Adresse: 24 boulevard Poissonnière à Paris (9ème arrondissement)
Nombre de salles: 1
Création: 1912
Cartes d’abonnement cinéma UGC Illimité-mk2 et CinéPass Pathé-Gaumont acceptées

Alors qu’en 2019 la célèbre salle du boulevard Poissonnière fête discrètement ses 100 ans, revenons sur l’histoire de ce cinéma inauguré le le 14 mars 1919 et devenu au fil du temps une salle mythique très appréciée des cinéphiles parisiens. L’acteur et réalisateur Max Linder, né Gabriel Leuvielle (1883-1925), ouvre en lieu et place du cinéma Kosmorama sa propre salle de cinéma de 1.200 places. Le quotidien Le Figaro du 24 mars de la même année annonce l’ouverture de ce théâtre des Grands boulevards: « Ses portes, la nouvelle salle du 24 boulevard Poissonnière, devra les ouvrir toutes grandes ce soir, tant il y aura de Parisiens et d’étrangers désireux d’assister à cette fête mondaine. Les privilégiés – car dès le premier soir on refusera du monde et le Cinéma Max Linder compte rester fidèle à cette habitude – seront unanimes à proclamer le succès remporté. Et peut-il aller autrement dans la salle la plus élégante, la plus jolie où l’on est sûr désormais de trouver toujours le programme le meilleur, des films rares, un orchestre parfait, une projection incomparable. Allez applaudir « Le Kaiser », réquisitoire vibrant de passion patriotique et d’ardeur vengeresse, allez applaudir… Mais cette note aurait trop l’air d’un conseil intéressé. Nous en avons assez dit. Allez au Cinéma Max Linder ».

Une des particularités de la nouvelle salle, c’est – à l’époque – l’accès à l’orchestre de chaque côté de l’écran afin que, selon la volonté de Max Linder, les spectateurs déjà installés puissent observer se placer les nouveaux arrivants. La revue La Rampe du 15 novembre 1925 revient, non sans humour, sur les difficultés du démarrage du Ciné Max Linder. C’est cette même année, le 1er novembre, que le comédien quitte définitivement la scène. « Quelque temps après avoir fondé son cinéma, Max Linder rencontra son ancien régisseur général des Variétés, Charles Bernard, demeuré son ami. « ça va votre ciné ? » , « Ne m’en parlez pas, je perds 500 francs par jour. Il me faudrait quelqu’un d’actif, de très intelligent, ayant la compétence unie à l’autorité. Mais au fait, pourquoi n’accepteriez-vous pas de remonter mon établissement ? Vous êtes l’homme rêvé. Je vous sais libre en ce moment ! Alors c’est dit. Vous allez diriger le cinéma Max Linder ? Quant aux conditions, elles seront simples ! Part égale pour chacun de nous ? » Charles Bernard répondit en souriant « Perdre 250 francs par jour ? Non ! Je préférerais une mensualité fixe ». Et bien entendu, il eut sa mensualité… avec en sus, la participation aux bénéfices-car, l’actuel bras droit de M Léon Volterra « remonta » le Ciné de Max ».

Max Linder n’est aux commandes de la salle que peu de temps puisque, comme l’indique Jean-Jacques Meusy dans son ouvrage « Ecrans français de l’entre deux guerre » l’acteur la cède rapidement après son inauguration: « le 20 janvier 1920, il vend le fond de commerce du Ciné-Max Linder à une société dirigée par l’affairiste Edmond Benoît-Lévy, La Générale Cinéma. Le Ciné-Max Linder rejoint ensuite la Société Marivaux, puis dès 1929 le circuit Pathé-Natan ». Lors de la cession de sa salle, Max Linder aurait demandé aux nouveaux exploitants que deux places soient toujours réservées au nom de sa fille Maud.

Ci-dessus: le festival Charlot à l’affiche du Max Linder le 18 mars 1927.

