Adresse: 116, avenue des Champs-Elysées à Paris (8ème arrondissement)
Nombre de salles: 4
Création: 1937
Cartes d’abonnement cinéma UGC Illimité-Mk2 acceptées

Le 4 février 1937 est inauguré, à la place d’un café appelé Le Normandy, une salle de 2000 fauteuils installé dans un immeuble avant-gardiste, célèbre pour sa façade en accordéon imaginée cinq ans plus tôt par l’architecte Jean Desbouis. La soirée de gala du cinéma Normandie est donnée au bénéfice du Comité National de la Défense Antituberculeuse à laquelle le Tout-Paris est convié.

La salle de prestige des Champs-Elysées.

Les volumes du cinéma Normandie impressionnent les spectateurs parisiens : la salle se déploie en forme d’éventail, sur 45 mètres de long et 37 mètres de large pour une hauteur de 14 mètres. Les concepteurs de ce nouveau palais cinématographique sont les architectes Pierre de Montaut et Adrienne Gorska, connus pour l’édification des cinémas du réseau Cinéac. La Cinématographie française du 12 février 1937 commente ainsi l’ouverture du cinéma : « Après avoir longé une longue galerie garnie de vitrines décoratives modernes savamment éclairée par des tubes luminescents vert, blanc et rouge, on accède à la salle qui est splendide par son ampleur architecturale et sa décoration. Les bas-côtés des murs, le sol, sont tapissés de moquette grenat foncé, les fauteuils noirs et coq de roche ; les murs sont revêtus de tissus amiante blanc crème rehaussé de hublots et lisses en cuivre auré du plus heureux effet. Le plafond, d’une forme hardie et nouvelle brillamment illuminé par des jeux de lumières vert et rouge met en valeur l’opposition des tons. Le spectateur ravi a l’impression d’être à bord du plus merveilleux navire dont cette salle porte le nom ».

Une acoustique parfaite a été obtenue par la société française du Férodo, en revêtant les murs, le balcon et le fond de la salle de tissu amiante incombustible.
Comme les grands cinémas de l’époque, la salle du Normandie est également pensée pour les attractions ; elle est ainsi dotée d’une large fosse d’orchestre. Quant à la scène, sa profondeur de permet d’accueillir les productions scéniques à grand spectacle.

Ci-dessus: la salle du Normandie en 1938.

Ci-dessus: « L’Invincible armada » inaugure la salle du Normandie.

Ci-dessus: « Remontons les Champs-Elysées » de Sacha Guitry attire la foule dans le hall du Normandie en 1938.

Pour inaugurer la nouvelle salle des Champs-Elysées, la direction choisit une production d’Erich Pommer « L’Invincible armada » réalisée par Pierre Sandrini avec pour interprètes Laurence Olivier, Flora Robson et Vivien Leigh. Le journal Paris-Soir du 6 février 1937 commente la première du film quand « le Tout-Paris accourut pour cette inauguration malgré la pluie battante, l’embouteillage affreux des rues voisines et les pannes d’électricité ». Le programme commence par un cartoon de Walt Disney, un orchestre et un chanteur ouvrent le feu mais à l’entracte « déception, le haut-parleur annonce dans la salle qu’en raison de difficultés la partie attraction est supprimée ». Le désappointement des 2 000 spectateurs assistant au gala est bientôt compensé par l’arrivée sur scène, à la fin de la projection, de Flora Robson.

Le Normandie est lancé, les premiers programmes s’affichent : « Les Dieux du stade » et « Jeunesse olympique » de Leni Riefenstalh sortent en exclusivité au seul Normandie les 6 juillet et 17 août 1938. Le film de Sacha Guitry « Remontons les Champs-Elysées » à partir du 30 novembre 1938 et « Elle et lui » de Leo Mac Carey attirent les spectateurs. Quand la guerre éclate, le film d’Alfred Hitchcock « La Taverne de la Jamaïque » est à l’affiche depuis le 20 juillet 1939.

Pendant l’Occupation, le Normandie accueille les productions allemandes.

