépare progressivement de ses établissements. En 1964, seul le cinéma Monte-Carlo situé sur l’avenue des Champs-Elysées est encore la propriété de l’exploitant. La S.A. Les Images, dont le directeur est Robert Philippe, gère la salle de la place de Clichy qui affiche beaucoup de productions américaines comme Au risque de se perdre Fred Zinnemann le 3 février 1960, Opération Jupons de Blake Edwards le 16 mars 1960 ou Ailleurs l’herbe est plus verte de Stanley Donen le 22 mars 1961.

A la fin de l’année 1964, l’architecte Georges Peynet est choisi pour transformer la façade et le hall d’entrée des Images, comme le relate La Cinématographie française dans son numéro 2099:  « Le panneau publicitaire de la façade a été maintenu mais M. Peynet a eu l’heureuse idée de ne pas faire obstruer totalement la partie supérieure de la surface vitrée, laquelle se poursuit ainsi au-dessus de lui ainsi que les deux piliers. Ce panneau possède son frère jumeau, à l’intérieur du hall, exactement superposé sur l’autre face des colonnes, permettant d’annoncer les films à venir. La marquise, se poursuivant ainsi en plafond du hall est vivement éclairée par des tubes ingénieusement disposés en quinconce ». La revue note l’agréable aspect du mur latéral du hall.

Cinéma Les Images à Paris

Ci-dessus: à l’affiche le 25 septembre 1964, Jaloux comme un tigre de Darry Cowl.

Cinéma Les Images à Paris

Ci-dessus: le foyer du cinéma en 1964.

La Grande vadrouille

Ci-dessus: La Grande Vadrouille de Gérard Oury à l’affiche le 9 décembre 1966 des cinémas Les Images, Ambassade Gaumont, Berlitz, Montparnasse Pathé et Pathé Orléans.

La salle rejoint la combinaison des cinémas Mercury, Max Linder, Bretagne et Madeleine pour des œuvres grand public comme le documentaire Les Animaux de Frédéric Rossif le 20 décembre 1963, L’Homme de Rio de Philippe de Broca le 28 février 1965, Les Cheyennes de John Ford le 30 octobre 1964, Pas question le samedi d’Alex Joffé le 20 janvier 1965, Le Corniaud de Gérard Oury le 24 mars 1965, Le Tonnerre de Dieu de Denys de La Patellière le 8 septembre 1965 ou bien Les Tribulations d’un Chinois en Chine de Philippe de Broca le 1er décembre 1965. Ces films font partie des plus gros succès des années 1960 et placent Les Images parmi les grands cinémas parisiens d’exclusivité.

La salle est ensuite incluse dans la combinaison prestigieuse réunissant le Gaumont Ambassade des Champs-Elysées et le Berlitz des Grands boulevards pour une série de succès populaires avec Louis de Funès en vedette comme Le Grand Restaurant de Jacques Besnard le 9 septembre 1966, La Grande Vadrouille de Gérard Oury le 9 décembre 1966 pour vingt semaines, Les Grandes Vacances de Jean Girault le 1er décembre 1967, Le Petit Baigneur de Robert Dhéry le 22 mars 1968, Le Tatoué de Denys de La Patellière le 18 septembre 1968, Hibernatus d’Edouard Molinaro le 10 septembre 1969, L’Homme orchestre de Serge Korber le 18 septembre 1970 ou La Folie des grandeurs de Gérard Oury le 8 décembre 1971. D’autres grands succès sont à l’affiche des Images comme Le Clan des Siciliens de Henri Verneuil le 5 décembre 1969 ou Tout le monde il est beau, tout le monde il est gentil de Jean Yanne le 5 mai 1972.