Lorsque la salle est gérée par la société Marivaux, l’affiche du Max Linder propose des films en exclusivité comme, dès le 20 février 1925, « Le Pèlerin » de Charles Chaplin accompagné du film « Voyage au paradis » d’Harold Lloyd. D’autres exclusivités suivent comme le 2 octobre de la même année « Le Bossu » de Jean Kemm, le 5 février 1926 « L’Aigle noir » de Clarence Brown avec Rudolph Valentino, le 2 avril 1926 « Ça te la coupe » de Fred C. Meyer avec Harold Lloyd, le 24 septembre « Le Fils du Cheik » de George Fitzmaurice toujours avec Valentino, le 10 décembre « La Femme nue » de Léonce Perret puis, à partir du 11 mars 1927, un programme composé de trois moyens-métrages de Chaplin « Une Vie de chien » , « Idylle aux champs » et « Une Vie de plaisir ». Viennent enfin « Pour la paix du monde » avec « Charlot soldat » programmés au profit des gueules cassées dès le 20 septembre 1927 puis, le 1er mars 1928, le chef d’oeuvre de Murnau « L’Aurore ».

Le Ciné-Max Linder permet également à cette période de prolonger les exclusivités de la Salle Marivaux du boulevard des Italiens parmi lesquelles « La Ruée vers l’or » de Charles Chaplin le 18 décembre 1925, le film de cape et d’épée « Don X. fils de Zorro » de Donald Crisp avec Douglas Fairbanks le 19 mars 1926 ou bien « Le Cirque » de Chaplin le 24 août 1928.

L’année 1929 démarre au Max Linder par l’immense succès de Marcel L’Herbier « L’Argent », une oeuvre réunissant un grand nombre d’artistes qui ont collaboré au film et qui sont devenus depuis des grands noms de l’art aux temps des Années folles: Robert Mallet-Stevens, Alberto Cavalcanti, Fernand Léger, Michel Dufet, Jean Lurçat, Pierre Chareau, Paul Poiret et Darius Milhaud. Le film, pour lequel la publicité vante les bruitages de la bourse sur disque, est suivi le 7 mars par « Les Espions » de Fritz Lang qui, en raison de son insuccès, ne reste que trois semaines à l’affiche. Le 6 mars, le Max Linder rejoint le circuit Pathé, repris par Bernard Natan, qui dispose ainsi, avec les cinémas Marivaux et Impérial, de trois emplacements majeurs sur les Grands boulevards.

Le Max Linder sous l’ère Pathé-Natan.

Le premier programme à l’affiche du Max Linder-Pathé est composé de « Chant indou », « une légende merveilleuse interprétée par des artistes indigènes » et « Vive la vie » avec Nicolas Koline. Suivent, entre autres, les prolongations d’exclusivité de l’immense succès du Marivaux, « Les Trois masques » le 13 décembre 1929, le premier film français parlant. D’autres succès projetés en exclusivité se succèdent sur l’écran du Max Linder-Pathé comme, le 17 janvier 1930, « Le Mystère de la villa rose » de Louis Mercanton et René Hervil produit par Jacques Haïk ou, le 16 mai, « Prix de beauté » d’Augusto Genina avec Louise Brooks. « Poil de carotte » de Julien Duvivier avec Harry Baur occupe l’écran du Max Linder dès le 4 novembre 1932.

Dans les années 1930, le Max Linder affiche les secondes exclusivités des films programmés initialement au Marivaux. Ainsi, les on y joue le 20 juin 1930 « La Nuit est à vous » dont la version française est réalisée par Roger Lion, « La Mégère apprivoisée » de Sam Taylor le 12 septembre, « Accusée, levez-vous! » de Maurice Tourneur le 21 novembre ou « King Kong » de Ernest Schoedsack et Merian C. Cooper le 16 février 1934. Le grand cinéma des Champs-Elysées Marignan Pathé-Natan voit les prolongations de ses succès programmés au Max Linder comme « Le Sexe faible » de Robert Siodmak le 26 janvier 1934, « La Bataille » de Nicolas Farkas et Viktor Tourjanski le 9 mars 1934 ou bien « Golgotha » de Julien Duvivier avec Robert Le Vigan, et Harry Baur le 10 mai 1935.

Ci-dessus: soirée inaugurale le 18 septembre 1936 au Max Linder pour le film « Un de la légion » de Christian-Jaque avec Fernandel et Robert Le Vigan.

Ci-dessus: « Le Jardin d’Allah » de  Richard Boleslawski avec Marlene Dietrich et Charles Boyer sorti le 19 mars 1937 au Max Linder.

