Cinéma Le Paris à Paris

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Cinéma Le Paris à Paris

Adresse: 23 avenue des Champs-Elysées Paris 8ème
Nombre de salles: 1
Inauguration: 20 décembre 1935

En cette veille de Noël 1935, l’avenue des Champs-Elysées se dote d’une nouvelle salle de cinéma au numéro 23: Le Paris. L’architecte de ce temple du cinéma est Maurice Gridaine à l’initiative des propriétaires messieurs Umanski et Berheim.

La salle possède 985 fauteuils répartis sur deux niveaux: 355 à l’orchestre et 630 au balcon. Le journal L’Intransigeant du 21 décembre évoque ce nouveau cinéma « dont on admirera l’harmonie des lignes et la douceur de ses éclairages ». De nombreuses personnalités parisiennes assistent au gala d’ouverture présidé par Pierre-Etienne Flandin, ambassadeur des Etats-Unis. Le quotidien Le Matin évoque « ce beau cinéma, blanc, rouge et or, dans le style moderne avec un hall très luxueux aux lignes pures et une salle gainée de cuir blanc ». La salle est équipée d’un écran magnoscopique.

Le cinéma des productions des studios américains.

Le programme inaugural du Paris est « Le Danseur du dessus – Top hat », une production des studios RKO réalisée par Mark Sandrich avec Fred Astaire et Ginger Rogers. Les critiques de l’époque sont sévères avec ce film qui, aujourd’hui, est un classique du cinéma hollywoodien. Le Matin n’y va pas de main morte: « Ce film aux quiproquos aptes à séduire les âmes simples… »

Le Paris propose dans les années 1930 des films issus des grands studios américains. La salle accueille également quelques films français comme, en 1936, deux œuvres de Julien Duvivier, « Le Golem » à l’affiche le 26 février ou « La Belle équipe » le 17 septembre. L’arrivée de ce nouveau cinéma intensifie la concurrence des exploitants du quartier des Champs-Elysées et empêche le Paris d’obtenir des copies de productions françaises. Son propriétaire M. Umanski souhaite programmer au Paris des productions hexagonales afin de ne pas concurrencer ses deux autres cinémas L’Avenue et le Lord Byron, également implantés sur les Champs-Elysées et spécialisés dans les films américains en version originale.

L’affaire est telle que les responsables des salles G.F.F.A. (Gaumont Franco-Film Aubert) et Pathé s’accordent pour refuser de programmer dans leur réseaux respectifs, province incluse, tout film français qui aurait connu une sortie au Paris! Vu la puissance des deux circuits, le Paris se voit ainsi privé de films français.

Ci-dessus: « La Belle équipe » de Julien Duvivier à l’affiche du Paris le 17 septembre 1936.

Ci-dessus: « Tarzan s’évade » à l’affiche du Paris le 5 février 1937.

Cette même année 1936, la Metro-Goldwyn-Mayer qui exploite le cinéma Olympia ne renouvelle pas son contrat avec son propriétaire Jacques Haïk invoquant une salle trop vaste pour les films en version originale. Alors que l’Olympia rejoint le circuit Pathé le 22 décembre 1936, la M.G.M. signe un contrat d’exploitation au Paris. Coup gagnant pour la salle du Paris qui est désormais réservée, avec les cinémas Les Mirages, le Lord-Byron et l’Avenue, aux seules productions de la Metro.

Le 25 décembre 1936 est inaugurée au Paris la grande saison de la M.G.M. avec le film « San Francisco » avec W. S. Van Dyke. Se succèdent en exclusivité au seul Paris les grandes productions du studio comme, pour l’année 1937, « Tarzan s’évade » de Richard Thorpe le 5 février, « C’est donc ton frère » de Harry Lachman avec Laurel & Hardy le 26 février, « Visages d’Orient » de Sidney Franklin le 17 juin, « Capitaines courageux » de Victor Fleming le 5 août, « Le Roman de Marguerite Gautier » de George Cukor le 1er octobre ou encore « Un Jour aux courses » de Sam Wood le 25 novembre.

