Adresse: 136 La Canebière à Marseille (Bouches-du-Rhône)
Nombre de salles: 1

Un nouveau cinéma de 530 fauteuils ouvre sur La Canebière en ce 15 décembre 1949, le Meilhan. La salle créée par l’architecte Georges Peynet doit son nom aux anciennes allées situées sur les hauteurs de la Canebière. Les architectes marseillais Louis Poutu et Joseph Lajarrige assistent le maître parisien, notamment en ce qui concerne la décoration de la salle. Pour créer le Meilhan et donner un accès de la salle directement sur la Canebière, les architectes déplacent l’entrée de l’immeuble qui l’abrite et l’utilisent pour le cinéma qui fait désormais hall commun avec le cinéma Capitole, le grand cinéma voisin ouvert en 1926. C’est la Société de Gestion et d’Exploitation du Cinéma (S.O.G.E.C.), ancienne société aux capitaux allemands créée en 1940 puis nationalisée à la Libération, qui ouvre le Meilhan aux côtés de la prestigieuse salle du Capitole située au 138 La Canebière et également propriété de la SOGEC.

Dans son numéro du 7 janvier 1950, la revue La Cinématographie française à travers son journaliste P.A. Buisine relate l’inauguration du cinéma Meilhan: « Passé la caisse et les doubles portes d’acajou, aux poignées en ferronnerie, on pénètre dans l’atrium. De formes semi-ovales aux revêtements en plaque d’acajou couvrant les murs, de cet atrium se dégage à gauche, un escalier à double révolution, donnant accès au mezzanine. Les marches très larges et d’un mouvement doux, sont bordées par une rampe formée de double tubes niellés de teinte sombre. Le sol est garni de larges dalles de marbre blanc. L’accès à l’orchestre se fait par des doubles portes battantes de chaque côté de l’atrium et donnant dans le fond de la salle, sous le balcon. Deux larges passages vont jusqu’à l’écran divisant les fauteuils en trois groupes. L’accès au mezzanine se fait de la même manière, de part et d’autre de la cabine. Les dégagements de secours prennent sur le côté droit pour aboutir à une rue latérale. La cabine est équipée d’appareils Brockliss-Simplex avec lanterne Reinarc et lecteur de son R.C.A. L’écran est en Amiaplastic. Les haut-parleurs sont de type multi-cellulaire. La salle de tonalité ocre or et marron. Les murs sont recouverts de tissus d’amiante ocre or et la retombée est en Tapisum marron. Les tapis sont également au Tapisium brun foncé. Le rideau de scène est de teinte ocre-or en soie de verre. Le cadre de scène aux lignes sobres, se fond dans la perspective arrondie de la scène-écran. Les fauteuils de couleur vert-Nil sont en cuir du modèle Pullman, à dossier oscillant de la Maison Gallet. L’éclairage de la salle est entièrement indirect par tubes néon dans les gorges. Celui de l’atrium est par appliques et tubes luminescents (…) La climatisation se fait par pulsion d’air régénéré par pulvérisation d’eau ».

Le circuit S.O.G.E.C. nomme à la tête du cinéma M. Bucamp pour exploiter le Meilhan dont la salle compte 398 fauteuils à l’orchestre et 132 fauteuils à la mezzanine. Permanent de 14 heures à minuit, le Meilhan affiche un prix unique de 130 francs et propose des exclusivités en première vision programmées le temps que dure le succès du film, à la différence des cinémas d’exclusivité marseillais qui, en général, ne gardent les films qu’une semaine ou deux.

Cinéma Meilhan à Marseille

Ci-dessus: la façade du Meilhan en 1949 avec à l’affiche le film inaugural « Le Troisième homme » de Carol Reed.

Cinéma Meilhan à Marseille

Ci-dessus: plan de coupe du cinéma Meilhan.

C’est doté du slogan « les plus grandes exclusivités cinématographiques dans un cadre de luxe et de confort » que le Meilhan est inauguré avec, pour son premier film à l’affiche, et non des moindres, « Le Troisième homme » de Carol Reed. Le cinéma se positionne, à l’instar du cinéma Biarritz à Paris, comme une salle de première exclusivité proposant des films en vue d’une exploitation de plusieurs semaines. « Le Troisième homme », par ailleurs sorti au Biarritz, est auréolé du Grand Prix du Festival de Cannes et réunit 95.082 spectateurs marseillais en douze semaines d’exploitation, en version originale sous-titrée puis en version doublée. Il est suivi le 8 mars 1950 par le film réalisé et interprété par Sacha Guitry « Aux Deux colombes » puis, le 29 mars 1950, par « Riz amer » de Giuseppe De Santis, en version originale, avec Silvana Mangano.