Ci-dessus: « Les Rois du sport » avec Fernandel, Raimu et Jules Berry, sorti le 19 septembre 1937 au Max Linder.

Ci-dessus: camion publicitaire pour la sortie du film « Les Rois du sport ».

 Ci-dessus: « Ignace » de Pierre Colombier avec Fernandel et Charpin, sorti le 7 mai 1937 au Max Linder.

Ci-dessus: « Le Fils de Frankenstein » de Rowland V. Lee à l’affiche du max Linder le 7 avril 1939.

Le circuit Siritzky acquiert le cinéma Max Linder.

En 1936, le Max Linder est cédé à une société d’exploitation en pleine expansion: le circuit Siritzky. A sa tête, Léon Siritzky qui acquiert au fil des ans un nombre croissant de salles comme à Bordeaux Le Français, l’Apollo et le Capitole, au Havre l’Empire, l’Alhambra et l’Eden, à Nancy le Majestic et l’Olympia, à Toulouse Les Variétés et enfin à Paris le prestigieux Marivaux.

La Cinématographie française annonce l’acquisition du Max Linder par le circuit Siritzky: « le vendredi 18 septembre, M. Léon Siritzky a inauguré son premier grand établissement à Paris : le Max Linder au cours d’une magnifique soirée donnée au bénéfice de la Légion et à laquelle ont été conviés tous les grands chefs de l’Armée Française et les principaux officiers supérieurs ayant servi à la Légion. Le film choisi par M. Siritzky pour cette ouverture, Fernandel dans « Un de la Légion », est, par la qualité de son interprétation, sa bonne réalisation, l’excellence de son sujet et de son titre, l’un des meilleurs et des plus commerciaux de l’année. Ce grand succès nous autorise à dire que le Max Linder se classera dorénavant parmi les meilleures salles d’exclusivité de Paris, grâce aux perfectionnements apportés au matériel sonore et de projection, ainsi qu’aux embellissements réalisés dans la salle ».

Dès lors, le Max Linder acquiert le statut de salle de premières exclusivités avec à l’affiche des films à fort potentiel commercial. En outre, le cinéma de Léon Siritzky bénéficie d’une campagne de publicité importante tant dans les journaux quotidiens que dans la presse corporative. Le film de Jean Renoir « Les Bas-fonds » est projeté en exclusivité au seul Max Linder dès le 11 décembre 1936. Le vendredi 15 janvier 1937, à minuit, est organisée une représentation du film adapté de Maxime Gorki au bénéfice de Monsieur René Delluc, le père de Louis Delluc, un des précurseurs les plus audacieux du cinéma français, décédé prématurément à l’âge de 34 ans.

C’est au Max Linder que sortent en exclusivité la plupart des films avec comme interprète le très populaire Fernandel comme « Ignace » de Pierre Colombier le 7 mai 1937. La façade du cinéma arbore pour l’occasion la tête de carton pâte et en grand format de la vedette. Suivent « Les Rois du sport » de Pierre Colombier le 24 septembre, « Barnabé » d’Alexander Esway le 13 mai 1938, « Tricoche et Cacolet » de Pierre Colombier le 10 septembre, « Raphaël le tatoué » de Christian-Jaque le 9 février 1939. D’autres triomphes de cette époque d’avant-guerre ont les faveurs d’une exclusivité parisienne au seul Max Linder comme « Cargaison blanche – Les Chemins de Rio » de Robert Siodmak le 3 février 1937, « Prison sans barreaux » de Léonide Moguy le 25 février 1938 ou bien « La Tradition de minuit » de Roger Richebé le 21 avril 1939.

La spoliation du Max Linder durant la guerre. 

Quand la Seconde Guerre mondiale éclate, c’est le film « Les Aveux d’un espion nazi » réalisé par Anatole Litvak et produit par la Warner qui est à l’affiche du Max Linder, ce film ayant, ce qui était très rare, une exclusivité dans trois salles parisiennes dont l’Apollo et le César. En septembre 1939, du fait de la mobilisation générale, beaucoup de salles sont contraintes de fermer leurs portes en raison d’une pénurie du personnel. Le Max Linder continue pourtant de fonctionner malgré l’interdiction d’illuminer les façades et l’obligation impérative que les cinémas ferment leurs portes dès 20h30. Ceci entraîne une chute des recettes de 50 à 80% suivant les salles.

