Cinéma Marbeuf à Paris

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Cinéma Marbeuf à Paris

Adresse: 34 rue Marbeuf à Paris (8ème arrondissement)
Nombre de salles: 1 puis 5

Le cinéma Marbeuf ouvre ses portes le 16 juin 1933 sous une première appelation, le Cinéplage Marbeuf, avec la projection du film « La Maison des supplices », une production de la Metro-Goldwyn-Mayer réalisée par Charles Brabin.

Ci-dessus: l’ouverture du Cinéplage Marbeuf le 16 juin 1933 sa fait avec « La Maison des supplices » avec le terrifiant Boris Karloff. On remarque que la station de métro la plus proche pour accéder au cinéma s’appelle Marbeuf (devenue Franklin D. Roosevelt).

A cette époque, la création de salles de cinéma dans le quartier des Champs-Elysées est en pleine expansion. L’architecte Marcel Taverney réalise la salle du Marbeuf qu’il installe au sous-sol du fameux garage Citroën ouvert quelques années plus tôt.

Le quotidien Comoedia du 17 juin 1933 commente l’inauguration du Marbeuf comme suit: « Véritable Frégoli de la décoration, le Marbeuf a été successivement un golf, un « movie garden » et aujourd’hui, il ne lui manquait plus que l’océan, le soleil, la nature et l’air pur pour être tout à fait à la plage. Il a déjà du sable par terre, des fauteuils de plage et des rochers en carton pâte ».

Ci-dessus: la salle du Marbeuf, alors cinéma mono-écran.

Le Marbeuf, le cinéma des productions américaines.

Le Marbeuf se spécialise dans les sorties de productions américaines ou anglaises en version originale. Il s’agit de productions mineures de la Warner dont les doubles programmes du cinéma Apollo ne peuvent absorber tous les films du studio ainsi que des productions de la MGM dont les films les plus importants font les beaux jours du Madeleine.

Mais des difficultés financières entraînent la fermeture du cinéma pour une courte période du 8 décembre 1933 au 8 juin 1934, date de réouverture avec le film de la MGM « Le Chat et le violon » de William K. Howard avec Jeanette Mac Donald qui, un an plus tôt, chantait dans la salle du Rex

La salle rouvre sous le nom Marbeuf délaissant la formule Cinéplage. La MGM sort ses productions dans cette salle dont le fameux « L’Introuvable » de W.S. Van Dyke le 7 décembre 1834.

Ci-dessus: « Les 39 marches » à l’affiche en exclusivité à Paris au Marbeuf.

Le 1er novembre 1935, « Les 39 marches » d’Alfred Hitchcock sort au Marbeuf. C’est un succès. Rappelons que dans les années 1930, les films sortent en exclusivité dans une salle uniquement, l’exploitation s’effectuant sur le modèle théâtral : un lieu, une oeuvre. « Sabotage », autre film anglais du maître du suspense, y est également donné en exclusivité et toujours au Marbeuf le 7 janvier 1937.

En février 1936, le Marbeuf est associé au cinéma Paramount. La salle des Champs-Elysées présente la version originale alors que celle des grands boulevards affiche la version française. « Désir » de Frank Borzage avec Marlène Dietrich y est programmé le 1er mai 1936 pour huit semaines, tout comme « La Fille du bois maudit » d’Henry Hathaway le 17 septembre 1936 ou bien « Le Général est mort à l’aube » de Lewis Milestone le 17 décembre 1936.

Les années 1938 et 1939 sont sous le signe de la Metro-Goldwyn-Mayer avec une programmation quasi-exclusive de films du studio. La MGM signe alors des contrats de programmation avec de grandes salles d’exclusivité, par exemple en 1936 avec l’Olympia puis en 1937 et 1938 avec Le Paris sur les Champs-Elysées. Ces salles n’affichent alors que des productions du studio américain sous l’intitulé « La Grande saison MGM ».

A la déclaration de la guerre, le Marbeuf, comme de nombreuses salles, présente un film français en reprise chaque semaine. Pendant l’Occupation, le cinéma devient une salle d’exclusivité de prestige compensant la réquisition des cinémas voisins Marignan et Le Paris tous deux transformés en Soldaten-Kino.

La production allemande de Veit Harlan « Cœur immortel » y est donnée le 6 octobre 1941 pour dix semaines. Le Marbeuf fonctionne alors en duo avec la prestigieuse salle du cinéma Marivaux pour la sortie de grands succès en ces temps obscurs. Citons « Pontcarral, colonel d’empire » de Jean Delannoy le 23 décembre 1942, « Monsieur des Lourdines » de Pierre de Hérain le 9 juin 1943, « Ademaï bandit d’honneur » de Gilles Grangier le 1er septembre 1943, « Le Colonel Chabert » de René Le Hénaff avec Raimu ou « Premier de cordée » de Louis Daquin le 23 février 1944. L’importance commerciale des films programmés attire les foules au cinéma de la rue Marbeuf.

Le Marbeuf, un cinéma tourné vers l’Art et Essai.

A la Libération, le Marbeuf retrouve sa vocation d’avant-guerre: la programmation de films américains en version originale, parmi lesquels « Citizen Kane » et « La Splendeur des Amberson » d’Orson Welles les 3 juillet et 20 novembre 1946.

Les années 1950 voient l’affiche du Marbeuf se tourner vers l’Art et Essai avec des films comme « De l’or en barres » de Charles Crichton le 21 décembre 1951, « Bienvenue Mr Marshall » de Luis Garcia Berlanga le 17 juillet 1953, « Cendres et diamant » d’Andrzej Wajda le 6 novembre 1959 ou bien « La Nuit du chasseur » de Charles Laughton le 9 mai 1956 qui sort au seul Marbeuf pour une courte exclusivité de deux semaines avec quelques 6530 spectateurs. La postérité du chef d’oeuvre de Laughton effacera l’échec commercial à sa sortie.

