Dossier: « Il était une fois le Gaumont-Palace »

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Dossier: « Il était une fois le Gaumont-Palace »


Il était une fois le Gaumont-Palace, ce grand palais du cinéma proche de la place Clichy à Paris, si emblématique d’un âge d’or des salles de cinéma avec leurs volumes démesurés et leurs architectures flamboyantes.


Celui qui fut un temps le plus grand cinéma du monde, puis d’Europe, ne cesse de susciter la fascination des cinéphiles et parfois, pour les privilégiés qui ont assistés à ses représentations, une expérience personnelle unique. Après les souvenirs de Claude Guilhem dans son article « J’ai connu le Gaumont-Palace », notre contributeur Thierry Béné revient sur cet édifice mythique de la « société à la marguerite « . Il a choisi de le faire en s’intéressant à la programmation de l’immense salle aux 6 000 fauteuils, depuis son inauguration en 1907 jusqu’à sa fermeture en 1972.


Des illustrations inédites complètent cette saga d’un temple du 7° Art aujourd’hui disparu.

 

Le succès d’une salle dédiée au roi des spectacles, le cinématographe:

Le grand cinéma, toujours dans la mémoire des parisiens, est d’abord un ancien hippodrome inauguré quelques années plus tôt dans ce quartier du XVIIIème arrondissement proche de la Place Clichy. Transformé et reconverti en salle pour le Cinématographe naissant le 14 décembre 1907, sous l’appellation Cinéma Géant, la naissance du Gaumont-Palace date du samedi 30 septembre 1911 lorsque la société de Léon Gaumont reprend l’exploitation de ce vaste lieu.

Les séances commencent par des numéros de music-hall: cirque, ballets, revues, spectacles scéniques type opérettes… Suivent des courts-métrages documentaires, comiques, religieux, historiques et mélodramatique; avec dès 1910 les premières Actualités-Gaumont A l’époque, les spectateurs regardent les images par transparence: la cabine étant construite derrière l’écran, à l’extérieur du bâtiment pour éliminer tout risque d’incendie, les films nitrate étant très inflammables. Déjà, quelques longs-métrages sont projetés comme  « Quo Vadis » le 28 mars 1913 avec en première partie le ballet sur scène « Le Festin de Néron ».

Le succès est immédiat, le Gaumont-Palace devenant rapidement un des lieux de sortie les plus fréquentés de la capitale. Ce cinéma est l’une des rares salles pour lesquelles, dès les années 1913-1914, des encarts publicitaires paraissent chaque jour dans la presse. On allait au Gaumont-Palace davantage pour vivre une expérience collective plutôt que pour le film. Grâce à sa situation géographique dans le XVIIIème et à proximité des VIIIème, XVIIème et IXème arrondissements, le Gaumont-Palace réussit à drainer un vaste public. Des lignes d’autobus sont même mises en circulation pour permettre aux spectateurs de rentrer chez eux après la fin du spectacle! Le public de banlieue y vient également, en grande partie le week-end, grâce au développement accéléré des transports en commun.

Des sérials, ces feuilletons populaires mettant en scène des protagonistes souvent masqués, commencent à faire le succès du lieu: les spectateurs conquis ne ratent aucun épisode d’une semaine sur l’autre et sont ainsi naturellement fidélisés. « Les Vampires » de Louis Feuillade est programmé dès le 12 novembre 1912, Fantômas en cinq épisodes l’année suivante, et « Judex » le 19 janvier 1917.

Le 30 septembre 1921, « L’Atlantide » de Jacques Feyder est à l’affiche, c’est la première exclusivité programmée au Gaumont-Palace pour ce qu’on appelait le grand film. Le 28 octobre suivant « El Dorado » de Marcel L’Herbier commence également en exclusivité au Gaumont. Divers longs-métrages suivront comme « La Rue des Rêves » de D.W. Griffith. Ils alterneront avec de multiples sérials et des productions des studios Gaumont dont « Son Altesse » le 14 avril 1922. Les longs-métrages venus d’outre-Atlantique débarquent, auparavant, les courts de Charlot et Fatty faisaient partie intégrante des programmes. Ainsi, « La Caravane de l’Ouest » des studios Paramount est proposé le 16 mai 1924. Le cinéma parisien Paramount, sur du boulevard des Capucines, ne diffusera ses propres productions qu’à partir du 24 novembre 1927. « The Kid » de Charles Chaplin est au programme du Gaumont-Palace dès le 21 septembre 1924. C’est le moment que choisit Léon Gaumont pour s’associer en 1925 avec la M.G.M.et fonder la G.M.G. (Gaumont-Métro-Goldwyn).

Suite à cet accord entre Gaumont et Metro-Goldwyn-Mayer, les longs métrages du studio américain y sont distribués chaque semaine de 1926 à 1928: « Scaramouche » le 21 novembre 1924, « Les Lois de l’hospitalité » de Buster Keaton, le 5 décembre 1924 et « La Grande Parade » le 11 mars 1927; ce film ayant été longuement exploité en exclusivité au cinéma Madeleine.

