Cinéma Pathé Madeleine à Marseille

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Cinéma Pathé Madeleine à Marseille

Adresse: 36 avenue du Maréchal Foch à Marseille.
Nombre de salles: 8
Cartes d’abonnement cinéma CinéPass Gaumont Pathé acceptées.

Alors que son avenir est compromis du fait de l’impossible mise aux normes d’accès pour les personnes à mobilité réduite, le Pathé Madeleine de Marseille célèbre ses quatre-vingt ans en décembre 2018.

Il est impossible d’évoquer l’ancien Ciné-Madeleine, la première enseigne du cinéma, sans évoquer Eugène Chirié (1902-1984), un architecte de salles de cinéma qui s’impose rapidement comme un incontournable concepteur de lieux dédiés au 7ème Art. La plupart de ses réalisations sont concentrées à Marseille avec, entre 1930 et 1939, pas moins de vingt-sept projets qui lui sont confiés.

Ci-dessus: l’immeuble qui abrite le Pathé Madeleine à l’angle de l’avenue du maréchal Foch et de la rue du Bosquet.

Le Ciné-Madeleine, une réalisation des années 1930 d’Eugène Chirié.

L’historienne Eléonore Marantz-Jaen dans son travail sur l’architecture de cinéma aux éditions Rives Méditerranéennes commente l’apport d’Eugène Chirié dans l’architecture des salles: « Loin des querelles d’écoles, Eugène Chirié élabore des bâtiments adaptés aux contraintes techniques de la projection cinématographique (visibilité, acoustique, projection, sécurité) sans pour autant sacrifier les dimensions symboliques du spectacle. Aussi, du point de vue architectural, la salle tout en restant au cœur du dispositif, est insérée dans un ensemble cohérent composé d’espaces satellites répondant chacun à un usage précis; accueil du public (façade, hall), lieux de sociabilité (foyer, bar), espaces de service (vestiaire), locaux techniques (cabine de projection, dépôt de films, etc.) ou administratifs. Les liens qui unissent encore les cinémas des années 1930 et les théâtres des siècles précédents sont autant de concepts et de formes architecturales pérennisés dans les réalisations d’Eugène Chirié. Ils sont observables dans la distribution spatiale (parcours architectural soigneusement mis en scène, importance des foyers, monumentalité des escaliers d’honneur), l’organisation interne des salles (hiérarchisation des places, survivance du balcon en U) et l’équipement (scène, équipements scéniques, fosse d’orchestre, rideau d’écran) ».

Ci-dessus: « Barnabé » à l’affiche du Ciné-Madeleine la semaine du 12 janvier 1939.

Ci-dessus: la salle du Ciné-Madeleine en 1938.

Alors qu’il est surtout sollicité pour des aménagements de salles préexistantes au parlant, comme la transformation du Gyptis à Marseille, du Majestic à Nîmes ou du Palace à Béziers, Eugène Chirié s’attelle désormais à la construction de nouveaux cinémas comme le Pathé-Palace à Lyon (aujourd’hui Pathé Bellecour), le Rex à Marseille et le Ciné-Madeleine que nous évoquons.

Un cinéma à l’esthétique paquebot.

L’historienne revient également sur la conception novatrice de la salle du quartier des Cinq-Avenues dans sa recherche: « Le Ciné-Madeleine est l’établissement auquel Eugène Chirié imprime le plus l’esthétique paquebot. En effet, conception architecturale et décoration semblent directement inspirées des géants des mers. L’entrée du cinéma, située à l’angle d’un îlot d’immeubles, est qualifiée de « sorte de proue qui s’avance sur l’avenue Foch ». L’horizontalité affirmée de l’élévation extérieure, les percements en forme de hublots, le porte-à-faux de la cabine de projection et les pare-soleil horizontaux sont autant d’éléments se référant à l’architecture navale. À l’intérieur, le parquetage complet du sol rappelle celui du pont des navires et les rampes tubulaires évoquent les bastingages. Dans les autres cinémas, les références à l’architecture navale sont plus ponctuelles. La forme circulaire des hublots se retrouve aussi bien dans les percements en façade (Palace à Avignon, Oddo à Marseille, Cinévog à Toulon, Rex à Bastia, Vox à Berre), que dans la décoration ou le mobilier ».