Le Max Linder propose dès le 29 mars 1940 et en exclusivité « Narcisse » d’Ayres d’Aguiar avec Rellys, un des films les plus rentables de cette période de guerre qui tient l’affiche du Max Linder durant 28 semaines avant de connaître un succès considérable dans la France occupée. Spoliée car son propriétaire Léon Siritzky est de confession juive, la salle rejoint le réseau de la Société de Gestion et d’Exploitation de Cinémas (S.O.G.E.C.), une société aux capitaux allemand initiée par Alfred Greven. Le Max Linder propose des exclusivités comme « Notre-Dame de la mouise » de Robert Péguy le 10 avril 1941 ou « Pension Jonas » de Pierre Caron le 6 mars 1942 ainsi que des prolongations de films sortis en particulier au Normandie comme « La Symphonie fantastique » de Christian-Jaque le 14 août 1942 ou « La Fausse maîtresse » d’André Cayatte le 2 octobre 1942. Précédemment projetés à l’Olympia, « Simplet » de Carlo Rim avec Fernandel sort au Max Linder le 30 octobre 1942 ainsi que le film en deux parties « Le Comte de Monte-Cristo » de Robert Vernay les 5 mars et 2 avril 1943.

Ci-dessus: « Narcisse » d’Ayres d’Aguiar avec Pauline Carton et Georges Grey sorti le 29 mars 1940 au Max Linder.

Ci-dessus: projection de « Narcisse » réservée aux permissionnaires.

Ci-dessus: « Fabiola » d’Alessandro Blassetti sorti au Max Linder le 3 juin 1949.

A la Libération, les programmes du Max Linder sont composés d’un grand nombre de reprises de films américains dont l’exploitation est interrompue durant l’Occupation comme « A chaque aube je meurs » de William Keighley le 5 septembre 1945 ou bien « Les Anges aux figues sales » de Mickael Curtiz le 5 décembre 1945. Le cinéma retrouve son statut de salle de grandes exclusivités et s’associe à l’Ermitage, également à l’Olympia, sur certaines sorties comme « Monsieur Grégoire s’évade » de Jacques Daniel Norman le 22 mai 1946, « Docteur Jeckyl et Mister Hyde » de Victor Fleming le 25 septembre 1946, « Hantise » de George Cukor le 1er janvier 1947, « Le Facteur sonne toujours deux fois » de Tay Garnett le 12 novembre 1947. Le Moulin-Rouge Cinéma rejoint les deux salles parisiennes pour la sortie du film de Robert Siodmak « Les Tueurs » le 30 avril 1947. Les combinaisons s’étendent progressivement comme pour « Fabiola » d’Alessandro Blassetti le 3 juin 1949 à l’affiche du Normandie, du Français, du Moulin-Rouge et du Max Linder.

Le Max Linder, un des grands cinémas d’exclusivités de la capitale.

Au début des années 1950, les films proposés au Max Linder sont des productions mineures françaises ou américaines. Le Max Linder reste associé à l’Ermitage et on peut y découvrir sur leurs écrans le chef d’oeuvre d’Alfred Hitchcock « L’Inconnu du Nord-Express » le 9 janvier 1952, « Show boat » de George Sidney le 2 mai 1952, « Le Prisonnier de Zenda » de Richard Thorpe le 11 novembre 1953 ou bien « Tous en scène » de Vincente Minnelli le 23 juin 1954.

Au milieu de la même décennie, une combinaison de salles de premières exclusivités fait la part belle aux films hollywoodiens en s’équipant rapidement du Cinémascope. Ainsi, les cinémas Ermitage, Max Linder, Les Images et Les Vedettes font découvrir aux cinéphiles parisiens: « A l’est d’Eden » d’Elia Kazan le 19 octobre 1955, « Sept ans de réflexion » de Billy Wilder le 29 février 1956, « La Colline de l’adieu » d’Henry King le 30 mai 1956, « Arrêt d’autobus » de Joshua Logan le 24 octobre 1956 ou « Le Faux coupable » d’Alfred Hitchcock le 1er mai 1957.

Ci-dessus: vues de la salle avec balcon et orchestre du cinéma rénové en 1957.

Ci-dessus: vue de la salle rénovée du Max Linder en 1957.

