Invité durant les vacances d’été dans la somptueuse propriété familiale de Brandham Hall, Leo Colston devient aux yeux des adultes le « postier » et même « Mercure ». Du haut de ses 13 ans, le jeune garçon est secrètement attiré par la belle Marian (Julie Christie), la grande sœur de son hôte et camarade de classe Marcus, fiancée au vicomte Hugh Trimingam. En cet été du début du XXè siècle, Leo observe le manège amoureux des adultes et devient petit à petit leur instrument.

Le cinéaste américain Joseph Losey (1909-1984) bénéficie d’une heureuse redécouverte de son œuvre désormais restaurée et projetée dans les salles. Après Mr. Klein (1976), Cérémonie secrète (1968) et Temps sans pitié (1957), voici le tour de l’auréolé Le Messager (The Go-Between, 1971) de retrouver le chemin du grand écran dans une superbe version 4K distribuée par Les Acacias.

Les rapports de classe sont l’un des thèmes de prédilection de Losey. Dans Le Messager, ils y sont d’autant plus exacerbés qu’ils sont vus des yeux naïf de l’enfant, dont le rang social est inférieur à celui de la grande aristocratie anglaise dans laquelle il évolue. Les codes sociaux et la manipulation des adultes lui échappant totalement, le jeune adolescent vit cet été-là l’apprentissage douloureux du monde des adultes ainsi que la découverte mystérieuse et excitante de la sexualité.

Adapté du roman de Leslie Poles Hartley par Joseph Losey et son scénariste Harold Pinter, dont ce sera la dernière collaboration, Le Messager est sous son apparent académisme une tragédie poignante et étouffante dans laquelle le monde dominateur du mâle aristocrate mâte autant la femme que le peuple à son service. La plèbe est ici représentée par le puissant et sexué Ted Burgess (Alan Bates).

Accompagnée de la belle partition de Michel Legrand, la Palme d’or du Festival de Cannes 1971 donne l’occasion de revoir le touchant Michael Redgrave qui jouait déjà le personnage principal de Temps sans pitié et de retrouver la douce Julie Christie.