Adresse: 43 et 53 rue de la Harpe à Paris (Vème arrondissement)
Nombre de salles: 3

Dans le bouillonnant Quartier latin des années 1960, les ouvertures de salles de cinéma situées dans les rues aux abords des boulevards Saint-Michel et Saint-Germain se multiplient prodigieusement. C’est lors de cette décennie miraculeuse qu’un exploitant de cinéma atypique, Boris Gourevitch, ouvre ses salles dans la rue de la Harpe: le Saint-Germain Studio en 1960, les Saint-Germain Huchette et Saint-Germain Village en 1967.

Le Saint-Germain Studio, l’antre des films de répertoire.

Boris Gourevitch possède déjà à Paris le Cinévog, le Plaza et le Latin. Pour le Saint-Germain Studio, sa nouvelle salle qui ouvre le 7 octobre 1960 au 53 rue de la Harpe, l’exploitant mise sur une programmation recherchée pour une clientèle, dans ce quartier universitaire, majoritairement jeune. Le Film français revient sur la salle du Saint-Germain Studio élaborée par Raymond Nicolas: « Le décorateur a créé une salle grise, or et rouge, ornée d’un plafond de plans différents, très lumineux et d’un aspect bien moderne. Ce cinéma contenant 250 places bien orientées est situé rue de la Harpe, et installe dans ce Quartier intellectuel une jolie salle confortable pour une clientèle en majorité formée de jeunes et d’étudiants ».

La presse corporative souligne la « bonne orientation des places » mais c’est précisément ce qui est reproché plus tard par les spectateurs, la forme longitudinale de la salle n’offrant pas une vision de grande qualité. La salle ouvre le 7 octobre 1960 avec la seconde exclusivité du film co-réalisé par Philippe Agostini et Raymond-Léopold Bruckberger « Le Dialogue des carmélites ». Adapté de l’oeuvre de Georges Bernanos, le film arrive au Saint-Germain Studio après une première exclusivité à succès dans les salles de l’Ambassade sur les Champs-Elysées et du Richelieu sur les Grands boulevards. Pendant neuf semaines, Boris Gourevitch programme « Le Dialogue des carmélites » au Studio Saint-Germain et au Plaza. Le deuxième film à l’affiche du Studio Saint-Germain est, dès le 7 décembre 1960, la poursuite d’exclusivité de « L’Avventura » de Michelangelo Antonioni conjointement avec les cinémas Bonaparte, Calypso, Astor et Festival.

Cinéma Saint-Germain Studio à Paris

Ci-dessus: « L’Avventura » de Michelangelo Antonioni à l’affiche du 7 décembre 1960 au Saint-Germain Studio.

La Source de Bergman

Ci-dessus: « La Source » et « Sourires d’une nuit d’été » d’Ingmar Bergman à l’affiche le 3 septembre 1963 au Saint-Germain Studio ainsi qu’au Lord Byron, à l’Astor, au Cinévog Saint-Lazare et au Bonaparte.

QUI ETES-VOUS POLLY MAGGOO

Ci-dessus: « Qui êtes-vous Polly Maggoo ? » de William Klein à l’affiche le 19 octobre 1966 au Saint-Germain Studio ainsi qu’au Lord Byron, à l’Astro, au Saint-Lazare Pasquier et au Bonaparte.

Cul de sac de Roman Polanski

Ci-dessus: « Cul-de-sac » de Roman Polanski avec Françoise Dorléac à l’affiche le 2 décembre 1966 au Saint-Germain Studio ainsi qu’au Lord Byron, au Bonaparte, et au Studio Saint-Lazare. 

Le début de carrière du Studio Saint-Germain est surtout marqué par une programmation de films de répertoire, déjà très prisés par le public du Quartier latin, en alternance avec des films en seconde exclusivité comme, le 7 avril 1961, « La Mort de Belle » d’Édouard Molinaro d’après « le roman dur » de Georges Simenon. Parmi les films de répertoire qui ont les faveurs de l’écran du Studio Saint-Germain, on retrouve les œuvres d’Alfred Hitchcock comme « L’Inconnu du Nord-Express » la semaine du 14 septembre 1961 et « Fenêtre sur cour » celle du 3 octobre 1962. Des westerns sont également à l’affiche de la salle comme « Le Train sifflera trois fois » de Fred Zinnemann les semaines des 24 mai 1961 et 20 février 1963, « Vera Cruz » de Robert Aldrich le 13 février 1963 ou « El Perdido » du même réalisateur la semaine du 4 mars 1964.