En 1940, deux productions étrangères sont programmées au Normandie : le 31 janvier « Les Quatre plumes blanches » de Zoltan Korda à l’affiche en duo avec le cinéma Paramount des grands boulevards et le 24 avril « Quasimodo » de William Dieterle. Exploité par Pathé jusqu’en juin 1940, le Normandie est par la suite aux mains de Serge Desraine. Fermée quelques mois, la salle rouvre ses portes au public le 5 septembre pour un spectacle de music-hall durant lequel on peut applaudir Damia, l’orchestre de Raymond Legrand, le père de Michel Legrand, ou encore le chanteur et chansonnier Georgius.

Le directeur de la Continental-Films Alfred Greven rachète avec ses collaborateurs plusieurs circuits de salles, dont les salles de Léon Siritzky, et crée la Société de Gestion et d’Exploitation de cinéma (SOGEC). En novembre 1940, le Normandie rejoint le réseau de la SOGEC. La société allemande, avec notamment les acquisitions du Normandie, de l’Olympia et du Moulin Rouge, possède bientôt les meilleures salles de cinéma parisiennes.

Le Septième art revient dans la salle du Normandie le 19 décembre 1940 avec une production de la Tobis-Films « La Fille au vautour » réalisée par Hans Steinhoff. La Tobis distribue dans la salle du Normandie d’autres productions allemandes comme « Les Rapaces » le 30 janvier 1941 ou « Une Femme comme toi » le 27 février de la même année. Le premier film français proposé durant l’Occupation est un film de Léonide Moguy « L’Empreinte de Dieu » avec Pierre Blanchar et Annie Ducaux dès le 15 mai 1941.

Ci-dessus: à la station du métro Opéra, une affiche annonce la sortie dans « la plus belle salle des Champs-Elysées » de « La Symphonie fantastique » (1942) un film de Christian-Jaque avec Jean-Louis Barrault et Renée Saint-Cyr sur un scénario d’Alfred Greven et produit par la Continental Films. Photo: Collection particulière.

Après une période de fermeture pour travaux, le Normandie rouvre le 14 août 1941 avec le triomphal « Premier rendez-vous » de Henri Decoin avec Danielle Darrieux et tourné pour la Continental. Le Normandie devient la salle de référence à Paris durant l’Occupation avec, entre autres et en exclusivité, le film de Georges Lacombe « Le Dernier des six » à l’affiche le 16 septembre 1941, « L’Assassinat du Père-Noël » de Christian-Jaque le 17 octobre, « Péché de jeunesse » de Maurice Tourneur le 14 novembre, « La Symphonie fantastique » de Christian-Jaque le 6 avril 1942, « Les Inconnus dans la maison » de Henri Decoin le 15 mai, « La Fausse maîtresse » d’André Cayatte le 14 août, « Le Corbeau » de Henri-Georges Clouzot le 28 septembre 1943. Deux superproductions allemandes de la UFA y sont programmées : « La Ville dorée » de Veit Harlan le 19 mars 1943 réunissant 243 172 spectateurs en 10 semaines d’exploitation et « Les Aventures fantastiques du baron Munchausen » de Josef Von Báky le 8 février 1944 pour 14 semaines.

Le Normandie annexé au réseau des cinémas UGC.

Lors de la Libération de Paris, la production de la Continental-Films « La Vie de plaisir » d’Albert Valentin est à l’affiche depuis le 16 mai 1944 et rencontre un grand succès. Le Normandie est l’une des premières salles d’exclusivités, avec le Paramount et le Gaumont Palace, qui rouvre au lendemain de la Libération. A sa réouverture, la salle des Champs-Elysées affiche un programme unique d’actualités : « France-Libre-Actualités ». Quant à la SOGEC, elle est bientôt transformée, nationalisée pour donner naissance à l’Union Générale de la Cinématographie (UGC). « Florence est folle » de Georges Lacombe est, le 10 novembre 1944, le premier film de fiction à sortir au Normandie.

Cinéma Normandie Champs-Elysées

Ci-dessus: Le cinéma Normandie avec à l’affiche « Prisonniers ». A gauche, on note l’entrée du Cinéma des Champs-Elysées, une salle qui sera annexée plus tard à l’actuel UGC Normandie. Photo: Collection particulière.