Ci-dessus: le hall du Paris en 1935.

Ci-dessus: « Panique à l’hôtel » à l’affiche le 28 octobre 1938.

Ci-dessus: publicité corporative pour « Gunga din » à l’affiche le 24 février 1939.

Ci-dessus: un film Tobis « La Lutte héroique » à l’affiche le 22 novembre 1940. 

Dès 1939, l’affiche du Paris est composée de films issus des studios de la Fox et de RKO comme « Gunga Din » de George Stevens le 24 février ou bien « Le Brigand bien-aimé » de Henry King et Irving Cummings le 14 avril. Quand la guerre éclate, « Vers sa destinée » de John Ford est à l’affiche du Paris depuis deux semaines. La programmation des films de la Fox se poursuit jusqu’à l’entrée des troupes allemandes dans la capitale.

Au début de l’Occupation, Le Paris maintient sa programmation et propose quelques films allemands comme « La Lutte héroïque » de Hans Steinhoff avec Emil Jannings le 22 novembre 1940 ou « Première » de Géza von Bolváry avec Zarah Leander le 5 février 1941. « Nuit de décembre » réalisé et interprété par Pierre Blanchar y sort en exclusivité le 5 février 1941.

Comme le cinéma Marignan, le Paris est réquisitionné pour devenir, dès avril 1941, un Soldaten Kino, une salle de cinéma réservée aux soldats allemands. A la Libération, la salle est à nouveau réquisitionnée par les troupes britanniques et devient un Garnison Theater sous le contrôle de l’organisme ENSA jusqu’au 18 juin 1946. A partir de cette date, le Paris rouvre ses portes au public sous la direction de Monsieur Darnetal, avec le film « Jeux de femmes » de Maurice Cloche.

Ci-dessus: réouverture du Paris le 22 juin 1946 avec « Jeux de femmes » de Maurice Cloche.

Ci-dessus: « Eve éternelle » à l’affiche le 24 décembre 1947.

Ci-dessus: le Paris affiche en 1948 le film d’Alfred Hitchcock « Les Enchaînés ».

L’après-guerre est surtout marquée par les sorties de productions américaines, interdites durant l’Occupation. « Laura » d’Otto Preminger y fait sa sortie exclusive le 13 juillet 1946, « La Femme au portrait » de Fritz Lang le 28 août de la même année et « La Cité sans voiles » de Jules Dassin le 11 mai 1949. Dès le 23 juillet 1952, la production transalpine « Deux sous d’espoir » de Renato Castellani, projeté en exclusivité au Paris, connaît un grand succès.

Le Paris, le cinéma aux 1 000 fauteuils.

Dans les années 1950, le Paris est l’une des rares salles qui s’équipe de quatre projecteurs, couplés deux par deux, permettant la projection de films en relief (3D) sans interruption, comme « Bwana le diable » de Arch Oboler le 22 avril 1953. A l’automne 1954, Le Paris prend le relais du Marignan voisin dans la combinaison de programmation de films avec le Gaumont-Palace et le Berlitz. La programmation est désormais résolument plus commerciale avec des films comme « Les Lettres de mon moulin » le 5 novembre 1954, « Les Diaboliques » d’Henri Georges Clouzot le 29 janvier 1955 et surtout la réédition le 22 juillet de « Autant en emporte le vent » pour la première fois à des tarifs normaux selon la publicité (mais avec une majoration de 50% du prix des places normales!). Cette combinaison de sortie prend fin en 1956. Le Paris se voit alors associé au Berlitz et au Wepler pour la sortie de films grand public comme ceux avec Jean Gabin.

Ci-dessus: le 5 octobre 1951 sort au Paris le péplum de Cecil B. DeMille « Samson et Dalila » avec George Sanders, Victor Mature et Hedy Lamarr.

Ci-dessus: « Le Roi et moi » de Walter Lang avec Deborah Kerr et Yul Brynner à l’affiche du Paris le 16 janvier 1957.

