Adresse : 117 rue Saint-Antoine à Paris (IVè arrondissement)
Nombre de salles : 1

Avec l’essor au début des années 1930 des salles d’actualités – des cinémas où sont projetés uniquement des informations filmées – et le succès du réseau Cinéac, le circuit Cinéphone se développe avec l’ouverture de nombreuses salles dans la capitale.

Dans les colonnes de la Cinématographie française, l’architecte Paul Hartmann évoque en 1938 ses nouveaux projets de création de salles de cinéma: « Nous allons ouvrir une nouvelle salle au 117 rue Saint-Antoine, près du métro Saint-Paul. Cette salle s’appellera Cinéphone Rivoli. C’est une salle permanente. La société Cinéphone a déjà 5 salles. Vous connaissez bien la salle des Champs-Elysées, le Cinéphone Petit-journal qui n’a en fait que 365 places, mais reçoit à elle seule en une semaine autant, sinon plus, de spectateurs que la plupart des grandes salles. Celle-là sera de la même formule que tous les Cinéphone qui sont à peu près similaire aux Cinéac. Ce sont des salles de conception très moderne extrêmement sobres comme décoration, extrêmement confortables. Les sièges en particulier ont une grande importance pour le public (…) Dans ces salles la circulation est très étudiée (…) Une circulation aisée pour une salle permanente est la condition optima ».

Paul Hartmann revient ensuite sur la conception du Cinéphone Rivoli, une salle sans balcon: « Nous aurons 500 places, toutes au rez-de-chaussée, car il n’y aura pas de balcon. Il est indispensable que la circulation soit établie de façon que le spectateur entre et sorte avec facilité. Cette salle sera réfrigérée et pourvue d’appareils de Haute-Fidélité. Elle aura un écran magnoscopique, c’est-à-dire extensible ».

A la même période, Paul Hartmann conçoit le cinéma Boul’mich’ et transforme l’ancien théâtre du Trianon Lyrique qui devient la même année le Cinéphone Rochechouart (son enseigne Trianon est repris des années plus tard).

Le mercredi 13 juillet 1938, dans la foulée de l’ouverture du Cinéphone Rochechouart, la septième salle du circuit, le Cinéphone Rivoli, ouvre ses portes au 117 rue Saint-Antoine. Disposant de 470 fauteuils, l’accent est mis sur le confort et l’agrément des spectateurs, comme le clame fièrement la publicité.

Le Petit Journal du 13 juillet 1938 revient sur le nouveau Cinéphone face au métro Saint-Paul : « Les appareils les plus perfectionnés permettent une projection lumineuse et une reproduction sonore impeccable. Un écran panoramique permet de tripler instantanément la surface de l’image et permet également aux  spectateurs de suivre les actualités bodans les moindres détails. Un système de réfrigération dû aux procédés de la technique la plus récente, assure à la salle une température constante et agréable quelle que soit la température extérieure. Sur l’écran du Cinéphone Rivoli seront projetés les meilleurs films de la production française et étrangère, sélectionnés avec le plus grand soin et à des prix abordables pour tous ».

Sélectionné pour inaugurer la nouvelle salle, Ramuntcho de René Barberis avec Louis Jouvet et Françoise Rosay est accompagné d’un cartoon Mickey ainsi que du journal filmé du monde. Le Cinéphone, associé au quotidien Le Petit Parisien, est permanent de 10 heures du matin à 1 heure du matin.

Une programmation identique est proposée jusqu’au début du conflit avec une prépondérance pour les films venant des studios américains, parmi lesquels Laurel & Hardy au Far-West de James W. Horne programmé la semaine du 22 septembre 1938, La Bataille de l’or de Michael Curtiz celle du 20 octobre, L’Insoumise de William Wyler avec Bette Davis et Henry Fonda le 1er décembre. L’année suivante voit les séances des Compagnons de la nouba de William A. Seiter le 29 décembre, Vivent les étudiants ! de Jack Conway avec Robert Taylor et Maureen O’Sullivan le 16 mars ou bien le jubilatoire La Huitième femme de Barbe-Bleue d’Ernst Lubitsch avec Claudette Colbert et Gary Cooper le 24 août.

Orage de Marc Allégret

Ci-dessus: Orage de Marc Allégret à l’affiche du Cinéphone le 27 juillet 1938.

Cinéphone-Rivoli

Ci-dessus: Dantzig à l’affiche du Cinéphone le 31 août 1939.