Durant les années 1970, la vogue des complexes multisalles met à mal le modèle de salle unique. Aussi, la présence des circuits Pathé et Parafrance implantés dans le quartier de la Place de Clichy, rend-il l’accès pour aux films porteurs plus difficiles. Pour Les Images, ces deux facteurs fragilisent la salle même si quelques titres importants obtiennent un beau succès comme Le Magnifique de Philippe de Broca le 29 novembre 1973 ou deux films d’Alain Corneau Police Python 357 et La Menace, sortis respectivement le 31 mars 1976 et le 21 septembre 1977. Des films aujourd’hui oubliés n’attirent guère les foules dans la salle de la place de Clichy comme C’est jeune et ça sait tout de Claude Mulot le 30 avril 1975, Les Magiciens de Claude Chabrol le 12 mai 1976 ou le nanard Le mille-pattes fait des claquettes de Jean Girault le 26 octobre 1977.

Ci-dessus: L’Aveu de Costa-Gavras à l’affiche le 29 avril 1970 des cinémas Les Images, Ambassade Gaumont, Berlitz, Montparnasse Pathé, Pathé Orléans, Gaumont Convention et C2L Versailles.

Cinéma Les Images à Paris

Ci-dessus: la salle des Images en 1976.

En 1978, Les Images est repris par le circuit Combret qui exploite dans la capitale les cinémas de quartier la Maxeville, le Cinéac-Italiens, la Scala, l’Amsterdam Saint-Lazare, le Calypso et le Cluny. D’improbables productions défilent sur l’écran des Images comme La Trappe à nanas de Sam Grossman le 5 avril 1978, le film fantastique italo-mexicain Le Mystère du triangle des Bermudes de René Cardona Jr. le 26 avril 1978, le nanard Les Réformés se portent bien de Philippe Clair le 25 octobre 1978, le film érotique allemand Les Désirs de Melody in Love de Hubert Frank le 2 mai 1979 ou le film d’horreur Psychose Phase 3 de Richard Marquand le 2 avril 1980. Le circuit UGC n’étant pas présent dans le quartier de la place de Clichy, la salle des Images bénéficie heureusement de films porteurs distribués par UGC comme La Guerre des polices de Robin Davis le 14 novembre 1979.

La salle des Images scindée en quatre salles annexées au Pathé Wepler en 1990.

En cette fin des années 1970, il est temps pour Les Images de restructurer sa salle. Après une dernière projection de Tarzan, l’homme singe de John Derek – dont tout le monde s’accorde à dire que c’est le pire des Tarzan – interprété par la pulpeuse Bo Derek, le cinéma ferme ses portes le 3 novembre 1981. Le 7 octobre 1982, le flambant neuf complexe de quatre salles de 338, 169, 99 et 83 fauteuils rouvre avec la sortie à succès de l’ultime film de Louis de Funès Le Gendarme et les Gendarmettes de Jean Girault.

En 1990, le cinéma est cédé à Pathé qui l’annexe au Wepler lors de sa transformation en multiplexe. Le hall et la façade de l’ancien cinéma sont transformés en commerce.

Ci-dessus: Le Bison blanc de Jack Lee Thompson à l’affiche le 24 août 1977 des cinémas Les Images, Omnia, Danton, George V, Publicis Matignon, Paramount Opéra, UGC Gare de Lyon, Paramount Galaxie, Paramount Montparnasse, Paramount Orléans, Convention Saint-Charles, Paramount Maillot et Secrétan.

Ci-dessus: Prince des ténèbres de John Carpenter à l’affiche le 20 avril 1988 des cinémas Les Images, UGC Normandie, UGC Danton, 7 Parnassiens, Forum Les Halles, Rex, UGC Montparnasse, UGC Gobelins, UGC Lyon-Bastille, UGC Convention, Gambetta et 3 Secrétan.

Ci-dessus: l’ancienne façade et le hall du cinéma transformés en commerce (1995).

Textes: Thierry Béné.
Documents:
Bernard Weinberg. Un rescapé de la frénésie antisémite de Bernard Amblard.
Gallica-Bnf, La Construction moderne, Le Film, La Cinématographie française, Le Film français, Cinémas de France, France-Soir, Pariscope.