Le 11 mars 1928, c’est au tour du fameux « Napoléon » d’Abel Gance. La première exclusivité ayant débuté auparavant au Marivaux-Pathé pendant huit semaines, le film est ensuite présenté au Gaumont-Palace dix semaines durant; cinq semaines pour la première partie, cinq semaines pour la seconde. A chacune des ses séances, la présence sur scène du comédien Albert Dieudonné comble de joie le public. La seconde partie, intitulée « Vers la gloire » propose grâce aux dimensions hors normes de la salle, et selon la publicité de l’époque, la projection sur le fameux Triple Ecran imaginé par Abel Gance. C’est la première fois qu’un film tient l’affiche aussi longtemps car en principe le programme change toutes les semaines.

Le 12 octobre 1928, c’est au tour du « Ben-Hur » de Fred Niblo, production M.G.M. d’être proposé pour un mois et demi, juste après sa longue exclusivité au Madeleine du 25 mars 1927 jusqu’à l’automne 1928. Le film sera repris de nouveau le 5 juillet 1929 au Gaumont-Palace.

L’arrivé du parlant, la création de salles de cinéma modernes et confortables comme le Paramount en 1927 et l’Olympia en 1930, amèneront l’exploitant à transformer intégralement le Gaumont-Palace. Sa première vie se termine ainsi le 1er juin 1930, sur : « Le Masque de Fer » avec Douglas Fairbanks. Dès le 2 juin, la salle est fermée en vue d’une totale restructuration.


L’âge d’or du Gaumont-Palace:

Un an plus tard, le 17 juin 1931, le nouveau Gaumont-Palace ouvre ses portes avec en exclusivité « Tabou » de Murnau. En complément de programme, « SOS Foch », grand reportage dramatique sur la marine française. Filmé en Bretagne et au grand large « pendant les fameuses tempêtes de septembre 1930 qui causèrent tant de sinistres et provoquèrent de magnifiques dévouements » selon la publicité, « SOS Foch » est écrit et réalisé par Jean Arroy. Un intermède chorégraphique et vocal, intitulé « Le Jazz a passé… la valse renaît, complète le programme avec le corps de ballet du Gaumont-Palace composé de 125 exécutants. Le grand orchestre du cinéma et ses 60 solistes jouent sur scène avant le film. Le programme d’ouverture est proposé pour deux semaines consécutives avec chaque jour deux séances, une matinée à 15 heures et une soirée à 20h45. Le samedi, le dimanche et durant les fêtes, trois séances ont lieu: à 14h, à 17 h et 20h45. La location est gratuite de 10h30 à 19h30 aux caisses de l’établissement.

La réouverture du Gaumont-Palace attire quelques films en première vision, mais il ne fera pas partie du cercle restreint des cinémas d’exclusivité du début des années 1930 comme le Colisée et l’Ermitage sur les Champs Elysées, le Madeleine, l’Olympia, le Marivaux-Pathé, le Paramount, le Max-Linder et l’Aubert-Palace sur les grands boulevards.

Bach et Milton, vedettes extrêmement populaires en ce début des années 1930, trouvent au Gaumont-Palace le lieu propice à l’exclusivité de leurs films comme « En bordée » le 17 juillet 1931, « La Bande à Bouboule » le 17 décembre. Le spectacle est renouvelé chaque semaine tant au niveau du film que des attractions. Quelques exclusivités auront cependant un succès retentissant comme « La Tragédie de la mine » de Pabst, un film présenté le 29 janvier 1932 pour trois semaines, « Fantômas » sorti le 20 mai 1932 pour deux semaines…

Les attractions sont composées d’importants spectacles scéniques, de danses, d’acrobates, de comiques et de chanteurs. Les pavés de presse de l’époque montrent que les attractions étaient parfois aussi grandioses que le film proposé ! Le Gaumont-Palace offrait un spectacle complet à des prix relativement abordables pour les classes populaires, par rapport aux grands cinémas d’exclusivité.

Les films sont systématiquement français, un choix vraisemblablement lié aux problèmes de doublage des films étrangers, technique balbutiante à cette époque. « King-Kong » est l’un des rares américains à être présenté en novembre 1933 en version française (son exclusivité avait eu lieu au Marivaux).  Quelques films allemands sont à l’affiche comme « Service secret » le 6 janvier 1933 dans une version tournée parallèlement en français avec d’autres acteurs comme cela se pratiquait alors.

En août 1933, la salle fait relâche. Est-ce une conséquence de l’ouverture du cinéma Le Rex à la fin 1932 qui se positionne comme un sérieux concurrent? Dès 1934, l’été sera l’occasion d’une double-programmation, sans doute pour compenser l’absence ou la limitation des attractions. Cette double-programmation estivale durera jusqu’à la guerre et à la fermeture du Gaumont en septembre 1939.