le Studio Saint-Germain accueille les œuvres des grand maîtres du cinéma que sont déjà Fritz Lang, Ingmar Bergman ou Michelangelo Antonioni. Les films du cinéaste austro-hongrois y sont programmés comme « M le maudit » (1931) qui sort en reprise le 4 octobre 1961 et « La Cinquième victime » (1956) le 19 juin 1963. Le cinéaste suédois y est à l’affiche avec « À travers le miroir » le 5 décembre 1962, « La Source » le 3 septembre 1963, « La Prison » le 1er avril 1964 et « Le Silence » le 15 juillet 1964. Quant au réalisateur italien, c’est avec « Le Cri » le 27 février 1963 et « La Nuit » durant les semaines des 17 septembre 1963 et 24 mars 1965 qu’il s’offre l’écran du Studio Saint-Germain. Le programme de la salle change alors chaque semaine.

Le film qui fait entrer le Studio Saint-Germain dans les cinémas d’exclusivité du Quartier Latin est, le 26 janvier 1966, « Onibaba » de Kaneto Shindō, dont son précédent film « L’Île nue » remporte cinq ans plus tôt un grand succès en France. La salle de la rue de la Harpe est alors intégrée dans une combinaison de cinémas de première exclusivité parmi lesquels le Lord Byron, l’Astor, le Cinévog Saint-Lazare et l’Atlas auxquels le Bonaparte est parfois associé. Suivent, entre autres, « Jeux de nuit » de Mai Zetterling le 14 septembre 1966, « Qui êtes-vous Polly Maggoo ? » de William Klein le 19 octobre 1966, « Cul-de-sac » de Roman Polanski avec Françoise Dorléac le 2 décembre 1966, « Made in USA » de Jean-Luc Godard le 27 janvier 1967 ou bien « Jeu de massacre » d’Alain Jessua.

Durant les années 1960, le Quartier latin est alors en pleine effervescence et les salles nouvellement créées comme le Studio Saint-Séverin, Les Trois Luxembourg, le Studio-Alpha ou le Studio de la Harpe sont plébiscitées par le public en quête de films d’auteurs et d’œuvres de répertoire. C’est dans ce contexte que sont inaugurées en 1967 les deux nouvelles salles de Boris Gourevitch, situées à quelques mètres de Saint-Germain Studio: le Saint-Germain Huchette et le Saint-Germain Village.

Boris Gourevitch ouvre le Saint-Germain Huchette et le Saint-Germain Village.

Au 43 rue de la Harpe, les deux nouvelles salles de Boris Gourevitch, en association avec messieurs Neny et Farsat, sont réalisées par l’architecte Bernard Ceyssac. Le Saint-Germain Huchette et le Saint-Germain Village ouvrent leurs portes au public le 29 novembre 1967 avec les films « L’Horizon » de Jacques Rouffio au Huchette et « O Salto » de Christian de Chalonge au Village. La revue Le Film français commente dans son numéro 1228 l’ouverture des deux nouvelles salles du Quartier latin: « Il s’agissait de créer quatre niveaux: rez de chaussée, premier étage et deux sous sols, volume nécessaire à l’implantation de deux salles superposées de 200 places chacune. D’énormes difficultés techniques ont dû être surmontées du fait de l’état de vétusté de l’immeuble et surtout par le fait que les travaux ont été exécutés sous plusieurs étages de locaux d’habitation occupés (…) Un hall commun qui s’étend sur toute la largeur de la façade rue de la Harpe et sur deux niveaux, donne accès à ces deux salles. Au rez-de-chaussée se trouve le Saint-Germain-Huchette, salle avec balcon, murs recouverts de moquette de laine verte amande, lambris acajou et certaines parties de béton avec enduit tyrolien à gros grains. Le plafond avec ses plateaux en creux ou en relief et ses fines poutraisons, restitue un tissu écossais: des couleurs volontairement vives: rouge, bleu et vert, accentuent l’effet décoratif, de même que les éclairages indirects par un jeu d’ombre et de lumière sur les différents plans. Les fauteuils à pied central, particulièrement confortables sont en skaï noir. La moquette de sol en laine est de couleur rouille. L’écran de dimension exceptionnelles pour une telle salle (30 m2) va de mur à mur et ne comporte ni rideau de scène ni caches mobiles. La cabine située au premier étage, s’ouvre sur la rue par deux magnifiques portes-fenêtres, elle est équipée ainsi que la cabine de la salle en sous-sol, d’appareils Philips de type PS 20 avec lampes Xénon ».