Quand la guerre éclate, le Cinéphone Rivoli affiche le film policier Le Retour de Bulldog Drummond de Victor Saville avec Walter Pidgeon accompagné de Dantzig, un reportage « d’une brulante actualité » donné dans toutes les salles du circuit Cinéphone.

Au début du conflit, la salle du faubourg Saint-Antoine continue de programmer des films étrangers comme L’Homme qui en savait trop d’Alfred Hitchcock la semaine du 1er novembre 1939, Gunga Din de George Stevens avec Cary Grant celle du 10 janvier 1940, Désir de Frank Borzage avec Marlene Dietrich et Gary Cooper le 24 janvier ou bien Vacances de George Cukor avec Katherine Hepburn et Cary Grant le 8 mai de la même année.

Quand les troupes allemandes entrent dans Paris, le Cinéphone Rivoli affiche Tarzan l’invincible d’Edward Kull avec Herman Brix « le plus bel athlète du monde » et Ula Holt. Après une courte interruption, la salle rouvre ses portes le 10 juillet 1940 avec la production française Pantins d’amour de Walter Kapps avec Marie Bell et Armand Bernard. Durant l’Occupation, les productions américaines sont désormais invisibles. Ce qui n’empêche pas le Cinéphone Rivoli, avec à sa tête Georges Ragui, de poursuivre son exploitation avec des productions françaises et germaniques.

Comme toutes les salles de quartier, le cinéma alterne les reprises et les films récents, parmi lesquels Franco de port (1937) de Dimitri Kirsanoff le 25 septembre 1940, Carrefour (1938) de Curtis Bernhardt avec Charles Vanel et le grand Jules Berry le 18 décembre 1940, La Route enchantée (1938) de Pierre Caron avec Charles Trenet et Marguerite Moreno le 5 février 1941 ou le premier film à sketches français Un Carnet de bal (1937) de Julien Duvivier le 21 mai 1941.

De nombreux films allemands sont au programme comme le dytique Le Tigre du Bengale (1938) et Le Tombeau hindou (1938) réalisé en double version allemande et française par Richard Eichberg et sorti respectivement les 1er et 8 octobre 1941, puis repris les 18 et 25 août 1943.

Suivent Bel Ami de et avec Willi Forst le 15 octobre 1941, Panique au cirque de et avec Harry Piel le 22 octobre 1941, La Fille de la steppe de Werner Klinger le 25 novembre 1942 ou encore Sergent Berry d’Herbert Selpin avec Hans Albers le 31 mars 1943.

Ci-dessus: Annette et la Dame blonde, une production Continental Films réalisée par Jean Dréville d’après Georges Simenon avec Louise Carletti à l’affiche le 20 mai 1942. 

Parmi les productions françaises à l’affiche, citons Vous seule que j’aime d’Henri Fescourt, interprété par le roi du music-hall Reda Caire, le 26 novembre 1941, Remorques de Jean Grémillon avec Jean Gabin et Michele Morgan le 6 mai 1942, Simplet de et avec Fernandel le 16 décembre 1942, L’Assassin habite au 21 d’Henri-Georges Clouzot avec Pierre Fresnay le 3 mars 1943, l’adaptation de Georges Simenon Picpus de Richard Pottier avec Albert Préjean le 30 juin 1943, Nous les gosses de Louis Daquin le 24 novembre 1943 ou encore le film fantastique La Main du diable de Maurice Tourneur avec Pierre Fresnay le 2 février 1944.

A la Libération, le Cinéphone Rivoli, toujours dirigé par Georges Ragui, connaît un fort succès alors que, dès octobre 1946, une augmentation du prix des places intervient. Les statistiques de l’Assistance publique mettent en relief l’afflux des spectateurs vers les cinémas bon marché ainsi qu’un attrait du public vers les films qui bénéficient d’une forte publicité, aux dépens des programmes plus ordinaires.

Alors que les places au Marignan Pathé vont de 60 à 120 francs, qu’elles atteignent 70 francs au Gaumont Palace, 60 à 80 francs au Rex, les spectateurs se pressent au Cinéphone Rivoli où, pour 20 et 30 francs seulement, ils découvrent Au Petit bonheur de Marcel L’Herbier avec Danielle Darrieux la semaine du 16 octobre 1946, l’ultime film du grand Raimu L’Homme au chapeau rond de Pierre Billon le 11 décembre 1946, L’Assassin n’est pas coupable de René Delacroix le 15 janvier 1947, Les Bourreaux meurent aussi de Fritz Lang le 3 septembre 1947 ou encore Quai des Orfèvres d’Henri-Georges Clouzot la semaine du 26 février 1948.