Le Meilhan accueille le 10 mai 1950 la première exclusivité de « Nous irons à Paris » de Jean Boyer. Malgré une capacité moindre que le Capitole, le Pathé-Palace, le Rex ou l’Odéon, le Meilhan parvient à enregistrer pour ce film un nombre considérable d’entrées. La seconde exclusivité du film a lieu au Pathé-Palace et au Cinévog. Suivent ensuite sur l’écran du Meilhan « La Marie du port » de Marcel Carné avec Jean Gabin, Nicole Courcel et Blanchette Brunoy le 20 septembre 1950, « Macbeth » de et avec Orson Welles le 18 octobre 1950, « La Ronde » de Max Ophüls le 1er novembre 1950 ou encore « Toâ » de Sacha Guitry le 6 décembre 1950.

« Autant en emporte le vent » en exclusivité à Marseille au cinéma Meilhan.

Le grand événement cinématographique de Marseille a lieu le 28 février 1951 avec la sortie, en exclusivité dans la salle du Meilhan, de l’adaptation du roman de Margaret Mitchell « Autant en emporte le vent » réalisée par Victor Fleming. Cette exclusivité marseillaise et dans le sud de la France, prévue pour une longue durée, provoque une hausse du prix des places: porté à 500 francs et 600 francs – contre 120 et 150 francs, ce tarif est jusque-là inédit dans le monde du cinéma et du spectacle. Le film enregistre 43.353 entrées en douze semaines pour sa première sortie au Meilhan puis est repris en 1952 dans une salle populaire près de la gare, l’Etoile, qui suit la même politique tarifaire voulue par son distributeur la Metro-Goldwyn-Mayer. En terme d’entrées, le film de Victor Fleming ne bat cependant pas tous les records; ce sont davantage les recettes enregistrées du film à travers la France – et plus particulièrement au Meilhan de Marseille – qui atteignent les meilleurs résultats financiers de l’exploitation de l’année 1951. A partir de 1955, le film revient dans une exploitation classique avec toutefois une majoration de 50% du prix des places habituelles. Le 9 mai 1951, le film sort au cinéma Forum à Nice alors que sa dernière semaine d’exclusivité est entamée au Meilhan.

AUTANT EN EMPORTE LE VENT

Ci-dessus: « Autant en emporte le vent » de Victor Fleming, « le film qu’il faut voir ou revoir » reste trois mois à l’affiche du Meilhan.

LE PETIT MONDE DE DON CAMILLO

Ci-dessus: Fernandel triomphe dans le film de Julien Duvivier, dialogué par René Barjavel, « Le Petit Monde de don Camillo » sur les écrans marseillais du Rex, du Français et du Meilhan.

Pour la sortie à Marseille le 21 novembre 1951 de « Samson et Dalila » de Cecil B. DeMille, le Meilhan est associé au Rex ainsi qu’au Français. La même combinaison de salles est prévue à partir du 1er octobre 1952 pour la sortie triomphale en exclusivité du film de Julien Duvivier « Le Petit Monde de don Camillo ».

La S.O.G.E.C. utilise plus tard l’écran du Meilhan pour les prolongations d’exclusivités qui sont précédemment à l’affiche, durant une ou deux semaines seulement, dans les grandes salles marseillaises comme celle du Capitole. Le Meilhan programme notamment les prolongations le 4 mars 1953 des « Feux de la rampe » de Charles Chaplin et le 1er avril 1953 du « Boulanger de Valorgue » d’Henri Verneuil avec Fernandel. En cette année 1953, le film documentaire de Christopher Fry « Une Reine est couronnée » – qui relate le couronnement d’Elisabeth II d’Angleterre le 2 juin – sort dans les salles quelques jours plus tard, le 12 juin. La sortie du film, précédée d’une importante promotion, amène quelques 48.157 spectateurs assister, durant cinq semaines, au sacre d’une monarque dont la longévité exceptionnelle restera dans les anales.

Au cours de ces années 1950, l’affiche du Meilhan alterne les sorties en première vision et les secondes visions qui proviennent du Capitole et du Rialto, les deux cinémas fonctionnant alors en tandem d’exclusivité. Parmi les continuations à l’affiche du Meilhan, citons la semaine du 25 novembre 1953 « Le Bon Dieu sans confession » de Claude Autant-Lara avec Danielle Darrieux, la réédition du chef d’oeuvre de Charles Chaplin « Les Temps modernes » la semaine du 13 octobre 1954, « La Comtesse aux pieds nus » de Joseph L. Mankiewicz avec Ava Gardner le 6 juillet 1955, « Les Héros sont fatigués » d’Yves Ciampi avec Yves Montand le 25 novembre 1955 et, pour les sorties en première exclusivité, le film documentaire « Le Désert vivant » de James Algar pour Walt Disney Productions à partir du 8 décembre 1954 ou bien une version italienne de « Roméo et Juliette » de Renato Castellani le 16 novembre 1955.