Les affiches les plus attrayantes se succèdent chaque semaine. Ce sont des films déjà connus du public puisqu’ils ont effectué auparavant leur exclusivité, les recettes conditionnant leur programmation au Gaumont-Palace. Des échecs comme « Le Chaland qui passe », « L’Atalante », ou bien « Drôle de drame » pourtant sortis en exclusivité dans le circuit Gaumont (au Colisée) ne passeront pas au Palace de la rue Caulaincourt. Nombre de titres de cette période sont de nos jours oubliés tout comme les acteurs Colette Darfeuil, Bach et Milton, Armand Bernard… Des films considérés maintenant comme des classiques y seront projetés: « La Tragédie de la mine », « Fanny » de Marcel Pagnol le 12 mars 1933 pour deux semaines, après une exclusivité au Théâtre Marigny, « Pension Mimosas » le 23 mars 1935, « La Femme et le pantin » de Von Sternberg le 7 septembre de la même année, « Pasteur » et « Bonne chance » de Sacha Guitry le 15 novembre, « La Bandera » le 10 janvier de l’année suivante. « Jenny » de Marcel Carné le 6 novembre, « Pépé le Moko » le 30 juillet 1937, « La Grande illusion » de Jean Renoir le 11 novembre, « La Marseillaise » du même Renoir, sorti en exclusivité à l’Olympia, le 30 mars 1938, « Le Schpountz » le 15 août, « La Bête humaine » le 27 avril 1939 pour deux semaines après une longue exclusivité au Madeleine.

La plupart des films exploités au Gaumont-Palace l’avaient déjà été au préalable dans une salle de première exclusivité du circuit : Madeleine, Colisée ou Elysées-Gaumont (futur Biarritz). Ainsi, « La Bête humaine » dont l’exclusivité était confiée à Gaumont, fut programmé au Madeleine pour une longue période puis au Gaumont-Palace pour deux semaines et enfin au Rex, qui en 1938 appartenait à la Société des Etablissements Gaumont (S.E.G.).

Le film tenait ensuite l’affiche des salles de quartier du circuit comme le Gaumont-Théâtre, Le Saint-Paul, le Marcadet-Palace, le Montrouge-Palace, le Tivoli, et le Voltaire. Enfin, les salles de banlieue récupéraient les copies en fin de circuit. Cependant, un dessin animé comme « Blanche-Neige et les sept nains » étant une exclusivité Pathé, ne passait que dans les salles du circuit: au Pathé Marignan et à l’Impérial pour les prolongations, au Caméo, au Bonaparte, au Louxor-Pathé, au Demours, au Lyon-Pathé, au Pathé-Orléans… avant d’arriver en banlieue dans les salles appartenant ou programmées par Pathé: Pathé-Palace de Colombes, Pathé-Palace de Boulogne-Billancourt, Cyrano de Versailles…. « Blanche-Neige », malgré son triomphe, ne sera pas donné au Gaumont-Palace mais passera au Rex (alors salle Gaumont) seulement le 11 août 1939, en double programmation. Le contrat d’exclusivité Pathé était arrivé à expiration.

« Les Aventures de Robin des Bois » programmé exclusivement au Rex dès novembre 1938, ne sera affiché au Gaumont-Palace que le 9 mars suivant pendant deux semaines, avec sur scène la même attraction qu’au Rex à savoir Les Petits chanteurs à la croix de bois. A l’époque, le Rex exploitait des films en exclusivité comme « Les Cinq sous de Lavarède », « Petite princesse » en Technicolor avec la jeune Shirley Temple, « Lumières de Paris » avec Tino Rossi. Gaumont misait d’abord sur la salle du boulevard Poissonnière, le Gaumont-Palace récupérant le film après.

Le Gaumont-Palace en temps de guerre.

L’ironie du sort veut que lorsque le conflit éclate, le Gaumont-Palace affiche le film « Entente cordiale »…

Comme d’autres cinémas, il ferme ses portes dès la déclaration de guerre; certaines salles vont demeurer portes closes par manque de personnel du fait de la mobilisation générale. Par ailleurs, l’interdiction d’illumination de la façade et l’obligation de fermer fixée à 20h30 entraînent, selon la revue « La Cinématographie française », une chute de 50 à 60% des recettes.

Le Gaumont-Palace ne rouvrira que le 8 décembre 1939 avec le film « Derrière la façade ». Cette reprise tardive s’explique par le fait que les autorités contraignaient les salles à n’accueillir qu’un nombre restreint de spectateurs selon la capacité des abris les plus proches. Ainsi le Gaumont-Palace n’avait été autorisé qu’à accueillir 800 spectateurs. Au regard de sa capacité, cela impliquait que l’ouverture n’était pas rentable toujours selon La Cinématographie française. C’est la raison pour laquelle, à l’instar du Rex, le Gaumont-Palace ne reprit ses activités que très tardivement par rapport aux autres cinémas comme le Marivaux, le Colisée, le Madeleine ou le Paramount qui n’avaient pas interrompus leurs programmes.

Durant cette période trouble, les films s’enchaînent. Ils sont français comme « Le Chasseur de chez  Maxim’s » et « Monsieur Bretonneau », ou bien américains avec « La Grande Farandole », « Seuls les anges ont des ailes ». Quand les allemands entrent à Paris, le 14 juin 1940, le Gaumont-Palace donne « Les 4 plumes blanches », un film anglais en Technicolor dont l’exclusivité avait simultanément été réservée au Normandie et au Paramount.

