Retour sur « Chronique d’un été » de Jean Rouch et Edgar Morin, 50 ans plus tard…

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Retour sur « Chronique d’un été » de Jean Rouch et Edgar Morin, 50 ans plus tard…

Il est des moments marquants dans l’histoire du cinéma. « Chronique d’un été » (1961) fait partie des ces films qui ont posé les jalons du cinéma. « Chronique d’un été », co-réalisé par le cinéaste-ethnologue Jean Rouch et le sociologue Edgar Morin, a jeté les bases du « cinéma direct », le documentaire « à chaud » en quête de la vérité. Le chef-opérateur Raoul Coutard, célèbre pour son travail auprès des cinéastes de la nouvelle vague, participait également à ce film. Cinquante ans plus tard est sorti « Un été + 50 » qui, au travers des protagonistes, raconte les dessous du projet.

Au Luxy, le cinéma de centre-ville d’Ivry-sur-Seine (94), s’ouvre en cette période d’élections présidentielles un festival de films s’interrogeant sur les questions politiques. « Chronique d’un été » et sa suite « Un été + 50 » ouvrent le bal du festival « Le Luxy bat la campagne ».

Retour sur une soirée forte en émotion avec la compagnie de la réalisatrice Florence Dauman et de Nadine Bellot. Le directeur du cinéma Luxy, Jean-Jacques Ruttner, nous présente cette soirée cinématographique qui s’ouvre par le film de Jean Rouch et d’Edgar Morin. Pour celles et ceux qui ne l’ont pas encore vu, « Chronique d’un été » part d’une idée toute simple: interroger, durant l’été 1960, quelques parisiens avec les questions: « Es-tu heureux? », « comment vis-tu? ». Questions saugrenues pour certains, tandis que d’autres répondent et se confient parfois sans pudeur à la caméra (chose quasi inédite à l’époque).

Chronique d’un été (1960):

En ce début de la décennie 1960, nous sommes à l’époque des Trente Glorieuses: le monde change, la France s’enrichit, Mai 68 est proche. Mais l’idée du bonheur semble lointaine: les ouvriers ont des conditions de travail archaïques, les étudiants refusent de partir pour la Guerre d’Algérie, l’Afrique subit des troubles, le syndrome des camps de concentration de la dernière guerre est indélébile pour l’une des protagonistes. En 1h30, un véritable petit miracle s’opère à l’écran parmi l’équipe qui entoure les deux cinéastes complices: les jeunes gens discutent, se découvrent, se disputent, s’ignorent et sont parfois animés de sentiments amoureux.

C’est la magie de « Chronique d’un été »: le film est certes ancré dans son époque, mais les problèmes de cette jeunesse d’avant 68 renvoient à notre monde chaotique. Saluons la grande honnêteté des cinéastes qui disent avoir échoué dans leur entreprise. Edgar Morin lâche d’ailleurs cette conclusion amère: « Mon rêve que ce film aboutisse sur la compréhension générale des uns avec les autres a échoué. Mais sa réussite finalement a été de montrer la difficulté de se comprendre les uns les autres ».

Ci-dessus: Angelo et Landry dans « Chronique d’un été » de Jean Rouch et Edgar Morin.

Un été + 50 (2011):

L’acte 2, après un buffet proposé par le cinéma Luxy, démarre par le film « Un été + 50 », réalisé par Florence Dauman, fille du producteur Anatole Dauman. La cinéaste a retrouvé certains des protagonistes, certes vieillis, mais toujours bon pied bon œil!  D’abord le toujours passionnant Edgar Morin qui commente son amitié avec Jean Rouch et les dessous du film. Plus de vingt heures de pellicules (!) ont nécessairement conduit à un montage forcément frustrant aux yeux du philosophe. Marceline Loridan, qui épousera le cinéaste Joris Ivens, mettra plus tard en scène ses souvenirs de déportation à Auschwitz-Birkenau, à Bergen-Belsen et à Theresienstadt à travers son film « La petite prairie aux bouleaux » (2002). Régis Debray, jeune étudiant à l’époque, revient cinquante ans plus tôt: « Nous étions vraiment une bande de la petite bourgeoisie intellectuelle qui macérions un peu dans notre parisianité… L’ouvrier était un peu exotique, c’était à la fois une référence omniprésente mais abstraite, conceptuelle… On vivait tout de même dans l’Histoire ».

Ci-dessus: Nadine Bellot et la réalisatrice de « Un été + 50 », Florence Dauman.

Que sont devenus les autres membres de cette attachante « famille »? Nadine Ballot, toujours aussi sublime, s’est déplacée au Luxy ce soir-là pour dévoiler quelques anecdotes: Angelo et Landry se connaissaient avant la scène de l’escalier, alors qu’ils prétendaient faire soudain connaissance au cours de cette scène… Elle nous raconte que Landry, son ami sénégalais, est retourné au pays pour y gérer une exploitation. Marilu Parolini a été la compagne de Jacques Rivette et vit actuellement en Italie. Jean-Pierre Sergent a fondé le magazine « Ça m’intéresse ». L’ouvrier Angelo reste quant à lui introuvable…

2012-07-16T09:40:22+00:00 1 février 2012|

2 Commentaires

  1. Hernan Rivera 29 juillet 2017 à 14 h 30 min

    Bonjour,
    Dans mon film « A propos d’un été » n’apparait pas le couple Gabillon. Je savais que lui était décédé mais Simone, je l’ai cherchée sans succès. Le Jacques qui est dans mon film est Jacques Gautrat alias Daniel Mothé, un des ouvriers de chez Renault, le plus politisé et clair dans son discours.
    Peut intéresser au Luxy la projection du film « A propos d’un été »? maintenant qu’on fête le centenaire de la naissance de Jean Rouch.

  2. Pierre Jentreau 7 juillet 2017 à 9 h 58 min

    Bonjour,

    Que sont devenus Simone et Jacques ( et leur fils de dos ) ? Nous les voyons dans leur appartement autour d’ une table, abondamment garnie, et entourés. Simone, plutôt positive, Jacques se livrant à une analyse de la société et  » la contrainte  » de s’ adapter.
    Je n’ avais pas12 ans à l’ époque.Cette scène m’ a touché, parce qu’ on se retrouve là 15 ans après la guerre, Marceline en est le témoin, dans cet appartement témoin spatial, lui, d’ un Paris qui disparaît ( la destruction des Halles n’ est pas loin, 68 et l’ après-68, la Tour Montparnasse, les chantiers de la Défense, le RER à Auber ).
    Ce passage est touchant à mes yeux: Simone incarne à la fois la femme t sortie de sa condition de femme au foyer, sort de pas mal d’ entre elles, mais dont le discours en fait une d’ héritière de la tradition: mariée, aimante de son mari et son enfant, satisfaite d’ être logée décemment et d’ avoir une situation ( comme on disait ), fût-elle modeste.
    Jacques, lui, est conscient qu’ une part de lui-même est confisquée par la société. S’ y adapter est la seule porte de sorte. Même si ça lui en coûte. Il est porteur d’ un discours que nous, ceux de 68, connaîtront bien.
    Je suis obsédé par ce qu’ ils sont devenus.
    Hernán Rivera est revenu sur 4 des protagonistes dans  » A Propos d’ un été « , 50 ans plus tard. Je ne l’ ai pas encore vu. Jacques s’ y trouve. Mais Simone ?
    Pardonnez-moi si vous trouvez ma question anecdotique.
    Pierre Jentreau

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