A Saint-Emilion, Paul de Marseul, la soixantaine passée, est l’autoritaire propriétaire du vignoble Clos de l’Abbé. Les relations avec son fils Thomas, qui compte un jour lui succéder, sont des plus tendues. Le retour de Philippe, le fils de son régisseur, n’arrange en rien les choses: Philippe est certainement le fils que Paul aurait souhaité avoir…

Gilles Legrand, le réalisateur entre autres du touchant « Malabar Princess »- l’un des derniers rôles de Jacques Villeret – est également un brillant producteur à ses heures: des films de Patrice Leconte à ceux de Jean-Pierre Jeunet, il a su observer les jeux d’acteurs et le goût de la mise en scène léchée. La caméra de « Tu seras mon fils » est d’une belle élégance, la confrontation Niels Arestrup-Lorant Deutsch assez captivante. Paul de Marseul, avec ses yeux bleus et sa chevelure blanche, ne cache pas le mépris qu’il a pour son fils. Le réalisateur va au bout de son sujet et pose une question taboue: comment peut-on détester à ce point son propre enfant, et son seul héritier? Décidément Niels Arestrup, après « Un Prophète » et  « Je n’ai rien oublié » est au sommet de son art dans ses rôles de patriarche irascible.

Autour du tyrannique Paul de Marseul / Niels Arestrup, le cultivé Lorant Deutsch (il fait de plus en plus penser à Fabrice Luchini avec son talent de conteur) tient solidement son rôle. Quelques rôles secondaires sont de trop (la femme du régisseur, le corps médical): on aurait voulu que le cinéaste et sa brillante scénariste Delphine de Vigan (auteur du brillant livre « Rien ne s’oppose à la vie ») se concentrent pleinement sur son sujet et soit davantage suggestif. Parmi le duo, on retrouve avec plaisir Patrick Chesnais, la piquante Anne Marivin et le talentueux Nicolas Bridet (belle prestance).

Armand Amar compose une belle musique (on sent l’influence de Wojciech Kilar, notamment de la bande original de « We Own the Night ») et la reprise des Mots Bleus de Christophe par Alain Bashung est une perle.

Tourné dans les vignes du Grand Cru Château Clos Fourtet, 1er Grand Cru Classé Saint-Emilion, « Tu seras mon fils » aborde de manière assez subtile cette haine d’un père pour son fils, dans l’univers difficile qu’est la viticulture, avec tout ce que cela implique: rigueur, expertise et surtout transmission d’un patrimoine ultra valorisé.

Verdict: un film honorable avec de bons comédiens. On ressort de la salle en se disant qu’on aimerait pas avoir Paul de Marseul / Niels Arestrup comme père…

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