Cinéma Saint-Germain Huchette à Paris

Ci-dessus: la salle du Saint-Germain Huchette à son ouverture en 1967. 

Cinéma Saint-Germain Village à Paris

Ci-dessus: la salle du Saint-Germain Village à son ouverture en 1967. 

Cinéma Saint-Germain Huchette à Paris

Ci-dessus: cabine de projection du Saint-Germain Huchette en 1967.

Cinéma Saint-Germain Studio à Paris 

Ci-dessus: « Petulia » de Richard Lester avec Julie Christie à l’affiche du Saint-Germain Studio le 27 novembre 1968.

La revue corporatiste poursuit la visite des deux cinémas en évoquant les caractéristiques de la salle en sous-sol, le Saint-Germain Village: « Située à plus de 5 mètres au-dessous du niveau du trottoir, on y accède par une série d’emmarchements en marbre jusqu’au palier intermédiaire, avec revêtement en moquette entre celui-ci et la salle. C’est une salle à un seul niveau, dont la forme bateau se relève fortement vers l’écran. Traitée dans les noirs, blancs et rouges, elle présente un caractère d’intimité volontairement recherché. Les murs sont revêtus de poil animal anthracite. Le sol est recouvert de moquette gris foncé et les sièges sont en Laronyl rouge coquelicot. Le plafond bas (sous la cabine de projection) comporte une alternance de poutrelles de couleur blanche et de défoncés habilles de Laronyl marouflé du même rouge que celui des fauteuils. Un éclairage indirect situé dans une gorge en staff anime le fond de la salle sur toute la largeur. Le plafond haut est constitué par un ensemble de pyramides très aplaties, chacune d’elles éclairées par des lampes cylindriques en laiton poli et disposées en quinconce. Dans le fond de la salle, trois panneaux en céramique blanche au relief accentué sont mis en valeur par un système d’éclairage approprié. L’écran, comme celui de la salle au rez-de-chaussée ne comporte ni rideau ni caches mobiles. Ses dimensions sont 6,50 X 2,70 M de hauteur. Latéralement un escalier décoratif à limon tournant donne accès à la sortie côté rue de la Parcheminerie. La façade est vitrée sur toute la hauteur dégageant entièrement le hall d’entrée. Celui-ci a été conçu comme un jeu de volumes : volume en glace de la caisse sur 5 mètres de hauteur : volume de la cage d’escalier d’accès au balcon recouvert de velours rouge: volume du tambour d’entrée traité de lambris de chêne; volume incline du luminaire en laiton de l’escalier d’accès au sous-sol. Tous ces éléments largement visibles de la rue constituent un ensemble particulièrement attractif. Les pilastres traités en panneaux de marbre aux assises très marquées délimitent la façade, et sont avec les enseignes au graphisme étudié, les éléments nécessaires de transition entre le modernisme de cette création et le caractère classique de l’immeuble ».

La programmation des trois salles de la rue de la Harpe alterne les films d’auteurs et les films grand public avec, entre autres, « Je suis curieuse » de Vilgot Sjoman le 31 janvier 1968 ou « L’Écume des jours » de Charles Belmont le 20 mars 1968. Durant les événements de mai 1968, de nombreuses salles de cinéma restent ouvertes: entre deux manifestations, on peut pousser les portes des salles de Boris Gourevitch et assister, à partir du 15 mai, à « L’Heure du loup » d’Ingmar Bergman avec Max von Sydow et Liv Ullmann et la reprise du film de Louis Malle « Les Amants » et, à partir du 22 mai, celle de « Jeux interdits » de René Clément.

Pendant ce mois de mai 68 justement, un changement d’habitude s’opère chez les spectateurs parisiens qui délaissent quelque peu le centre de Paris et le Quartier latin pour les salles d’autres quartiers. Les trois salles Saint-Germain tirent cependant leur épingle du jeu et totalisent, pour l’année 1968, 420.000 entrées avec 168.000 au Studio Saint-Germain, 139.000 au Saint-Germain Huchette et 113.000 au Saint-Germain Village.

Après « les événements », la Rive gauche et plus précisément le Quartier latin s’imposent rapidement comme des pôles cinématographiques incontournables. La comparaison des entrées, sur l’année 1968, des trois cinémas Saint-Germain avec les salles historiques de la capitale souligne cette évolution: cette année-là, le prestigieux cinéma Madeleine réalise 199.000 entrées, le Caméo 196.000, le Danton 204.000, le Lord Byron 162.000 et l’immense Gaumont-Palace 352.000 seulement, soit moins que les trois salles de la rue de la Harpe.