Jean-Jacques Meusy nous rappelle dans « Ecrans Français de l’Entre-Deux-Guerres » que Boris Vian a une attaque cardiaque fatale dans la salle du Marbeuf le 23 juin 1959. Âgé de 39, le poète assistait à une projection privée du film tiré de son œuvre « J’Irai cracher sur vos tombes » réalisé par Michel Gast. Il semble que Vian soit en fait décédé dans une salle de vision qui se trouvait dans la cour du bâtiment, salle qu’on surnommait le petit Marbeuf.

Ci-dessus: la façade du Marbeuf en 1964.

Au cours des années 1960, la programmation du Marbeuf proposent des films commerciaux et des films d’auteurs. « Divorce à l’italienne » de Pietro Germi, « Eva » de Joseph Losey, « A travers le miroir » d’Ingmar Bergman ou bien « Le Procès » d’Orson Welles alternent avec les productions des studios américains. A la fin des années 1960,  la chute de la fréquentation est importante malgré quelques exclusivités comme « Le Bal des vampires »  de Roman Polanski à l’affiche le 31 janvier 1968 ou « Théorème » de Pier Palo Pasolini le 29 janvier 1969. Après l’exclusivité au Marbeuf du « Macbeth » de Polanski débutée le 26 mai 1973, la salle ferme pour être transformée en un multisalles.

Ci-dessus: « Eva » de Joseph Losey au Marbeuf ainsi qu’au Publicis, au Vendôme et au Gaumont Rive-Gauche.

Le nouveau multisalles UGC Marbeuf.

En 1973, le cinéma, transformé en un complexe de cinq salles, rouvre ses portes. Réalisé par l’atelier Georges Peynet, le Marbeuf devient, avec le cinéma Lincoln, la référence de l’Art & Essai sur les Champs Elysées A cette époque, le Balzac est encore une salle généraliste.

La grande salle de 317 fauteuils du nouveau complexe occupe l’ancien orchestre de la salle unique, les autres salles logent dans l’ancien balcon et le bar. Elles comptent 151, 90, 80 et 42 fauteuils.

Ci-dessus: la façade du cinéma UGC Marbeuf à Paris en 1977.

Ci-dessus: la salle 1 du cinéma UGC Marbeuf à Paris en 1973.

Ci-dessus: la salle 2.

Ci-dessus: la salle 3.

Ci-dessus: la salle 5.

Ci-dessus: le hall de l’UGC Marbeuf.

Ci-dessus: la façade de l’UGC Marbeuf en 1973 avec son enseigne à la typographie inventive. On remarque, avec celle d’UGC, l’enseigne du réseau des cinémas Nef.

La riche programmation du Marbeuf connaît de francs succès avec des films comme « Cris et chuchotements » de Bergman ou « Aguirre, la colère de Dieu » de Werner Herzog.

Au cours des années 1980, l’UGC Marbeuf est une salle de prolongation des prestigieux cinémas du réseau, tous implantés sur les Champs-Elysées: l’UGC Champs-Elysées, le Normandie, l’Ermitage, le Triomphe.

Les entrées du Marbeuf chutent d’une manière prononcée, UGC ferme définitivement son cinéma au cours de l’été 1986. Cette année-là, d’autres salles parisiennes baissent leurs rideaux: le Marivaux, l’Olympic, le Calypso, le Neptuna, le Concordia…

Le cinéma est aujourd’hui remplacé par un restaurant, le garage Citroën par une agence de publicité.

Ci-dessus: L’immeuble du garage Citroën Marbeuf hébergera le cinéma dans son sous-sol.

Ci-dessus: « La Force des ténèbres » à l’affiche du Marbeuf.

Ci-dessus: « Monika et le désir » aux cinémas Marbeuf et Vendôme.

Ci-dessus: Raimu dans « Le Colonel Chabert » au Marbeuf.

Ci-dessus: « Citizen Kane » à l’affiche du Marbeuf.

Sur le même thème:

Les Champs-Elysées et les salles de cinéma.

Remerciements: M. Thierry Béné. 
Documents : La Cinématographie française, Le Film français, site Gallica de la BnF.

2018-10-08T12:48:33+00:00 18 août 2018|

Un commentaire

  1. Thierry 4 septembre 2018 à 17 h 44 min

    Information complémentaire:
    Une polémique a eu lieu lors de la cession des salles par l’état. Suite à une virulente attaque dans le journal « Le Monde », où UGC est accusé de s’accaparer aux frais du contribuable le dernier secteur public cinématographique, Jean Charles EDELINE s’explique dans LE FILM FRANCAIS du 28/12/73. Il parle entre autres de l’effort de diversification qui conduit UGC en association avec la N.E.F de créer le complexe MARBEUF de façon à pouvoir assurer la promotion du film de qualité. Il s’explique sur le lien UGC/NEF, pointant qu’UGC a toujours eu des relations privilégiées avec le cinéma d’Art & Essai, en particulier la combinaison BIARRITZ/URSULINES a été le premier circuit de films de qualité (En termes de fréquentation). La NEF, elle avait choisi la production et accédait à la diffusion pour assurer à ses propres films une sortie et une rentabilité. L’association avec UGC permettait à la NEF de diffuser ses films dans l’ensemble de la France. La création conjointe du MARBEUF s’est faite dans ce contexte.

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