Ci-dessus: « Sissi » au Paris dès le 1er mars 1957.

Ci-dessus: le film de Walt Disney « La Belle au bois dormant » est distribué au Paris, au Berlitz et au Pathé Wepler.

Durant l’été 1959, Le Paris ferme pour entreprendre des travaux de modification de la façade et de décoration de la salle. La revue Le Film français commente cette transformation: « C’est une salle pratiquement neuve, dont il ne subsiste que le plan initial, qui s’offre au public parisien… La façade entièrement réalisée en glaces « sécurit » se distingue par sa légèreté. Dix portes sous une svelte marquise, elle-même surmontée de hautes glaces disposées en dents de scie, donnent accès au vaste hall entièrement refait. Très clair, celui-ci possède des murs de staff blanc, striés à larges intervalles de gouttières verticales noires masquant le dispositif d’éclairage au néon. Le sol, en heureuse harmonie avec ce décor extrêmement sobre est recouvert de moquette rouge à rayures deux tons. Au fond, à l’endroit où s’ouvrent les portes d’accès à l’orchestre, disposées comme par le passé sous le double escalier incurvé conduisant au balcon, la tapisserie grise des murs et la vaste coupole rouge pratiquée, créent une note d’élégance et d’intimité qui convie littéralement le spectateur à entrer dans la salle. Dans cette même partie du hall, un lustre aux dimension impressionnantes et six appliques lumineuses assorties, ainsi qu’une fresque aux armes de Paris ajoutent à l’impression de raffinement que l’on éprouve en pénétrant dans ce cinéma ». La revue professionnelle poursuit ses commentaires en évoquant les transformations de la salle : « On retrouve sur les murs de la salle la même moquette rouge à rayures deux tons mise en opposition avec la moquette bleue qui recouvre le sol, ce qui donne une ambiance très chaude malgré les dimensions de la salle de 1000 places. Un magnifique rideau de scène en velours de moire paille argentée, également utilisé en plissé pour la décoration d’une grande surface des murs à l’avant de la salle, et de confortables fauteuils tapissés de velours de laine, imitation peau de léopard complètent ce riche ensemble ».

Ci-dessus: le 15 mars 1963 sort « Lawrence d’Arabie » en version originale au Paris et en version française au Français, au Moulin Rouge et au Miramar.

Ci-dessus: « Germinal » d’Yves Allegret avec Jean Sorel et Claude Brasseur sort au Paris le 18 septembre 1963.

Ci-dessus: le film de Mark Robson « Les Centurions » avec Anthony Quinn le 7 octobre 1966.

La réouverture du Paris intervient le 4 septembre 1959 avec un « Maigret » réalisé par Jean Delannoy, « L’Affaire Saint-Fiacre » avec Jean Gabin. A partir de 1962, la salle est le cadre privilégié des sorties des films de la Columbia comme les superproductions en 70mm « Barabbas » de Richard Fleischer le 31 août 1962 et surtout « Lawrence d’Arabie » de David Lean le 15 mars 1963 pour 27 semaines d’exploitation. La fin des années 1960 voit « Angélique marquise des anges » de Bernard Borderie s’y installer pour plusieurs épisodes de cette série à succès.

L’industriel Marcel Dassault à la tête du Paris.

En 1972, l’industriel Marcel Dassault acquiert le cinéma Le Paris qui se situe proche du siège social de son journal Jours de France. L’homme d’affaires fait supprimer l’orchestre et, en prolongeant le balcon, crée une salle de 498 fauteuils. La nouvelle salle possède un écran de 11 mètres de base et des fauteuils club à double accoudoirs (1,15 mètre entre chaque rang). Une salle de vision pour les projections privées est ouverte dès 1973.

Ci-dessus: la salle du Paris en 1973, après sa rénovation.

Ci-dessus: vue de la salle avec ses appliques lumineuses.

Ci-dessus: le hall rénové du Paris en 1973.