Quelques années plus tard, en 1973, les Grands boulevards restent le quartier de Paris le plus fréquenté par les spectateurs avec 7.466.700 entrées. Suivent les Champs-Elysées avec 6.349.900 entrées et enfin le Quartier latin avec 5.161.200 entrées. Pour comprendre l’expansion rapide du Quartier latin, il faut rappeler qu’en 1970, les quinze salles réalisent 2.385.000 entrées, 3.047.313 pour 22 salles en 1971 et enfin 3.521.400 l’année suivante. En 1973, les trois salles Saint-Germain enregistrent 457.200 entrées: 182.000 au Studio, 139.500 au Huchette et 135.700 au Village.

Ci-dessus: « Andreï Roublev » d’Andreï Tarkovski à l’affiche le 19 novembre 1960 en exclusivité au Saint-Germain Studio ainsi qu’à l’Elysées-Lincoln, au Bonaparte et au Studio Raspail.

Ci-dessus: « Let it be » de Michael Lindsay-Hogg à l’affiche le 24 juin 1970 au Saint-Germain Village ainsi qu’à l’Elysées-Lincoln.

Ci-dessus: « L’Eden et après » d’Alain Robbe-Grillet à l’affiche le 24 avril 1970 au Saint-Germain Studio ainsi qu’à l’Elysées-Lincoln, au Cinévog Saint-Lazare, au Royal-Haussmann, au Bonaparte, au Mayfair et au Jean Renoir.

Ci-dessus: « Casanova, un adolescent à Venise » de Luigi Comencini à l’affiche en 1976 au Saint-Germain Huchette ainsi qu’à l’Elysées-Lincoln, au Marivaux, au 14 Juillet Parnasse et au 14 Juillet Bastille

Ci-dessus: la sortie tardive de « Mamma Roma » (1962) de Pier Paolo Pasolini à l’affiche le 7 janvier 1976 au Saint-Germain Village ainsi qu’à l’Elysées-Lincoln, au 14 Juillet Bastille, au Marais, au Jean Renoir et au Dragon.

La sortie le 17 novembre 1971 du film d’Ingmar Bergman « Le Lien » souligne l’importance que les distributeurs accordent aux salles du Quartier latin. Le film interprété par Bibi Anderson et Max von Sydow enregistre pour sa première semaine d’exclusivité 6.948 entrées au Bonaparte, 6.276 au Saint-Germain Studio contre 5.100 au Publicis-Matignon 3.980 à l’Elysée Lincoln et 3.500 à l’Impérial. Alors que Parafrance, le circuit de Jo et Samy Siritzky, et U.G.C. renforcent leurs présences en créant des salles au Quartier latin, les trois salles de la rue de la Harpe sont intégrées aux combinaisons de sorties du Groupement d’intérêt économique (G.I.E.) Gaumont-Pathé. La programmation alterne désormais les films d’auteurs et les films plus populaires comme « L’Hôtel de la plage » de Michel Lang le 11 janvier 1978, « Rencontres du 3ème type » de Steven Spielberg le 24 février, « La Zizanie » de Claude Zidi le 22 mars de la même année, « Flic ou Voyou » de Georges Lautner le 28 mars 1979, « Le Coup de sirocco » d’Alexandre Arcady le 18 avril 1979 ou « L’Été meurtrier » de Jean Becker le 11 mai 1983.

Du côté des films d’auteurs, citons « Une Anglaise romantique » de Joseph Losey avec Glenda Jackson, Michael Caine et Helmut Berger à l’affiche le 11 juin 1975, « Souvenirs d’en France » d’André Téchiné avec Marie-France Pisier le 3 septembre 1975, « Nashville » de Robert Altman le 19 novembre 1975, « Le Locataire » de Roman Polanski le 26 mai 1976, « Danton » d’Andrzej Wajda le 7 janvier 1983, « La Vie est un roman » d’Alain Resnais le 20 avril 1983, « Tenue de soirée » de Bertrand Blier le 23 avril 1986 ou encore « Hannah et ses sœurs » de Woody Allen le 21 mai 1986.

