C’est un film teinté d’une aura particulière qui ressort en version restaurée sur le grand écran grâce à Solaris et Les Films du Jeudi. Martin Roumagnac (1946) est l’unique film qui réunit Marlene Dietrich et Jean Gabin, dont l’idylle date de quelques années plus tôt, lorsque les deux vedettes se rencontrent à Hollywood. C’est aussi après ce succès – 2,4 millions de spectateurs – que le couple à la ville comme à l’écran se sépare.

On pourrait penser que le film de Georges Lacombe est inspiré d’une œuvre de Georges Simenon, tant les thèmes de prédilection du romancier fleurissent: les rapports de classe, la sexualité, la fuite. Martin Roumagnac est pourtant adapté du roman éponyme du journaliste Pierre-René Wolf que Georges Lacombe adapte avec talent, sauf dans la dernière partie du film, celle du procès, laborieuse et démonstrative.

Dans une petite ville de province comme il en existe des milliers, le petit microcosme social s’agite autour de ses inébranlables piliers que sont le café, le clocher, la grande rue et la salle des fêtes. L’entrepreneur Martin Roumagnac (Jean Gabin), vieux célibataire qui vit avec sa sœur, tombe follement amoureux de Blanche Ferrand (Marlene Dietrich), une veuve d’origine étrangère. La belle, qui étouffe et ne rêve que de fuite, vit une liaison avec un riche consul (Marcel Herrand), dont la femme est mourante.

Georges Lacombe décortique méticuleusement la vie provinciale – le film est tourné à Saint-Dizier- avec ses intrigues et ses commérages. Là où le réalisateur montre un talent particulier, c’est dans la tension sexuelle qui émane des deux esseulés, au match de boxe ou dans un champs à la campagne. Une société où chaque rôle est défini ne peut satisfaire nos deux protagonistes vraisemblablement issus du même milieu, même s’il est nié par Blanche, cette femme courageuse précurseur du féminisme.

Une étonnante découverte avec des scènes magistrales, même si la dernière partie ne tient pas toutes ses promesses.