La salle rénovée ouvre au printemps 1973 avec la reprise du film de Billy Wilder « Irma la Douce ». Le Paris alterne sa programmation entre superproductions en 70MM comme « Le Docteur Jivago » de David Lean le 10 mai 1973, « My Fair Lady » de George Cukor le 20 décembre, l’inusable « West side story » de Robert Wise le 29 mai 1974 pour 21 semaines et nouveautés comme « Le Grand bazar » de Claude Zidi le 6 septembre 1973, « Les Chinois à Paris » de Jean Yanne le 28 février 1974 ou « Pas de problème! » de Georges Lautner le 18 juin 1975.

En 1976, une seconde salle de 200 fauteuils est créée à l’emplacement de l’ancien orchestre. Exploitée pendant deux ans, elle est par la suite transformée en salle de réception.

Ci-dessus: la salle 2 du Paris, ouverte en 1976.

Ci-dessus: la salle de vision pour les projections privées.

Sur les Champs-Elysées, Le Paris est utilisé pour programmer les films « maison » financés par la Société de Production des films Marcel Dassault. Y seront lancés le 24 janvier 1979 « Le Temps des vacances » de Claude Vital, co-scénarisé par Marcel Dassault lui-même, et le 17 décembre 1980 l’immense succès « La Boum » de Claude Pinoteau, avec une scène du film tournée dans la salle du Paris.

Au cours des années 1980, la salle peut rester fermée durant des semaines car son patron Marcel Dassault estime qu’aucun film n’est digne d’y être projeté. Le 31 octobre 1984, Le Paris bénéficie de la seule copie 70MM du plan de sortie du film de Milos Forman « Amadeus ». Le film de Claude Pinoteau « La 7ème Cible » est la dernière nouveauté qui sort au Paris le 19 décembre 1984. La salle termine sa carrière avec la reprise d’un succès de Jean-Paul Belmondo: « Flic ou voyou » de Georges Lautner le 25 juin 1985.

Après sa fermeture et sa démolition, André Antoine – qui a veillé à la destiné du Paris de 1935 à 1985 – évoque ses souvenirs dans les colonnes du Film français: « Le Paris est inexploitable aujourd’hui ! Le lustre du hall éclairait de 350 lampes, les 14 lampadaires de la salle possédaient chacun cent lampes… Plusieurs millions d’électricité par mois étaient nécessaires à ce grand luxe. Mais le prix des places était le même qu’ailleurs ! » Chargé en 1985 de la liquidation du matériel, André Antoine témoigne dans ce même article que « jusqu’à la fin la présentation des films s’est faite avec ouverture du rideau et graduateur de lumière de scène. C’était du spectacle ! »

Ci-dessus: Sophie Marceau devant le cinéma Le Paris. Photo parue dans « Jours de France ».

Ci-dessus: Jean-Paul Belmondo dans « Le Marginal » (1983) à l’affiche du Paris. Photo Christophe Stoltz.

Remerciements: M. Thierry Béné.
Photos et documents: La Cinématographie française, Le Film français, Gallica BnF.

2019-01-20T20:18:24+00:00 18 janvier 2019|

3 Commentaires

  1. Claude Guilhem 27 janvier 2019 à 11 h 04 min

    70 mm.
    Gradateurs de lumières
    Ouvertures et fermetures du rideau.
    C’était du spectacle !

    Entièrement de cet avis .

  2. cinefilnog94 20 janvier 2019 à 20 h 55 min

    Toujours très intéressants ces articles documentés avec plein de photos

    Merci de nous faire partager votre passion pour tous ces cinémas , souvent disparus

    Michel

  3. Christophe 19 janvier 2019 à 16 h 46 min

    Bravo pour ce magnifique article (parmi beaucoup d’autres) à propos de ce beau cinéma. Tout y est : historique, programmation, photos c’est passionnant. Je suis souvent passé devant le Paris au tout début des années 80 sans jamais y entrer malheureusement. J’ai une photo de la façade que j’avais prise en octobre 1983 si vous voulez (je l’avais déjà envoyé à Philippe Célérier pour son blog).

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