Le 10 juin 1957, le Max Linder ferme ses portes avant de réaliser d’importantes transformations. La revue Le Film Ffrançais dans son n° 708 évoque les travaux entrepris par l’U.G.C. – S.O.G.E.C. et la société Marivaux, sous le direction de l’arcitecte Georges Peynet: « Pour tenir sa place sur les Boulevards, cette salle se devait d’éliminer les loges qui garnissaient le fond du balcon, de modifier sa décoration désuète et d’améliorer la façade et le hall. La façade fut habillée de néons mouvants et une enseigne nouvelle en plexiglass attire maintenant le regard du flâneur. Le hall déshabillé de ses revêtements métalliques présente maintenant un jeu de vitrines colorées contrastant avec un dessin de deux tons de marbre. Les lourdes portes métalliques furent remplacées par une batterie Sécurit qui laisse voir la moquette rouge persan du foyer. Dans la salle, deux rangées de fauteuils remplacent les anciennes loges. Ces dernières rangées sont surmontées d’un mouvement de staff venant caler le fond de la salle. Un muret de devant de balcon disgracieux et inutile a été remplacé par une balustrade métallique dont la ligne élégante est soulignée par le dessin délicat des balustres. Le plafond a été surbaissé et décoré de losanges défoncés et d’aspérités venant accrocher la lumière. Celle-ci est constituée d’une succession de pinceaux lumineux venant mettre en valeur le « plissé tapissier » des tentures. Le parti décoratif a été conçu pour donner l’impression d’un élargissement du cadre de scène. Les tissus qui viennent l’entourer se développent vers le fond de la salle. Les fauteuils ont été changés et maintenant cette salle offre dans sa gamme de couleurs agréables et reposantes : tentures grises et jaune bouton d’or, moquette rouge persan, une des meilleures réalisations que le spectateur peut trouver sur les Boulevards ».

Le film de inaugural pour la réouverture le 21 août 1957 du Max Linder rénové est « Affaire ultra-secrète » de H.C. Potter avec Kirk Douglas et Susan Hayward qui sort dans la combinaison Ermitage, Les Images, Les Vedettes, et le Max Linder. L’écran panoramique Cinémascope gagne 50 cm de largeur avec les transformations de la salle. Ainsi, les productions tournées dans ce format trouvent au Max Linder tout leur éclat comme « Elle et lui » de Leo McCarey le 2 octobre 1957, « La Femme modèle » de Vicente Minnelli le 20 novembre 1957, « Le Bal des Maudits » d’Edward Dmytyck le 3 avril 1958, « Les Feux de l’été »de Martin Ritt le 28 mai 1958 ou bien « South Pacific » de Joshua Logan projeté en Todd-Ao dès le 17 décembre 1958.

La combinaison des salles Ermitage, Max Linder, Les Images, Les Vedettes connaît de nombreux succès avec une programmation principalement consacrée au cinéma hollywoodien: « Certains l’aiment chaud » de Billy Wilder est à l’affiche le 25 septembre 1959, « Confidences dur l’oreiller » de Mickael Gordon le 8 décembre 1959, « Au risque de se perdre » de Fred Zinnemann le 3 février 1960 ou « L’Arnaqueur » de Robert Rossen le 12 janvier 1962.

Ci-dessus: « L’Inconnu du Nord-Express » d’Alfred Hitchcock à l’affiche des cinémas Max Linder, Ermitage et Olympia le 9 janvier 1952.

Ci-dessus: « Bus stop » de Joshua Logan à l’affiche des cinémas Max Linder, Ermitage, Images et Vedettes le 24 octobre 1956.

Ci-dessus: « Du mouron pour les petits oiseaux » de Marcel Carné à l’affiche du Max Linder en 1963.

Samy et Jo Siritzky reprennent l’exploitation du Max Linder et lui donnent un second souffle avec des films souvent distribués par Athos, leur société de distribution « Blanche Neige et les 7 nains »  le 19 décembre 1962, « Du Mouron pour les petits oiseaux » de Marcel Carné le 15 février 1963, « La Grande évasion » de John Sturges le 25 août 1963, « L’Homme de Rio » de Philippe De Broca le 28 février 1964, « Les Cheyennes » de John Ford le 30 octobre 1964, « Le Plus grand cirque du monde » d’Henry Hathaway le 9 décembre 1964, deux films projetés en 70MM, et bien sûr « Le Corniaud » de Gérard Oury le 24 mars 1965 à l’affiche du Max Linder pendant 24 semaines également aux cinémas Mercury, Madeleine, les Images, le Mistral et le Bosquet.