Ci-dessus: le film de Jean Grémillon « L’Etrange monsieur Victor » avec Raimu inaugure la salle du Ciné-Madeleine.

C’est le 15 décembre 1938 avec le film de Jean Grémillon « L’Etrange monsieur Victor », un des meilleurs rôles de Raimu, que le Ciné-Madeleine ouvre ses portes au public. Le quotidien « Le Petit marseillais » du 16 décembre 1938 revient sur l’inauguration du nouveau cinéma: « Tout le monde exprimait son admiration devant ce nouvel établissement qui a réellement été conçu à l’image de ce quartier, qui en fait un des plus beau quartier de notre ville… Un orchestre comprenant de nombreux musiciens ouvrit la séance par des morceaux entraînants et pleins d’éclat qui contribuèrent à créer l’atmosphère de gaîté et d’harmonie… Notre grande vedette Berval était venue spécialement de Paris pour apporter son concours à cette soirée. Il se fit l’interprète de la société Ciné-Madeleine pour faire connaître les constructeurs de cette belle salle et exprimer au personnel ouvrier qui y avait travaillé la gratitude et les remerciements de la société ».

Le Ciné-Madeleine est alors un cinéma de quartier qui programme des œuvres sorties quelques semaines plus tôt et en exclusivité dans les salles du centre de Marseille telles que le Capitole, le Rex, l’Odéon ou encore le Pathé Palace.

Dans les années 1960, le cinéma affiche quelques exclusivités qui sont inclues dans la combinaison des cinémas Hollywood / Studio / Madeleine / César. Mais la plupart du temps, les films sont projetés en duo avec la salle du César. Il s’agit généralement de secondes exclusivités sorties dans les salles du centre. A part quelques films avec Louis De Funès, les entrées baissent et un long déclin s’amorce.

La décennie suivante, la salle propose des sorties nationales en partenariat avec les salles du Rex et du Pathé Canebière (ex-Pathé Palace) comme le 7 février 1973 avec le film d’Alain Jessua « Traitement de choc ».

Ci-dessus: la grande salle du Pathé en 2008.

Un cinéma sauvé de la fermeture et transformé en multisalles par Pathé.

En 1974, la salle du Ciné-Madeleine rénovée rouvre le 18 septembre avec une affiche de grandes exclusivités et de reprises de films à grand spectacle. Pourtant, le 1er juillet 1980, le Ciné-Madeleine annonce sa fermeture définitive avec une affiche assez évocatrice « La Grande menace », une production franco-britannique de Jack Gold.

Mise en vente, la salle est rachetée par Jacques Pezet, à la tête de la société de distribution AMLF (Agence méditerranéenne de location de films) qui tombera dans le giron de Pathé et deviendra Pathé Distribution.

Après de longs mois de restructuration, le Ciné-Madeleine projette dès 1983 ses productions cinématographiques dans désormais huit salles et 1423 fauteuils. Ainsi, le 17 août 1983 le dernier film de François Truffaut est à l’affiche parmi les nombreux films programmés dans le nouveau complexe cinématographique.

Aujourd’hui, le cinéma Pathé Madeleine compte 1373 fauteuils répartis dans ses huit salles. Souhaitons que l’horizon soit éclaircit pour ce beau et historique cinéma marseillais.

Ci-dessus: les accès aux différentes salles du complexe cinématographique.

Ci-dessus: vues latérales du cinéma.

Remerciements; M. Thierry Béné.
Documents: Archives municipales
Photos en couleurs: Collection particulière.

2018-09-15T12:51:48+00:00 15 septembre 2018|

Un commentaire

  1. Jérôme K. 26 octobre 2018 à 15 h 17 min

    Il faut que la Mairie de Marseille aide au financement pour que le Pathé Madeleine soit remis aux normes; on ne peut pas abandonner un cinéma historique dans un quartier populaire.

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