Tandis que le Rex est réquisitionné pour devenir « Soldatenkino », le Gaumont Palace est autorisé à fonctionner à nouveau dès le 30 août, à l’affiche « L »Héritier des Mondésir », un succès avec Fernandel. La programmation change toutes les semaines projetant également des films allemands comme « L’Océan en feu » le 12 février 1941, suivi de « Cora Terry » le 9 mai, « Première » avec Zarah Leander le 16 mai, le film de propagande antisémite « Le Juif Süss » le 30 mai. Les succès de l’époque comme « La Fille du puisatier » dont l’exclusivité fut donnée au Madeleine est à l’affiche du Gaumont-Palace le 19 septembre pour deux semaines. Suivent « Narcisse » avec Reyllis, « Volpone » avec Raimu, « Paris New-York » avec Claude Dauphin, « Parade en sept nuits » de Marc Allégret, « Le Club des soupirants » avec Fernandel, « Madame Sans-Gêne » avec Arletty, « Cartacalha, reine des gitans » avec Viviane Romance, « Le Fabuleux destin de Désirée Clary » de Sacha Guitry, « La Duchesse de Langeais » avec Edwige Feuillère, et bien d’autres.

C’est à cette époque que Les Nuits du cinéma sont organisées au Gaumont-Palace. À cette occasion tous les artistes de l’époque passaient sur scène tandis que des films inédits étaient projetés. Organisées par les œuvres sociales du comité d’organisation de l’industrie cinématographique ces manifestations étaient données au bénéfice du secours national et du comité d’assistance aux prisonniers de guerre. Elles se déroulaient de 23 heures à 5 heures du matin, et continueront bien après la fin de la guerre.


L’après-guerre et les grandes exclusivités du Gaumont-Palace:

Le dernier film donné avant la libération de Paris est la reprise de « Cartacalha, reine des gitans » à partir du 11 août 1944. La salle rouvrira le 7 octobre de la même année avec des films d’actualités proposés de 18 heures à 21 heures. Le 18 octobre, la programmation traditionnelle est rétablie avec une reprise d’un film américain « Les Trois lanciers du Bengale », puis de « La Chevauchée Fantastique » le 27 octobre. Le 1er décembre, le Gaumont-Palace propose trois films soviétiques dont « Stalingrad » au bénéfice des déportés d’U.R.S.S.

Après une courte période de relâche, l’activité redémarre pour les fêtes. Le 22 décembre, « Le Carrefour des enfants perdus » est à l’affiche puis à partir du 29 « La Ruée vers l’or » de Chaplin.

Le 4 avril 1945 pour le Gaumont-Palace une nouvelle période s’ouvre celle des premières exclusivités. À l’affiche, « Le Dictateur » de Charles Chaplin est présenté en version originale. Le 12 avril 1945, le bâtiment est réquisitionné pour accueillir les prisonniers de guerre ainsi que les déportés. La presse évoque 200 000 personnes accueillies dans le cinéma jusqu’au 21 juin, date à laquelle l’exploitation du « Dictateur » reprend seule. Le 19 juillet, après sa sixième semaine d’exploitation, le film est présenté en version française. Son exclusivité prendra fin le 14 août. La revue « La Cinématographie française » informe que 585 000 spectateurs ont vu ce film en exclusivité dans cette salle.

Le 29 août, une reprise du film « La Mousson » est programmée, sa carrière ayant été interrompue durant la guerre. Le film reste sept semaines à l’affiche 456 851 spectateurs l’ont vu au Gaumont-Palace.

Les exclusivités prestigieuses s’enchaînent comme « La Vie privée d’Elisabeth d’Angleterre » le 17 octobre pendant cinq semaines, « Naïs » de Marcel Pagnol, également à l’affiche cinq semaines à partir du 22 novembre, « Le Fils du dragon » pendant quatre semaines en version originale le 27 décembre, « Le Voleur de Bagdad » huit semaines à compter du 12 avril de l’année suivante enfin, parmi tant d’autres, « Les Mille et une nuit » le 24 juillet 1946 pour  deux mois.

C’est le 10 octobre 1946 que naît le tandem Rex et Gaumont-Palace, une stratégie de distribution qui proposera durant quelques années le plus grand nombres de fauteuils pour une exclusivité. « Le Père tranquille »  avec Noël-Noël inaugure cette formule. Le succès est immédiat. Contrairement à d’autres salles, le Gaumont-Palace n’a aucune interruption de séance. En effet, en 1946 paraît un arrêté régulant la consommation électrique. Pendant les deux matinées de coupure imposée, le Gaumont assure la projection des séances par un moteur diesel.