Ci-dessus: « La Grande prairie » , un documentaire des studios Disney, à l’affiche du Meilhan le 14 décembre 1955.

Après plusieurs semaines de fermeture durant l’été 1955, le Meilhan rouvre ses portes le 24 août équipé de nouvelles technologies avec, à l’affiche pour sa réouverture, le western réalisé par Robert Aldrich et projeté en Superscope « Vera Cruz ». Pour les fêtes de fin d’année, alors que le nouveau dessin animé de Walt Disney « La Belle et le Clochard » sort dans les salles de l’Odéon, du Majestic et du Cinévog, le Meilhan, propose le documentaire de la maison Disney « La Grande prairie » de James Algar. Se succèdent sur son écran, entre autres, l’exclusivité de « Marcelin, pain et vin » de Ladislao Vajda le 9 mai 1956, « Mais qui a tué Harry ? » d’Alfred Hitchcock le 5 décembre 1956 et les continuations de « Picnic » de Joshua Logan avec Kim Novak et William Holden le 21 novembre 1956.

Le 12 décembre 1956, « Les Journées du cinéma tchécoslovaque » sont lancées dans la cité phocéenne avec une réception à l’intention de la presse et des exploitants régionaux suivie d’une conférence de presse de l’ambassadeur de la Tchécoslovaquie en France. C’est au Meilhan qu’ont lieu les projections de films avec, parmi ceux du programme, « Le Prague de Mozart » et « Ça c’est du cirque ! » d’Oldrich Lipsky et « La Sentinelle oubliée » de Jiří Makovec et « La Conscience » de Jiří Krejčík.

Dès l’année 1957, le Meilhan se positionne en salle de seconde vision avec au programme un film en prolongation chaque semaine, excepté pour de gros succès comme « Un Roi à New York » de Charles Chaplin qui, bénéficiant d’une sortie dans trois des plus grandes salles de Marseille le Rex, le Capitole et l’Odéon, voient ses continuations au Meilhan dès le 6 novembre 1957. « Guerre et Paix » de King Vidor, joué en exclusivité au Capitole et à l’Odéon, est lui aussi prolongé au Meilhan dès le 27 novembre 1957.

Précédemment présenté à Paris avec un immense succès, la Columbia lance à Marseille la sortie du film de David Lean « Le Pont de la rivière Kwaï »  le 5 février 1958. Le film est programmé au Rex, au Capitole et au Français mais ne reste qu’une seule semaine dans les deux salles de la Canebière, la seconde semaine se déroulant au Rex et au Meilhan. Pour sa troisième semaine d’exploitation qui débute le 19 février 1958, le film est à l’affiche uniquement au Meilhan et y est projeté durant 34 semaines jusqu’au 7 octobre 1958. Suivent à partir du 4 mars 1959 les continuations du film de Cecil B. DeMille « Les Dix Commandements ».

Ci-dessus: « Le Pont de la rivière Kwaï » de David Lean à l’affiche du Meilhan à partir du 12 février 1958 pour une exploitation de 34 semaines.

En cette fin des années 1960, l’écran du Meilhan accueille de nouveau des films en exclusivité avec, par exemple, « Babette s’en va-t-en guerre » de Christian-Jaque avec Brigitte Bardot le 7 octobre 1959 en combinaison avec le Rex et le Français, « Orfeu Negro » de Marcel Camus le 4 novembre 1959 ou encore « Au risque de se perdre » de Fred Zinnemann avec Audrey Hepburn le 17 février 1960. A ces premières visions s’ajoutent des continuations comme « Le Milliardaire » de George Cukor avec Marilyn Monroe et Yves Montand le 30 novembre 1960 ou « Psychose » d’Alfred Hitchcock avec Anthony Perkins et Janet Leigh le 15 février 1961.