La fin des années 1960 voit d’importants succès se succéder tels « Fantômas contre Scotland Yard » d’André Hunebelle le 16 mars 1967, « La Religieuse » de Jacques Rivette le 26 juillet 1967, « Bonnie and Clyde » d’Arthur Penn le 24 janvier 1968 ou bien « La Piscine » de Jacques Deray le 31 janvier 1969.

Une salle en perte de vitesse.

Dès le début des années 1970, beaucoup de cinémas avec une grande salle sont rénovées ou transformées en complexes multisalles. Les cinémas du circuit Parafrance des frères Siritzky sont alors réputés pour leur confort, leur luxe et leur modernité. Le Max Linder, resté dans son style « années 1950 » et considéré comme une salle désuète, connaît quelques succès comme « L’Ours et la poupée » de Michel Deville le 4 février 1970, « Dernier domicile connu » de José Giovanni le 25 février 1970 et la reprise des films de Charles Chaplin que Parafrance distribue dans les salles de son circuit: « Les Temps modernes » triomphant depuis quelques semaines dans les salles du Publicis-Elysées et du Paramount Odéon sort au Max Linder le 4 novembre 1971 et « La Ruée vers l’or » le 20 avril 1972.

En 1974, la société Parafrance annonce dans la presse corporative la transformation en complexes de divers établissements dont le Moulin-Rouge Cinéma et le Max Linder, mais ces deux salles en perte de vitesse ne sont pas divisées en multisalles. Progressivement, on assiste à une érosion de la fréquentation du Max Linder, les films rencontrant un succès à Paris dans des combinaisons de plus en plus larges, font des rendements moyens voire médiocres: « L’Exorciste » de William Friedkin le 18 septembre 1974, « L’Homme au pistolet d’or » de Guy Hamilton le 18 décembre 1974, « Les Galettes de Pont-Aven » de Joël Seria le 20 août 1975, « Taxi driver » de Martin Scorsese le 2 juin 1976 ou bien « L’Espion qui m’aimait » de Lawis Gilbert le 12 octobre 1977.

A la fin des années 1970, le Max Linder voit sa fréquentation chuter d’une manière spectaculaire. Les films qui y sont présentés ne sont pas à même de ramener le public: « Les Lycéennes redoublent » le 22 mai 1979, « Où es-tu allé en vacances? » le 10 octobre 1979, « Mon curé chez les nudistes » le 28 juillet 1982 ou « La Collégienne s’envoie en l’air » en 1984, ne ramènent pas les spectateurs dans la salle du boulevard Poissonnière, pas plus que « Coup de torchon » de Bertrand Tavernier – pourtant un grand succès de l’année 1981. Dans la salle du Moulin Rouge, on y joue des films à grands spectacles qui font les beaux-jours du Kinopanorama.

Ci-dessus: reprise de « Lawrence d’Arabie » de David Lean en 70MM.

Ci-dessus: reprise de « 2001: l’odyssée de l’espace » de Stanley Kubrick en 70MM.

Ci-dessus: reprise du film de Francis Ford Coppola « Apocalypse now ».

Ci-dessus: reprise de « La Mort aux trousses » d’Alfred Hitchcock au Max Linder.

Ni les reprises de classiques du cinéma comme « Le Jour le plus long » ou « Lawrence d’Arabie » ne font recette au Max Linder qui, au début de l’été 1984, est menacé de fermeture définitive. La salle qui reste fermée durant trois années reprend vie grâce à Jean-Jacques Zilbermann, Vincent Mellini et Brigitte Aknin, une équipe qui a relancé le cinéma de quartier l’Escurial. Ils confient au Film français: « L’Escurial a été une maquette qui nous a permis de monter le projet du Max Linder, aussi bien financièrement qu’au niveau de sa conception. L’Escurial et ses 300 fauteuils refuse régulièrement des spectateurs (…) le Max Linder Panorama avec ses 700 fauteuils aura le même type de programmation (y compris les nuits du cinéma, les coups de cœur, etc » L’ancienne salle du Max Linder est démolie après qu’une fête soit organisée en hommage au comédien et réalisateur.