Les deux grands cinémas parisiens proposent ainsi simultanément des films comme « Madame Miniver » le 14 avril 1946, « Le Bal des sirènes » le 27 décembre, « Arènes sanglantes » le 24 janvier 1947, « Casablanca » le 16 mai, « Pour qui sonne le glas ? » le 18 juin, « Les Plus belles années de notre vie » le 1er octobre. « Dumbo l’éléphant volant » le 24 décembre 1947, sera le premier Disney à passer au Gaumont-Palace, « Monsieur Verdoux » le 14 janvier 1948, « La Bataille de l’eau lourde » le 11 février, « Les Enchaînés » d’Hitchcock le 20 mars, « La Chartreuse de Parme » le 21 mai, « Ambre » le 28 octobre, « Les Casse-pieds » le 25 décembre, « Jeanne d’Arc » le 19 octobre 1949, « Les Trois mousquetaires » le 1er mars 1950…

Le dernier film à être exploité simultanément par le Rex et le Gaumont-Palace est « Stromboli » de Rossellini. Le Rex continue sa route seul avec des films en exclusivité comme la sortie de la version française de « Autant en emporte le vent » de Victor Fléming (1939) le 29 décembre 1950 pour onze semaines d’exploitation. (La V.O. sortie le 20 mai 1950 au Biarritz ne fut doublé qu’à l’été 1950). Après avoir abandonné le Gaumont-Palace, le Rex rejoint le Normandie et le Moulin-Rouge pour assurer conjointement les grandes premières.

Le film « Meurtres » avec Fernandel inaugure une nouveau plan de distribution grâce à une nouvelle combinaison de salles: le Gaumont-Palace, l’Aubert-Palace, le Normandie et le Gaumont-Théâtre. Dès le 24 décembre 1950 avec « Souvenirs perdus » un nouveau tandem est créé avec le Colisée et le Gaumont-Palace qui sera rejoint par Le Berlitz dès son inauguration avec « Cendrillon »  le 22 décembre 1950. Ce puissant trio de salles va participer à d’énormes succès comme « Topaze » le 2 février 1951, « Caroline chérie » le 23 février, « Les Mines du roi Salomon » le 17 octobre, « Alice au pays des merveilles » le 19 décembre, « Fanfan la tulipe » le 20 mars 1952, « Le Petit monde de Don Camillo » le 4 juin, « Ivanhoé » le 17 décembre, « Le Salaire de la peur » le 22 mai 1953, « Chantons sous la pluie » le 11 septembre, « Si Versailles m’était conté » le 10 février 1954.

Tous les films à succès se succèdent ainsi au Gaumont-Palace. Les attractions qui précédaient les films se réduisant à un ou deux numéros, loin des années fastueuses d’avant-guerre.

Les années 1950: un déclin amorcé, malgré de beaux succès:

Au milieu des années 1950, le Gaumont-Palace voit dans sa salle de beaux succès comme « Les Diaboliques » le 29 janvier 1955, « Napoléon » le 25 mars, la reprise de « Autant en emporte le vent » le 22 juillet pour cinq semaines, « 20 000 Lieux sous les mers » le 23 septembre, et le Disney de Noël 1955 « La Belle et le clochard » le 23 décembre. Malgré cela, les entrées commencent à fléchir.

Le Gaumont-Palace se dote du « plus grand écran du monde, 23 mètres sur 13 mètres 50, soit la hauteur d’une maison de 4 étages » comme l’annonce fièrement la publicité pour le film sorti le 23 décembre 1953 « Les Aventures de Peter Pan ». Mais à la même époque, le premier film en Cinémascope, « La Tunique » sort au Rex et au Normandie.

Dès 1956, les entrées au Gaumont-Palace se tassent et les titres proposés sont moins prestigieux. Les années 1957, 1958 et 1959, qui voient disparaître les attractions sur scène, confirment cette tendance. Quelques œuvres devenues des classiques y sont pourtant à l’affiche: « Un Condamné à mort s’est échappé » le 10 novembre 1956, « Le Rouge est mis » le 18 avril 1957, « Un Roi à New-York » le 22 octobre de la même année. En 1958, le 15 juillet, c’est « Le Tour du monde en 80 jours » qui a les honneurs du Gaumont-Palace suivis le 19 mai 1959 de « Rio Bravo » puis de « La Mort eux trousses » le 21 octobre.

S’équipant de projecteurs Philips D.P. 35/70 mm, d’un écran Technirama couvrant toute la largeur de la scène, ainsi que du son stéréophonique sur six pistes magnétiques, le 18 décembre 1959 une nouvelle formule est inaugurée avec « Salomon et la reine de Saba ». Le succès est immédiat, le film tiendra onze semaines et engendrera 404 817 entrées. Viennent ensuite : « Carthage en flammes » le 11 mars 1960, « Les Derniers jours de Pompéï » le 1er avril, « Austerlitz » le 17 juin et surtout « Ben-Hur » de William Wyler en 70 mm anamorphosé le 7 octobre (en présence de Charlton Heston). Le film restera à l’affiche jusqu’au 25 mai de l’année suivante.