C’est le 19 mars 1948 que le Studio Rivoli arbore sa nouvelle enseigne. En 1950, face à la difficulté des cinémas de quartier à s’approvisionner en films porteurs, certains directeurs de salles se regroupent et se partagent les sorties des films. D’autres exploitants choisissent de se faire programmer par un spécialiste ou de s’affilier à un circuit.

La capitale, avec ses 2.725.000 habitants, compte alors les plus importantes salles de France. Parmi les 351 salles qui fonctionnent en 1951 à Paris intramuros, 343 d’entre elle enregistrent plus de 40.000 francs de recettes brutes.

Ci-dessus: Echec à Borgia de Henry King avec Tyrone Power, Orson Welles et Wanda Hendrix à l’affiche le 8 février 1950.

Ci-dessus: Un Américain à Paris de Vincente Minnelli avec Gene Kelly et Leslie Caron à l’affiche le 24 décembre 1952.

Les années 1950 voient principalement défiler des productions hollywoodiennes comme, le 22 février 1950, Trafic à Saïgon de Leslie Fenton avec Alan Ladd et Veronica Lake, célèbre pour sa coiffure blond platine, Tarzan et les sirènes de Robert Florey avec Johnny Weissmuller le 14 juin 1950, Iwo Jima d’Allan Dwan avec John Wayne le 17 janvier 1951, Kim de Victor Saville avec Errol Flynn le 26 mars 1952 ou bien le musical Un Américain à Paris de Vicente Minnelli le 24 décembre 1952.

Parmi les productions nationales, citons Miquette et sa mère d’Henri-Georges Clouzot le 1er novembre 1950, Justice est faite de l’ancien avocat devenu cinéaste André Cayatte le 21 février 1951, Le Château de verre de René Clément le 28 mars 1951 ou encore Ali Baba et les quarante voleurs de Jacques Becker avec Fernandel le 31 décembre 1952.

En 1953, le Studio Rivoli dirigé par M. Keigel, a recours à la société Dismage pour l’équipement de la projection en relief. L’investissement est cependant peu rentable à cause du manque de productions disponibles à ce format. De plus, une partie du public français est peu favorable au port des indispensables lunettes. Malgré tout, les exploitants soulignent que les recettes des films en relief restent bonnes.

Cinéma Studio-Rivoli à Paris

Ci-dessus: le hall la semaine du 29 décembre 1954.

Cinéma Studio-Rivoli à Paris

Ci-dessus: Capitaine Mystère de Douglas Sirk avec Rock Hudson à l’affiche du Studio Rivoli la semaine du 8 février 1956.

Avec la technologie en relief, les Parisiens peuvent voir ou revoir L’Homme au masque de cire d’André de Toth avec Vincent Price la semaine du 11 novembre 1953 ou Sangaree d’Edward Ludwig celle du 25 novembre. La rareté des films en relief ne permet pas de renouveler l’affiche et installe régulièrement des reprises.

A cette même période, le Cinémascope débarque à Paris. Le Studio Rivoli fait partie des cinémas de quartier à s’équiper en premier, ce qui lui permet d’accéder au line-up de la Fox avec, entre autres, Comment épouser un millionnaire de Jean Negulesco avec Marilyn Monroe, Betty Grable et Lauren Bacall le 24 novembre 1954, Prince Vaillant d’Henry Hathaway le 15 décembre 1954, Tant que soufflera la tempête d’Henry King le 16 novembre 1955, Sept ans de réflexion de Billy Wilder le 6 juin 1956, Le Soleil de lève aussi d’Henry King le 23 avril 1958 ou bien La Tunique d’Henry Koster, le 4 mai 1960.

En 1962, le CNC fait paraître les statistiques de la fréquentation parisienne pour l’année 1961. 36,22% des entrées sont réalisées dans les salles d’exclusivité et 63,78% dans les salles de quartier. La fréquentation globale est de 61,2 millions de spectateurs, en recul de 9,57 % pour l’exclusivité et de 9,11% pour les cinémas de quartiers avec un prix moyen du ticket à 4,18 francs pour l’exclusivité et à 1,97 francs pour les cinémas de quartiers. Cette étude montre que les spectateurs fréquentent en nombre les salles de quartier et y attendent la sortie générale des films, d’abord présentés dans les quelques salles d’exclusivité de la capitale.