Le Max Linder rouvre et acquiert son statut de salle parisienne mythique.

La salle transformée rouvre en 1987 avec le film « Le Dernier Empereur » proposé comme au Kinopanorama en 70MM. Les spectateurs découvrent une salle inversée: alors qu’auparavant, les portes d’entrée se trouvaient de chaque côté de l’écran, ils pénètrent désormais dans la salle face à l’écran. Christophe Chenebault et Marie Gaussel dans leur Guide des cinémas de Paris évoquent en 1992 les caractéristiques de la nouvelle salle: « Le décor est à la hauteur de l’accueil avec du marbre au sol et une grande fresque de stuco-florentin (peinture italienne imitation marbre) sur les murs, œuvre intitulée «Dance without wolves »par l’artiste Stephan Tortani (…) Le spectacle continue avec l’ascension des escaliers, comme au théâtre, pour se rendre à la mezzanine (250 places) ou au balcon (150 places) si vous aimez les hauteurs, ou bien à l’orchestre (300 places) si le plancher des vaches a votre préférence. Ces sont trois niveaux pour trois visions différentes du film, et trois manières d’avoir un rapport intime avec l’écran en ne se sentant ni seul dans la salle, ni perdu au milieu de 700 personnes (…) L’écran, avec ses 18 mètres sur 10, sa légère courbure et son écartement panoramique d’un mur à l’autre garantit l’effet spectacle ».

Ci-dessus: l’affiche du festival Max Linder en 1995.

Ci-dessus: « Bird » de Clint Eastwood à l’affiche du Max Linder en 1988.

Ci-dessus: publicité  pour le Max Linder.

Doté du son THX, la salle participe à l’instauration de la version originale dans les cinémas des Grands boulevards. Dès sa réouverture, le Max Linder rencontre un franc succès grâce à des œuvres comme « Wall street » d’Oliver Stone le 10 février 1988 ou « L’Ours ». Présenté en 70MM dès le 19 octobre 1988, le film de Jean-Jacques Annaud attire pendant ses deux premières semaines d’exploitation au Max Linder 35.479 spectateurs. D’autres films programmés en 70MM suivent comme « Indiana Jones et la dernière croisade » de Steven Spielberg le 18 octobre, « Valmont » de Milos Forman le 6 décembre 1989, « Un Thé au Sahara » de Bernardo Bertolucci le 21 novembre 1990 ou bien « Hamlet » de Kenneth Branagh le 14 mai 1997.

Le Max Linder est également le lieu de sortie de films d’auteurs comme « Mystery train » de Jim Jarmusch le 6 septembre 1989, « Rêves » d’Akira Kurosawa le 9 mai 1990, « Sailor et Lula » de David Lynch le 24 octobre 1990, « Opening night » de John Cassavetes le 13 mai 1992, « Twin Peaks » de David Lynch le 3 juin 1992 ou bien « Arizona dream » d’Emir Kusturica le 6 janvier 1993.  Le « Max » comme ses aficionados le surnomment propose de multiples festivals à succès comme « Le Max Linder fait sa cinémathèque » ou la projection en 70MM de « Ben-Hur » ou « E.T. l’extra-terrestre ».

Aujourd’hui entre les mains de la société Eden Plus, le Max Linder Panorama reste l’un des cinémas préférés des cinéphiles parisiens comme en témoigne le succès de « Parasite » de Bong Joon Ho (2019).

Capacité du cinéma Max Linder Panorama à Paris:

Salle de 616 fauteuils,
Ecran de 16,40 x 8,90 mètres,
Orchestre, balcon et mezzanine.

Les coulisses du Max-Linder (interview et photos).

Programme du cinéma Max-Linder Panorama à Paris.

Ci-dessus: le hall du Max Linder rappelle les grands cinémas des années 1930.

Ci-dessus: Le Max Linder propose le son THX.

Lire l’article « Dans les coulisses du Max Linder Panorama ».

Remerciements M. Thierry Béné.
Documents: La Cinématographie française, Le Film, Le Film français, Gallica-BnF, collection particulière.