La capacité du Gaumont-Palace est réduite à 3 500 places, la publicité demeure massive mettant en avant le film et la salle. Les autres exclusivités connaîtront cependant des succès mitigés : « Les Chevaliers teutoniques » le 26 mai 1961, « Spartacus » le 15 septembre, « Le Comte de Monte-Cristo » le 7 décembre. 1962 voit donc une nouvelle baisse de la fréquentation malgré quelques succès comme « Madame Sans-Gêne » le 24 mai et « Le Jour le plus long » le 21 juin 1963.

Pendant l’été 1962, et sous contrat pour cinq ans, le Gaumont-Palace est transformé en Cinérama. L’écran courbe de 38,5 mètres sur 15 de haut (près de 600 mètres carrés) est dressé devant la scène, et reçoit les images parallèles de trois projecteurs. L’énorme procédé est inauguré, après six semaines de fermeture pour travaux, le 17 septembre avec l’exclusivité de « La Conquête de l’Ouest » proposé dès novembre 1962 doublé en version française à l’Empire. Le succès est au rendez-vous mais les films lui succédant n’atteindront pas les mêmes scores: « Un monde fou, fou, fou » le 30 avril 1964, « La Chute de l’empire romain » le 15 octobre.


Ci-dessus: en 1972, « Les Cowboys » est le dernier film projeté sur l’écran du Gaumont-Palace.

1965 est une année difficile pour le paquebot sur le déclin où seuls « Tokyo olympiades « (film tourné pendant les J.O. de Tokyo à l’été 1964) et surtout la version française de « My fair lady » assureront la recette. Quelques succès ponctuent toutefois une lente fin: « Du Rififi à Paname » et « Khartoum » le 16 septembre 1966 ainsi que « 2001, l’odyssée de l’espace » le 26 septembre 1968.

En 1969, seule la réédition de « Autant en emporte le vent » gonflé en 70mm sera un gros succès. Le 26 août 1970, la salle ferme pour installer une scène moderne et rouvre avec une formule de music-hall: le chanteur Antoine mène ainsi une revue avant le film « Tora, Tora, Tora » le 14 octobre. La formule se solde par un échec, le Gaumont-Palace accueille désormais, des concerts de groupes en vogue comme les Beach Bos ou Frank Zappa.

En 1971, la programmation de films comme « Isabelle duchesse du diable » le 11 juin, de « La Grande mafia » le 15 septembre, du « Fossoyeur » le 17 novembre et de « L’Auberge des plaisirs » le 8 décembre annoncent la fin de la salle. Après « Lucky Luke » à l’affiche le 15 décembre et l’année suivante « Le Maître du Monde » le 4 février, « Bleue est la mer, blanche est la mort » et « Le Baron rouge » le 11 février, la saga du Gaumont-Palace se termine le 22 mars 1972 sur un western avec John Wayne « Les Cowboys ».

Les portes du cinéma sont définitivement fermées le 31 mars 1972 dans une totale indifférence des parisiens et des élus, les archives étant sauvagement abandonnées. Il sera détruit dans la foulée et remplacé par un complexe sans âme ni richesse architecturale comprenant un hôtel et une grande surface. Un emblème est tombé cette année-là, celui des très grandes salles de cinéma.

En bref :

1899: construction de l’Hippodrome.
1911: Léon Gaumont rachète l’Hippodrome et inaugure le Gaumont-Palace.
1931: le Gaumont-Palace est restructuré.
1962: le Cinérama est installé avec un écran courbe de 38,5 x 15 mètres, soit 600 mètres carrés. 

1972: fermeture définitive et destruction un an plus tard.

Texte: Thierry Béné – copyright: Salles-cinema.com
Sources : La Cinématographie française, Le Film Français, Quotidiens parisiens, site Gallica de la BnF.
Remerciement à Claude Guilhem. 

Ci-dessus: publicité du Gaumont-Palace.


Ci-dessus: « Napoléon » d’Abel Gance au Gaumont-Palace en 1927.

Ci-dessus: « Ivanohé » (1952) et « Sacaramouche » (1952) programmés au Gaumont-Palace. 

Ci-dessus: en 1959, le Gaumont-Palace innovait avec un système de réservation du film Ben-Hur.

Ci-dessus: « Le salaire de la peur » est projeté au Gaumont-Palace en 1953.

Ci-dessus: la façade du Gaumont-Palace en 1959 avec à l’affiche « La Mort aux trousses » d’Alfred Hitchcock.


Ci-dessus: le Festival Cinérama en 1964 au Gaumont-Palace.

Sur le même thème:

> « J’ai connu le Gaumont-Palace » par Claude Guilhem
> Les cinémas disparus 

2014-09-04T14:06:39+00:00 2 septembre 2014|

14 Commentaires

  1. Thierry 3 octobre 2017 à 19 h 37 min

    Voici un lien vers le site de l’INA qui propose un court reportage sur le GAUMONT-PALACE fin 1966. Le reportage débute avec l’ouverture du rideau sur l’écran CINERAMA. Il montre ensuite une courte visite du GP et des vues de la façade. A l’affiche « La nuit des adieux » programmé entre le 16/11 et le 15/12/66.
    http://www.ina.fr/video/CPF86624450/nouvel-an-video.html
    Pathé ressort la version restaurée en 4K (DVD et BR) de « la fête à Henriette » (1952) avec la célèbre scène de poursuite dans le GAUMONT-PALACE.
    J’en profite pour signaler le coffret de 7 DVD « Cinéphiles de notre temps » avec de très nombreuses vues de salles de cinéma, l’évolution du parc parisien et des images de la démolition du GAUMONT-PALACE, filmée en couleurs. (Documentaire de Laurent CHOLLET, paru chez M6/WARNER il y a 3 ans).