Le Meilhan ferme ses portes du 6 au 26 septembre 1961 pour subir des travaux de transformation et d’aménagement. La Cinématographie française commente la réouverture du cinéma de La Canebière: « Les transformations donnent à cette salle un aspect neuf, coquet et des plus modernes. Le grand hall commun avec le Capitole donne accès à un élégant et chaud foyer aux murs lambrissés d’acajou foncé, traité au polystyrène avec appliques spécialement créées s’harmonisant à l’ensemble. Le sol est en dalles de Comblanchien. A gauche s’amorce un large escalier dont la courbe adoucie mène au foyer du balcon conçu dans le même style. Des portes à double vantaux donnent un accès direct à l’orchestre de part et d’autre du fond de la salle, supprimant tout bruit de l’extérieur. La salle descente en pente douce vers un écran de forme ovale. Les rideaux de scène sont de teinte gris perle. Les soubassements des murs latéraux sont recouverts de « Tapiflex » rouge granité noire. La partie supérieure est recouverte de panneaux en décrochement latéral en soie de verre gris perle brochée argent. Des appliques en dalle de vert éclaté au monogramme gravé « U.G.C. » fournissent un éclairage d’ambiance. Des tubes luminescents sont dissimulés dans les décrochements d’un plafond blanc ivoire qui des volutes, de l’écran vers le fond de la salle. Devant l’écran un plafond de teinte rouge « Opéra » abrite des plots lumineux. Il en est de même sous le balcon. La rampe du balcon, de forme recourbée, se termine par une large bande de revêtement « cuivre rouge ». Les fauteuils des Etablissements Gallay, rouge groseille sont recouverts de tissu Pirelli sur une épaisseur de caoutchouc mousse. Ils sont larges, confortables et bien espacés. Les passages sont recouverts de moquette, le sol est en parquet de chêne. La disposition de la salle permet une excellente vision, aussi bien des 420 places de l’orchestre que des 100 places du balcon ».

La salle embellie rouvre avec le film d’Alain Resnais « L’Année dernière à Marienbad » qui, en quatre semaines, réalise 18.098 entrées. Le Meilhan accueille ensuite les prolongations du film « Les Canons de Navarone » de Jack Lee Thompson sorti auparavant en exclusivité au Capitole. Le film tient l’affiche au Meilhan durant 27 semaines. L’événement de l’année 1962 est la sortie en exclusivité à Marseille de « West Side Story » le 24 octobre. Par la suite, la programmation éclectique du cinéma alterne les exclusivités – « Le Procès » d’Orson Welles le 6 mars 1963, « Le Journal d’une femme de chambre » de Luis Buñuel le 11 mars 1964, « Le Désert rouge » de Michelangelo Antonioni le 10 février 1965 – et les prolongations, entre autres « La Grande Évasion » de John Sturges le 30 octobre 1963, « Le Gendarme de Saint-Tropez » de Jean Girault le 25 novembre 1964 ou « Le Gendarme à New York » du même réalisateur le 24 novembre 1965.

Ci-dessus: « Les Canons de Navarone » de Jack Lee Thompson à l’affiche du Meilhan le 25 octobre 1961.

Ci-dessus: « West Side Story » à l’affiche du Meilhan le 24 octobre 1962.

Ci-dessus: « Le Procès » d’Orson Welles à l’affiche du Meilhan le 6 mars 1963.

Le Meilhan intégré à l’UGC Capitole.

Le Meilhan assure la sortie exclusive le 2 mars 1966 de « Mary Poppins » de Robert Stevenson, le 23 novembre 1966 de « Falstaff » d’Orson Welles, le 14 juin 1967 de « Blow-Up » de Michelangelo Antonioni et alterne sa programmation avec les prolongations des films du Capitole. Les films grand public ne sont pas oubliés puisque le Meilhan reprend le 13 décembre 1967 « Cendrillon » de Walt Disney et programme « Le Livre de la jungle » le 11 décembre 1968 avec le Rex et le Studio ainsi que « Borsalino » de Jacques Deray le 25 mars 1970 avec le Capitole, le Hollywood, le Majestic et le Drive-In du boulevard Desplaces.

Durant la décennie 1970, la programmation du Meilhan poursuit son orientation vers des films commerciaux, même si certaines exclusivités comme « Les Contes de Canterbury » de Pier Paolo Pasolini le 17 janvier 1973 ou « Scènes de la vie conjugale » d’Ingmar Bergman le 12 février 1975 obtiennent les faveurs de la salle. C’est avec le film de Steven Spielberg « Les Dents de la Mer » que le Meilhan joue sa dernière séance le 20 avril 1976.

Cinéma UGC Capitole à Marseille

Ci-dessus: le complexe UGC Capitole en 2000 dont l’entrée de gauche était celle du cinéma Meilhan.

Propriétaire des deux cinémas, UGC regroupe les deux sites du Meilhan et du Capitole pour ouvrir un nouveau complexe de huit salles réparties sur trois niveaux, l’UGC Capitole. Trente ans plus tard, l’UGC Capitole ferme définitivement son rideau au soir du 30 septembre 2007.

Remerciements: M. Thierry Béné
Documents: La Cinématographie française, Le Film français, Gallica BnF, Collection particulière.