Les productions américaines dont l’exploitation avait été interrompue pendant l’Occupation retrouvent le chemin des salles de cinéma. Le Normandie reprend ainsi le 29 décembre 1944 « Blanche Neige et les 7 nains » de Walt Disney qui réunit 95 465 spectateurs en cinq semaines. « Air Force » d’Howard Hawks suit le 2 mars 1945 puis, le 19 septembre, « C’est arrivé demain » que le cinéaste français René Clair avait tourné aux Etats-Unis. Le Normandie maintient son prestige et reste la salle privilégiée pour les sorties de films français importants comme « Les Caves du Majestic » de Richard Pottier le 31 octobre 1945, « Panique » de Julien Duvivier le 15 janvier 1947 ou « Le Diable au corps » de Claude Autant-Lara le 10 septembre de la même année. Le Normandie fonctionne alors avec l’Olympia auquel vient s’ajouter le Cinéma Moulin Rouge.

C’est avec le film « Andalousie » de Robert Vernay que se constitue le prestigieux duo des cinémas Rex et Normandie, auquel s’ajoute plus tard le Moulin Rouge. Cette combinaison de salles voit défiler la distribution des plus grands films des années 1950 comme « Le Plaisir » de Max Ophüls le 29 février 1952 ou « Un Tramway nommé Désir » d’Elia Kazan le 28 mars de la même année. Mais l’événement au Normandie est, en cette décennie, l’installation du Cinémascope pour l’exploitation conjointe avec le Rex de la première production développée avec ce format, « La Tunique » de Henry Koster. Pour l’installation de l’écran large de proportion 2,55:1, la scène a dû être complètement modifiée.

Ci-dessus: publicité du Normandie en 1948.

Ci-dessus: la salle du Normandie et son écran Cinémascope en 1953.

Ci-dessus: la salle du Normandie en 1955.

Ci-dessus: l’orchestre et le balcon du Normandie en 1955.

Ci-dessus: la salle en 1955.

La salle du Normandie est rénovée en 1955, de même que sa façade dont le cadre publicitaire et le staff sont modifiés. La Cinématographie française du 12 novembre commente la transformation du cinéma : « la façade a été repeinte et certaines parties revêtues de plastique jaune et parme. Les néons ont été renforcés et révisés. Le sol complété de marbre blanc. Les caisses aménagées, les dégagements repeints et l’éclairage de ceux-ci complètement modifié. La salle se présente maintenant comme un grand vaisseau de moquette rouge sur lequel se dégagent les fauteuils d’un rouge plus clair. Sur les parois latérales, un jeu de tissu d’amiante en forme de losange en trois tons de jaune remplace les revêtements primitifs et les hublots. Une cimaise de bois décoloré verni sépare la moquette du tissu d’amiante et par sa brillance, le met en valeur. Dans les gorges existantes du cadre de scène un éclairage tricolore permet de créer des effets lumineux sur les parois latérales. Le plafond est jaune pâle ». La salle reste inchangée jusqu’à une nouvelle transformation en 1967.

L’UGC Normandie devient un complexe de quatre salles.

Au milieu des années 1960, la presse corporative annonce la possible transformation du cinéma en music-hall chargé de concurrencer la salle de l’Olympia. Le projet ne voit pas le jour mais le 8 août 1967, le cinéma ferme en vue de sa reconstruction avec des proportions plus adaptées à l’exploitation. Une dalle est coulée à partir du balcon pour y loger la salle actuelle, alors que l’ancien orchestre accueille en 1978 le cabaret Lido en récupérant la scène et les loges.

Ci-dessus: le hall rénové du Normandie en 1969.

Ci-dessus: la nouvelle salle rénovée du Normandie en 1969. Inchangée, elle est aujourd’hui la salle Prestige du complexe UGC Normandie.