  2. France Darnell 27 mai 2017 à 16 h 42 min

    Heureuse de découvrir vos pages sur ce site. Le Gaumont-Palace, le cinéma de mon enfance. J’y ai vu tant de films. Il me semble que le premier a été DUMBO L’ELEPHANT VOLANT, je n’avais pas dix ans, c’était en 1947. Depuis, bien sûr, je ne vous surprendrai pas en vous disant que BEN HUR a été mon vrai grand film qui allait marquer le début de ma vie d’adulte et de jeune femme, puisque je venais de me marier.
    Merci de retracer l’histoire de ce grand cinéma.

  3. […] : Il était une fois Le Gaumont-Palace sur le […]

  4. claude guilhem 19 novembre 2016 à 10 h 42 min

    Je suis de ton avis Legrand,
    Je te signale que sur le site :  » La belle équipe  » tu trouveras des documents passionnants très détaillés et fiables avec photos reproduisant des articles de presse sur « nôtre »
    Gaumont-Palace de Clichy.

  5. LEGRAND 13 novembre 2016 à 19 h 22 min

    Il faudrait un livre avec photos et souvenirs de tous les corps de métier: ouvreuses, projectionnistes, caissières, employés d’entretien, organistes, barmen ,pour conserver la mémoire de cet « opera » du cinema. J’aimerais connaître tous les petits détails concernant cette salle. Ce serait un bel hommage à lui rendre et un beau cadeau à faire.

  6. Béné 12 octobre 2015 à 18 h 37 min

    Bonjour Sandy,

    En ce qui concerne les concerts pop au Gaumont Palace, la programmation a été la suivante: FRANCK ZAPPA (le 15/10/70), LES BEACH BOYS (le 8/12/70) et JOE COCKER avec la participation du GREASE BAND et de LEON RUSSELL (le 29/11/71). Suite à ce concert le film MAD DOGS AND ENGLISH MEN, présenté par MGM fut à l’affiche le 1/12/71. Je ne me souviens pas d’autres concerts sinon le spectacle avec le chanteur ANTOINE.
    En ce qui concerne la programmation cinéma, je dispose de l’ensemble des films proposés au Gaumont des années 20 à 1972, J’ai choisi de nommer ceux qui me semblaient les plus emblématiques mais bien sûr ceci reste subjectif.
    Pour terminer, vous pouvez retrouver des extraits des concerts cités sur You tube ou sur le site de l’INA dans les émissions POP 2. Peut-être vous rappellerez vous de ce fantastique moment au regard de la qualité de ces groupes.

  7. Sandy Schopbach 12 octobre 2015 à 13 h 25 min

    J’étais au Gaumont Palace une seule fois avant sa destruction (que je regrette toujours). Jeune américaine assez fraîchement arrivée à Paris, j’ai vu un groupe américain là. Je pense que c’était dans la première moitié de 1969. A moins que ce ne soit la deuxième moitié de 1970. Je veux dire que c’était Earth, Wind and Fire (ou les Doors), mais je n’arrive pas à trouver des traces. Je ne pense pas que c’était Frank Zappa. Sauriez-vous me le confirmer?
    Merci d’avance.
    Sandy, qui est toujours montmartroise, coeur fidèle

  8. Claude Guilhem 22 septembre 2015 à 10 h 02 min

    Bonjour Thierry Lecacheur,
    Effectivement il fallait suivre une légère descente puis remonter, lorsqu’à l’orchestre on avançait vers l’écran; vos souvenirs sont fidèles.
    Fidèles aussi dans les émotions produites par cette immense « cathédrale » du Cinéma.
    Tout comme vous, j’appréciais de ne pas être chassé de la salle dès la fin de la séance, et certains le font « sans prendre de gants » . En ce temps là dans toute la France on pouvait voir le même film plusieurs fois sans problème en restant à la place que vous avait désignée l’ouvreuse, on se sentait accueilli, respecté et non consommé.
    Cela aussi faisait partie de la magie…

  9. Thierry Lecacheur 22 août 2015 à 16 h 13 min

    La programmation est bien évidemment incomplète.
    Entre 1966 et 1973, j’ai pu y voir des films tel Ben-Hur, Krakatoa, La Conquête de l’ouest, etc… mais je garde un souvenir fantastique de 2001 l’Odyssée de l’espace.
    Nous étions arrivés dans la salle vers la fin (temps béni ou cela ne posait pas de problèmes, comme de voir plusieurs séances pour le même prix).
    Je marche donc dans l’obscurité de cette salle gigantesque qui me paraît « courbe » (descendant et remontant du fond de la salle à l’écran). Un astronaute (on disait cosmonaute en ce temps, avantage soviétique oblige) flotte sur l’écran. Une sorte de paire d’yeux d’insectes peint sur le casque, le tout dans une ambiance rouge orange, rythmé par son inquiétante respiration il déconnecte un cerveau d’ordinateur qui se met à chanter au clair de la lune avec une voix déclinant dans des graves d’outre-tombe…
    Depuis mes 7 ans j’ai eu du mal à m’en remettre ! Magique !!!