Les années 1970 sont les années de découverte de nombreux productions transalpines comme, à l’affiche dans les trois salles de Boris Gourevitch, « Au nom du peuple italien » de Dino Risi avec Ugo Tognazzi et Vittorio Gassman le 12 février 1975, « Affreux, sales et méchants » d’Ettore Scola le 15 décembre 1976, « L’Argent de la vieille » de Luigi Comencini avec Alberto Sordi, Silvana Mangano et Bette Davis le 30 novembre 1977 ou l’oublié « La Chambre de l’évêque » du même réalisateur avec Ugo Tognazzi, Patrick Dewaere et Ornella Muti le 14 septembre 1977.

Ci-dessus: « Une Femme libre » de Paul Mazursky à l’affiche du Saint-Germain Huchette le 26 mai 1978 ainsi qu’au Pathé Marignan, au Balzac Elysées, au PLM Saint-Jacques, au Gaumont Opéra, au Gaumont Convention, au Saint Ambroise et aux 5 Parnassiens.

Ci-dessus: « Gloria » de John Cassavetes à l’affiche du Saint-Germain Huchette le 31 décembre 1980 ainsi qu’au Gaumont Champs-Elysées, aux 7 Parnassiens au PLM Saint-Jacques, au Pathé Montparnasse, à l’Impérial, au Pathé Clichy, au Gaumont Sud, au Gaumont Gambetta, au Gaumont Ouest à Boulogne, au Pathé Belle-Epine à Thiais, au Tricycle à Asnières, aux 4 Perray à Saint-Geneviève-des-Bois et au Lux à Bagneux. 

Durant cette période, certains films bénéficiant d’une sortie confidentielle rencontrent un grand succès en restant de longs mois à l’affiche. Ainsi, « Le shérif est en prison » de Mel Brooks, qui sort le 11 décembre 1974 à l’Elysées-Lincoln et au Quintette obtient un bouche à oreille favorable qui lui permet d’intégrer la salle du Saint-Germain Huchette le 24 décembre 1974 pendant onze semaines, avant de revenir dans une des salles du Quintette. Le même phénomène est observé avec le film de Paul Mazursky « Next Stop, Greenwich Village » qui sort dès le 26 mai 1976 et pour de longs mois au Lincoln et au Saint-Germain Village.

Les années 1980 sont les années noires pour les salles de cinéma, y compris au Quartier latin et dans les trois salles Saint-Germain qui voient une chute de leur fréquentation malgré des affiches prestigieuses comme « Kagemusha, l’Ombre du guerrier » d’Akira Kurosawa le 26 novembre 1980 en prolongation du Hautefeuille ou le cultissime « Gloria » de John Cassavetes avec ‎Gena Rowlands‎ en exclusivité dès le 31 décembre 1980.

Malgré des films à succès à l’affiche comme « Tchao Pantin » de Claude Berri le 21 décembre 1983 ou « Subway » de Luc Besson le 10 avril 1985, le public n’est plus au rendez-vous. Les sorties s’effectuent désormais avec un nombre de copies de plus en plus important rendant l’exploitation des petits complexes difficile. En 1988, les trois salles Saint-Germain dépassent rarement les 400 spectateurs par semaine et par salle.

La fin des cinémas Saint-Germain est proche. C’est avec « Broadcast News » de James L. Brooks au Saint-Germain Huchette et « Rendez-vous avec la mort » de Michael Winner d’après Agatha Christie au Saint-Germain Village qu’ont lieu les dernières séances, le soir du 10 mai 1988. Le Saint-Germain Studio tente de résister comme il peut en programmant le 8 mars 1989 « Les Liaisons dangereuses 1960 » de Roger Vadim au moment où la nouvelle adaptation de Stephen Frears triomphe ou en assurant les continuations du succès « Un Poisson nommé Wanda » de Charles Crichton et John Cleese à partir du 26 avril 1989. La dernière séance du Saint-Germain Studio intervient le 6 juin 1989 après une ultime projection de « Thank You Satan » d’André Farwagi avec Carole Laure et Patrick Chesnais.

En bref:

  • Saint-Germain Studio: salle de 250 fauteuils située 53 rue de la Harpe. Ouverture le 7 octobre 1960, fermeture le 6 juin 1989.
  • Saint-Germain Huchette: salle de 200 fauteuils située 43 rue de la Harpe. Ouverture le 29 novembre 1967, fermeture le 10 mai juin 1988.
  • Saint-Germain Village: salle de 200 fauteuils située 43 rue de la Harpe. Ouverture le 29 novembre 1967, fermeture le 10 mai juin 1988.

Remerciements: M. Thierry Béné
Documents: Le Film français, La Cinématographie française, France-Soir, Pariscope, Gallica BnF.