Au cours des années 1960, le Studio Rivoli affiche le film d’aventure Ivanhoé de Richard Thorpe le 22 mars 1961, la comédie Le Printemps, l’automne et l’amour de Gilles Grangier avec Fernandel le 21 juin 1961, le péplum franco-italien Hercule, le héros de Babylone de Siro Mercellini le 24 janvier 1964 ou encore Sandokan, le tigre de Borneo d’Umberto Salgari le 10 février 1965.

Ci-dessus: Sandokan, le tigre de Bornéo d’Umberto Salgari à l’affiche le 10 février 1965.

En 1967, le CNC souligne que, dans un contexte de baisse de la fréquentation, les cinémas d’exclusivité se maintiennent beaucoup plus fermement que les établissements de quartier ou des petites villes. A cette période, on peut voir dans la salle de la rue Saint-Antoine le western spaghetti Sugar colt de Franco Giraldi le 12 juillet 1967, le thriller Diaboliquement vôtre de Julien Duvivier avec Alain Delon le 15 mai 1968 ou encore le musical Funny girl de William Wyler avec Barbra Streisand et Omar Sharif le 22 octobre 1969.

Durant les années 1970, une mutation du parc des salles de cinéma est opérée : les grandes salles mono-écran, souvent délaissées par les spectateurs, sont divisées en plusieurs salles par les exploitants afin de trouver une meilleure rentabilité. Alors que les complexes multisalles se développent, de nombreux cinémas mono-écran de quartier ferment définitivement leurs portes. Les salles uniques programmées par les circuits subsistent pour certaines et affichent les films plusieurs semaines après leurs sorties.

A l’instar des Tourelles, du Marcadet-Palace ou de l’Athéna, le Studio Rivoli n’est pas transformé en complexe et poursuit son exploitation en affichant des sorties générales. D’autres cinémas de quartier se tournent vers les films de genre – western, horreur, kung-fu, pornographique… – et s’y spécialisent.

Quand on pousse les portes du Studio Rivoli dans les années 1970, c’est pour y découvrir Le Mur de l’Atlantique de Marcel Camus la semaine du 25 décembre 1970, Les Proies de Don Siegel avec Clint Eastwood celle du 27 octobre 1971, Le Fleuve de Jean Renoir le 15 mars 1972, La Femme en bleu de Michel Deville le 14 février 1973, Nos plus belles années de Sydney Pollack le 18 septembre 1974, Soleil vert de Richard Fleischer le 9 octobre 1974, Mais où est passé la septième compagnie ? de Robert Lamoureux le 1er janvier 1975, Le Téléphone rose d’Edouard Molinaro le 24 décembre 1975, Le Bon et les méchants de Claude Lelouch avec Marlène Jobert et Jacques Dutronc le 7 avril 1976, Cours après moi que je t’attrape de Robert Pouret le 10 novembre 1976, L’Homme qui aimait les femmes de François Truffaut le 28 septembre 1977 ou encore Annie Hall de Woody Allen le 11 janvier 1978.

En cette fin des années 1970, dans un contexte de concentration des salles, la fréquentation des cinémas de quartier s’essouffle et les quelques salles proposant des films de genre, comme la Cigale, le Trianon, le Louxor ou le Gaîté-Rochechouart affichent des rendements importants.

Les films restant de nombreuses semaines à l’affiche dans les multisalles, les quelques salles mono-écran de quartier n’y ont accès qu’en fin de carrière. Ainsi, Grease de Randal Kleisern sort en exclusivité le 13 septembre 1978 dans une combinaison de 25 salles à Paris et dans sa périphérie. La comédie musicale interprétée par John Travolta et Olivia Newton-Jones n’est visible au Studio Rivoli que le 11 décembre 1979, soit plus d’un an après sa sortie.

C’est après l’ultime projection du Tambour de Volker Schlöndorff, Palme d’or du Festival de Cannes 1979 ex-aequo avec Apocalypse Now de Francis Ford Coppola, que le Studio Rivoli tire sa révérence le 31 décembre 1979 après avoir attiré durant sa dernière semaine 1.423 spectateurs. Comme dans un souvenir qu’aurait évoqué Patrick Modiano, c’est un parking qui occupe aujourd’hui l’emplacement du cinéma de quartier.

Texte: Thierry Béné.
Documents: Le Film français, La Cinématographie française, La Technique cinématographique, Gallica-Bnf, France-Soir.