  10. Thierry Béné 5 février 2015 à 19 h 18 min

    Bonjour,

    Les salles prévues par GAUMONT n’ont jamais vu le jour et ont été remplacées par cette horrible galerie marchande ! Il y a une photo de la maquette du projet initial qui devait remplacer le GAUMONT-PALACE (Hôtel et cinémas), dans le magnifique livre de Francis LACLOCHE « Architectures de cinémas », éditions du Moniteur.

  11. Nicolas LAHAYE 5 février 2015 à 11 h 20 min

    La coupure de presse qui mentionne « des salles de cinéma de taille réduite (500 places) » appelle une question : les salles en question ont-elles réellement existées ou cela ne fut-ce qu’une belle promesse ?

  12. Thierry Béné 3 novembre 2014 à 19 h 59 min

    Bonjour,

    Michel Strogoff est sorti au Gaumont Palace, le 23/12/70 (Combinaison: Empire/GP/Kinopanorama, Maine, Galaxie, Royal Haussmann) et y a été exploité jusqu’au 12/1/71, pour laisser la place à « La grande java ». « Le maître du monde » exploité tardivement par Sofradis est sorti au Gaumont Palace le 4/2/72 (L’information vient des résultats hebdomadaire publiés par Le film français). C’est l’un des derniers films qui y fût présenté.

  13. Michel Portier 3 novembre 2014 à 15 h 41 min

    Rebonjour,

    J’oubliais de vous remercier pour les documents apportés sur ce site et de son texte en général riche d’information.

  14. Michel Portier 3 novembre 2014 à 15 h 31 min

    Bonjour,

    Un titre de film me chagrine par rapport à la période où il a été présenté. Il s’agit du long-métrage « Le Maître du monde » (Master of the World – 1961) de William Witney, d’après un roman de Jules Verne intitulé « Robur le conquérant ». Ce film interprété par Vincent Price et Charles Bronson (au fait, ces deux-là étaient déjà au générique d’un film (en relief), le fameux « L’Homme au masque de cire ») n’est pas sorti en France en 1961 ; c’est certain !

    « Le Maître du monde » doit sa sortie tardive en France lorsque Charles Bronson est devenue une vedette à part entière (du moins à ce moment précis en France avec « Il était une fois dans l’Ouest » (1968) et « Le Passager de la pluie » (1969) / sans oublier « Adieu l’ami » tourné auparavant avec Alain Delon.

    Le succès de Charles Bronson en France a donc suscité la sortie tardive de « Robur le conquérant » (mais de « Mitraillette Kelly », notamment). J’ai vu « Le Maître du monde » au Gaumont-Palace. Adolescent, je n’avais pas trouvé ce film fameux qui paraissait plutôt fauché à regarder. Une série B du pauvre. Mais par rapport à ce que j’ai pu lire ci-dessus, le film aurait été exploité à l’extrême fin du « Gaumont-Palace »… lorsque l’écran Cinérama n’était plus présent. Permettez-moi de douter de cette information car je me souviens d’une chose précise lorsque je suis allé au « Gaumont-Palace » pour la dernière fois : c’était avec la projection d’une nouvelle version cinématographique de « Michel Strogoff » (tient ! encore une adaptation d’après un roman de Jules Verne) d’Eriprando Visconti avec John Philip Law et Mimsy Farmer. C’est avec ce film uniquement que je me suis rendu compte de l’étendu du désastre en regardant la scène de ce cinéma. L’écran Cinérama avait donc disparu et les sortes de tringles qui tenaient auparavant l’écran géant faisait apparaître une véritable vétusté.

    Je n’ai pas vu « Le Maître du monde » dans ces conditions-là. Ce fut donc avant la « refonte » du cinéma en « salle de spectacle sur scène » et restaurant aux mezzanines.

    Sachant que « Tora ! Tora ! Tora! » était déjà projeté auparavant sans l’écran Cinérama du « Gaumont-Palace », je m’étais rabattu sur le « Kinopanorama » (mais à cette époque, je pensais que beaucoup de films étaient encore tournés en véritable 70 mm).
    Mais ce n’était donc pas le cas de ce film américano-japonais (tourné en scope Panavision) qui bénéficiait toutefois de copies gonflées en 70 mm et surtout de l’apport du son stéréophonique avec les six pistes magnétiques.

    Par curiosité, c’est seulement après que je me suis rendu une dernière fois au « Gaumont-Palace » pour y voir donc ce « Michel Strogoff », sachant que ce film italien était tourné en scope.

    Cordialement

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