Le nouveau Normandie ouvre le 5 septembre 1969 avec le film de Claude Chabrol « Que la bête meure ». La revue Le Film français revient sur le cinéma des Champs-Elysées : « ce cinéma a été conçu pour donner aux spectateurs un confort rarement égalé. Les gradins de la salle disposés en amphithéâtre donnent à chaque place la visibilité la plus large. 1000 fauteuils club sont spacieux, moelleux et accueillants. La cabine largement dimensionnée est équipée de quatre appareils de projection 70mm derniers-nés du progrès… La salle est de forme ovoïde et son décor a été dessiné pour donner à l’acoustique une totale perfection. Des pilastres convexes de frêne alternent avec des panneaux absorbants tendus de velours… Le plafond de fond de salle, en forme de croissant, est garni de panneaux de frêne… Dans l’encadrement scène largement ouvert prend place un rideau de velours côtelé maïs. Sur la vaste scène, pratiquement au niveau de la salle, est disposé directement sur le sol un écran de 15 mètres X 7 mètres ».

Les films qui y sont programmés sortent seulement dans quatre ou cinq salles parisiennes et le nouveau Normandie redevient la salle incontournable de l’avenue des Champs-Elysées. « Au service secret de sa Majesté » de Peter Hunt avec l’éphémère George Lazenby dans le rôle de l’agent 007, est à l’affiche dès le 19 décembre 1969. Suivent « Les Damnés » de Luchino Visconti le 18 février 1970 pour 11 semaines d’exploitation, « Woodstock » de Michael Wadleigh le 17 juillet, « Peau d’âne » de Jacques Demy le 16 décembre ou bien, l’année suivante, « Love story » de Arthur Hiller le 20 mars. En 1975, « Il était une fois à Hollywood » de Jack Haley Jr. présenté en 70MM y fait un triomphe. A cette occasion, le hall est entièrement décoré de matériel publicitaire de la Metro-Goldwyn-Mayer des années 1940-1950.

Ci-dessus: « Opération Tonnerre » (1965) avec Sean Connery sort aux cinémas Rex, Rotonde, Danton et Normandie.

Ci-dessus: « Péché véniel » (1974) de Salvatore Samperi avec Laura Antonelli et Alessandro Momo à l’affiche du Normandie. Photo: Collection particulière.

Progressivement, les combinaisons de sorties s’élargissent dans différentes salles de la capitale, mais le Normandie reste une des salles phares parisiennes grâce à son confort et sa qualité technique. Une deuxième salle de 265 places est créée dans les locaux d’un ancien dancing, puis une troisième salle en sous-sol voit le jour. Enfin, une quatrième salle de 280 fauteuils est construite dans l’immeuble voisin du 118 en lieu et place de l’ancien Cinéma des Champs-Elysées.

Aujourd’hui, la salle UGC Prestige du Normandie, d’une capacité de 865 fauteuils, est la plus grande salle de cinéma à Paris après celle du Grand Rex.

Capacité du cinéma UGC Normandie:

  • Salle Prestige: 865 fauteuils; écran de 18 x 7 mètres.
  • Salle 2: 280 fauteuils; écran de 9 mètres de large
  • Salle 3: 250 fauteuils; écran de 7,50 mètres de large
  • Salle 4: 150 fauteuils; écran de 6 mètres de large

Ci-dessus: l’UGC Normandie en 1991 avec « Terminator 2 » dans la salle UGC Prestige. Photo Christophe Stoltz.

Cinéma UGC Normandie sur les Champs-Elysées.

Ci-dessus: vue de la façade du cinéma UGC Normandie.

Ci-dessus: « Andalousie » à l’affiche du Normandie en 1951.

Ci-dessus: « M’sieur La Caille » à l’affiche du Normandie en 1955.

Ci-dessus: « Cléopâtre » à l’affiche du Normandie en 1963.

Ci-dessus: « Au service secret de sa Majesté  » à l’affiche du Normandie en 1969.

Le cinéma Normandy sur les Champs-Elysées

Ci-dessus: L’entrée du restaurant Le Normandy qui deviendra plus tard le cinéma Normandie.

Remerciements: M. Thierry Béné.
Photos et documents: Le Film français, La Cinématographie française, Gallica – BnF et collections particulières.